Analyse de deux documents  en histoire : guerre de mouvement, guerre de position, guerre totale.

Les deux documents proposés ont de commun le fait d’avoir été publiés pendant la première guerre mondiale. Le premier, est un document iconographique publié dans l’illustration en mai 1915. Le second est un extrait d’un journal de tranchée, le Bochofage, publié le 26 mars 1917. Les deux documents ont donc, en principe le mérite d’avoir été publiés pendant la même phase de la première guerre mondiale, c'est-à-dire pendant  la guerre de position.

Nous sommes ainsi  invités à étudier certaines des caractéristiques de ce premier conflit mondial. Ce fut une guerre totale, au cours de laquelle alternèrent des phases de guerre de mouvement et de guerre de tranchées.

Un certain nombre d’éléments présents dans ces documents reflètent en effet la réalité d’une guerre totale. Pour commencer l’écart entre les deux dates de publications donne une idée de la durée du conflit qui se prolongea de l’été 14 à l’automne 18. Les soldats tombés à l’assaut de l’éperon de Notre dame de Lorette, font partie semble-t-il des 14 millions de victimes de ce conflit. C’est le triste résultat d’une mobilisation sans égale jusqu’alors. C’est aussi le reflet d’une guerre désormais industrielle. On voit dans le document 1, les  fusils Lebel à baïonnette produits en série.

La date de publication des deux documents nous invite à nous intéresser à la seconde phase de la guerre qui correspond à une guerre de position.  Celle-ci débute en effet en décembre 1914. C’est une guerre essentiellement défensive. C’est une guerre d’usure qui affaiblit les antagonistes physiquement et psychologiquement. Le poilu qui s’exprime dans le Bochovage le dit : dans la boue s’enlisent  « l’homme » et « l’âme ». Elle s’ajoute aux dangers des combats et à la peur. Les soldats s’y épuisent. C’est cette lassitude qui explique en partie les mutineries qui eurent lieu la même année. Comme l’explique l’auteur du journal de tranchée, on est loin de la guerre héroïque telle qu’elle était présentée au début du conflit.

Pourtant, sur la photographie qui correspond également en principe à la phase de guerre de position, c’est cette image d’une guerre où la vaillance de chacun se révèle qui est mise en avant. On est cependant amené à repérer un certain nombre d’éléments surprenants dans ce document. Il dépeint, pour commencer, un assaut qui s’inscrit mieux dans la tactique d’une guerre de mouvement que dans les modes opératoires d’une guerre de tranchée. A ce sujet, l’uniforme des soldats où manque le casque distribué aux soldats est étonnant. Avec la guerre de tranchée on distribue en effet des casques aux soldats pour protéger leurs têtes particulièrement exposées. L’image semble donc mieux correspondre à un épisode du début de la guerre qu’à un moment de la guerre de position. Ensuite, dans la réalité, on évite  ce type d’assaut groupé pour limiter la vulnérabilité des troupes. On peut donc se demander si cette photo n’est pas en réalité une image de propagande destinée à entretenir le consentement à la guerre de l’opinion publique. Auquel cas, se confirme l’idée selon laquelle ce conflit est une guerre totale, dans la mesure où il mobilise aussi des moyens de propagande  pour mobiliser les esprits.

Même si l’authenticité de la photographie peut être discutée, ces documents sont quand même le reflet d’une guerre totale au cours de laquelle alternèrent guerre de mouvement et guerre de position.