Séries : 1L, 1ES, 1S
Titre : Les origines d’une sortie progressive du
totalitarisme en URSS : Khrouchtchev, la déstalinisation et ses
limites ; Gorbatchev de la Glasnost à la disparition de l’URSS
Ainsi
formulé ce chapitre du programme donne l’illusion d’une continuité entre la
période khrouchtchévienne et celle de Gorbatchev. L’intitulé a cependant le mérite d’évoquer l’existence
de limites dans le processus. La
direction de l’URSS par Brejnev et ses successeurs est occultée alors qu’elle
se caractérise peut-être par l’apogée de l’expansion soviétique. Par ailleurs,
elle établit comme certaine jusqu’à sa disparition, la filiation entre le
régime soviétique et le totalitarisme. C’est un choix idéologique, la question
pourrait être discutée historiquement.
Problématique : Comment
peut-on expliquer la fin du totalitarisme
en Union soviétique ? Le processus
est-il continu ?
I
Khrouchtchev ….
a)
…remet en
cause le stalinisme.
Le régime devient moins personnel. Les fidèles de
Staline (Beria, Malenkov, Molotov) sont d’abord
écartés du pouvoir. Des milliers de détenus politiques sont libérés. Les
institutions politiques importantes sont réunies plus régulièrement (comité
central du PC est réuni 6 fois entre 1953 et 1956). Enfin en 1956, à l'occasion
du 20ème congrès du PC,
K. lit un rapport (secret à l’origine mais divulgué semble-t-l par des responsables
communistes polonais) où il dénonce les
crimes staliniens commis en violation de la légalité socialiste et le culte du chef, incompatible avec l’égalitarisme marxiste-léniniste.
Sur le plan
socio-économiques, K. souhaite développer l'industrie
de consommation et d'équipement (6ème plan). Il essaie de
décentraliser l’activité économique. Il tente d’améliorer le niveau de vie des soviétiques. Il veut augmenter les
capacités de logement en URSS. Le temps de travail est diminué. Les salaires
sont augmentés. L'âge de la retraite est abaissé. (55 ans pour les femmes 60
ans pour les hommes). Il réforme l'éducation en la rendant plus égalitaire (enseignement
secondaire gratuit, bourses attribuées selon le niveau de ressources).
En politique étrangère, il
propose dans son rapport une détente
et prône la coexistence pacifique
avec les Etats-Unis. En ce qui concerne
les relations avec les autres pays communistes. Il renoue avec le yougoslave
Tito. Il semble désormais que plusieurs
voies vers le socialisme peuvent exister.
b)
…mais pas
le système soviétique
Mais la rupture avec le
modèle soviétique n’est pas totale. Le parti conserve le monopole
du pouvoir. Il n'y a pas d'extension de la démocratie. La population reste
surveillée. En 1954, le NKGB devient KGB. Les démocraties populaires restent
contrôlées. Ainsi, en 1956, des soulèvements éclatent en Pologne et en Hongrie
dans le contexte de la divulgation du rapport Khrouchtchev. En Pologne, Gomulka
maintient le principe de démocratie populaire alors qu’Imre Nagy en Hongrie
souhaite abandonner ce modèle. L'insurrection
hongroise est donc réprimée par les chars russes. Imre Nagy se réfugie dans
l'ambassade de Yougoslavie, Il n'en sort que contre la promesse de la liberté.
Il est enlevé emprisonné en Roumanie et condamné à mort en 58 par un tribunal
soviétique. La construction du mur de Berlin est
une autre manifestation de l’effritement de la coexistence pacifique.
Khrouchtchev souhaite que la ville de Berlin soit rattachée à la RDA ou placée
sous le contrôle de l'ONU. Il veut également limiter l’émigration de
nombreux allemands de l’est. Les autorités est allemandes construisent donc un
mur de 113 km de long autour de Berlin Ouest en 1961
K. rencontre par ailleurs
des difficultés. Il échoue sur le plan économique. La
production agricole baisse. Il est confronté à l'opposition de la nomenklatura.
Enfin, il donne l’image d’un dirigeant qui recule à l'occasion de la crise de
Cuba en 1962. Il est donc finalement écarté du pouvoir
en 1964.*
Nomenklatura : Liste
des fonctions administratives les plus importantes dans le système soviétique.
Par extension, désigne la classe de privilégiés.
Il y a donc avec K. une
rupture avec le totalitarisme stalinien mais pas avec le système soviétique or
ce régime peut être pour le moins qualifié de régime autoritaire.
II Ses successeurs font marche arrière.
a)
Léonid
Brejnev est un conservateur….
…qui
fait de l’Immobilisme sur le plan intérieur. Il renforce son autorité et
celle du Parti. Ainsi, la constitution de 1977 confirme la répartition des pouvoirs
au bénéfice du PCUS. Merle Fainsod dit d’ailleurs : « Le vrai parlement
de l’URSS, c’est le comité central du parti ; le vrai gouvernement, c’est
le Politburo ; et le vrai Premier ministre, c’est le secrétaire général ».
Les adversaires du régime sont arrêtés. Les intellectuels sont surveillés.
Soljenitsyne, auteur du Premier cercle
et du Pavillon des cancéreux est exclu du cercle des écrivains et finit
par être banni en 1974 Le biologiste Medvedev est interné dans un hôpital
psychiatrique. Brejnev rétablit une forme de culte de la personnalité. Il se
fait attribué le titre de Maréchal. Une biographie le glorifie. Dans le domaine social et économique, son
action consiste à Il s’agit avant tout d’abolir les réformes de Khrouchtchev.
