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Titre : La décolonisation

A travers la fin de l’empire des Indes et la guerre d’Algérie

 

La décolonisation est le processus par lequel un territoire s’émancipe de la tutelle et de l’occupation d’une métropole. Ce processus s’amorce avant la seconde guerre mondiale, mais c’est dans la seconde moitié du 20ème siècle, qu’il devient inéluctable. Les cas de l’Inde et de l’Algérie sont intéressants car ces colonies sont dominées par deux puissances différentes. Leurs indépendances interviennent dans deux phases différentes du processus de décolonisation. Enfin, les conditions de leur accession à la souveraineté sont souvent présentées comme différentes.

 

Problématique : Quelles sont les étapes de la décolonisation ? Le processus de décolonisation est-il le même dans toutes les parties du monde et dans tous les empires coloniaux ?

 

I Les origines de l'éveil nationaliste et la mise en place d’un contexte favorable au sortir de la seconde guerre mondiale.

a)     Face à des réformes limitées. …

En Inde, en 1929, le parti du congrès de Gandhi, réclame l'indépendance complète après avoir réclamé un temps le self-governement. Mais il n’est pas satisfait par l’India Act en 1935 qui ne fait que donner plus d’autonomie à l’Inde. Les mouvements indépendantistes indiens sont sévèrement réprimés dans les années 20-30. Dans l’empire français également, les réformes sont limitées. Pendant le Front Populaire le projet Blum-Violette prévoit d’octroyer la citoyenneté à 25 000 algériens titulaires d'une citation militaire, ou d'un diplôme français (sur une population de 6 millions de musulmans). Mais ce projet échoue. En avril 46, le  travail forcé est aboli et en mai 46, la citoyenneté est reconnue à tous les ressortissants des territoires d’outre-mer. Cependant, il n’est pour l’instant pas question d’indépendance pour les colonies.  En mai 45, à l’occasion de la libération, à Sétif en Algérie, éclate une émeute. Le drapeau algérien est brandi, 88 européens sont tués. La répression fait entre 20000 et 100000 (selon les sources) algériens tués dans le constantinois.

 

b)     … émergent différents mouvements nationalistes

Avant et pendant la seconde guerre mondiale, se développent des mouvements indépendantistes. On peut distinguer parmi eux les mouvements traditionalistes dont les revendications s'appuient sur les valeurs locales traditionnelles (mouvement des frères musulmans en Egypte- ulémas en Algérie).Il ya également des mouvements modernistes pour lesquels la lutte pour l'indépendance doit passer par une modernisation de l'économie et de la société. (Néo-Destour de Bourguiba en Tunisie, l'Union Démocratique du Manifeste Algérien de Ferhat Abbas). Enfin, apparaissent également des mouvements d’inspiration marxiste. Selon ces derniers, l'accès à l'indépendance doit s'accompagner de la mise en place d'une