Au sujet des démocraties
populaires, Brejnev considère que leur souveraineté
est limitée. L’intervention des chars du pacte de Varsovie en
Tchécoslovaquie en 1968 (Printemps de
Prague) est une illustration de cette logique.
Sur le plan international, Brejnev cherche à
étendre l’influence du modèle soviétique. C’est le cas en Asie (Vietnam, Cambodge, Laos) en Afrique, en
Amérique Latine et au Proche -Orient. En 1979, l’URSS intervient en Afghanistan
pour soutenir un gouvernement pro-communiste menacé
par un soulèvement islamiste.
b)
Les
dirigeants suivants ne font pas long feu.
Brejnev meut le 12 novembre 1982. Son
successeur est Youri Andropov âgé de 68 ans. Il semble vouloir engager une politique de réformes. Mais il se heurte
à l’inertie généralisée de l’appareil bureaucratique. Il meurt atteint de
paralysie en 1984. Il est remplacé par Constantin Tchernenko. Celui-ci a 73 ans. Il rassure les conservateurs. Mais il meurt le 10 mars 1985, treize
mois après son arrivée au pouvoir. L’appareil politique du pays donne alors
l’impression que le régime est dirigé
par une gérontocratie.
Gérontocratie : société où le pouvoir politique est
exercé par des personnes âgées.
III Gorbatchev, lui réforme
le pays sans pouvoir empêcher sa dislocation.
a)
Il tente de transformer le pays
..
M. Gorbatchev sent que des transformations politiques sont
nécessaires. Il lance la Perestroïka
et la Glasnost. La perestroïka est destinée à
restructurer, reformer les institutions pour rendre leur fonctionnement plus
démocratique. Il s’agit également d’améliorer les résultats économiques. La glasnost prévoit plus grande transparence dans les médias.
b)
, mais se
heurte à de nombreuses difficultés.
Ce
sont plusieurs facteurs associés à la multiplication des difficultés qui
provoquent la dislocation de l’URSS.
Sur
le plan de la politique internationale,
Mikhaïl Gorbatchev conscient du fait que
l’URSS s’affaiblit économiquement
dans la course au suréquipement militaire. Il est donc convaincu de la nécessité de négociations. A partir de
1984, R. Reagan se montre également favorable à des discussions. S’amorce donc
une nouvelle détente. En 1987, est
signé le traité de Washington qui
prévoit l’élimination des armes nucléaires de courte et moyenne portée. Face à la résistance des moudjahiddins afghans, il retire les troupes soviétiques d'Afghanistan
en 1989. La superpuissance semble donc affaiblie.
Le
rapport aux démocraties populaires change également. Pour commencer, dans
certaines sociétés civiles sont
apparus des mouvements d’opposition:
le syndicat « solidarité » en Pologne face au général Jaruzelski, les intellectuels de la
Charte 77 en Tchécoslovaquie, qui demandent le respect des droits de l’homme.
Or, M. Gorbatchev annonce aux dirigeants de démocraties populaires que les troupes soviétiques n’interviendront
plus en cas de contestations intérieures. En
1989, se succèdent des événements qui aboutissent à la chute du mur de Berlin.
Ainsi en Hongrie, en mai 89 sont
annoncées des élections libres,
l’abandon du marxisme léninisme et l’ouverture
de la frontière avec l’Autriche. Le 4
juin, des élections législatives
libres ont lieu en Pologne. En octobre-novembre se déroule en
Tchécoslovaquie la «Révolution de
velours». Des Allemands de l’Est profitent
de cette situation dans les pays voisins pour passer à l’Ouest. Les manifestations se multiplient en RDA.
Le 9 novembre, les dirigeants
allemands ne pouvant compter sur un soutien de l’URSS, décident d’ouvrir le mur de Berlin. C’est donc la mobilisation civique d’une ampleur
variable selon les démocraties
populaires qui oblige les dirigeants communistes à accepter des transitions démocratiques.
Pour finir, à
l’intérieur le pays donne des signes de craquèlement. Les difficultés économiques demeurent.
Certaines républiques revendiquent
fortement leur indépendance (républiques baltes). Gorbatchev semble dépassé par ses réformes. Face
à cette situation, des dirigeants du KGB et de l’armée nostalgiques de la
puissance perdue, tentent de le renverser
le 19 août 1991.Cette tentative
échoue. L’intervention de Boris Eltsine président de Russie est d’ailleurs
remarquée. Cependant, face à une impopularité croissante, M. Gorbatchev est amené à démissionné le 26 décembre 1991. La dislocation de l’URSS
en résulte.
Conclusion :
De Khrouchtchev à Gorbatchev, le processus de sortie du modèle soviétique n’est
pas continu. Les réformes, même très limitées engagées par Khrouchtchev puis
par Gorbatchev, rendent plus polémique
l’emploi de l’expression totalitarisme dans le contexte de la fin de la guerre
froide. Les facteurs qui contribuent à la dislocation sont multiples. On trouve
des facteurs d’explication dans le contexte international, dans le rapport aux
démocraties populaires et dans les difficultés rencontrées en URSS.
Auteur : Nérée Manuel
Bibliographie :
P. Grosser,
La Guerre Froide, Documentation
Photographique, la documentation Française, Dossier n° 80055, 2007.
Dernière mise à jour : 03-12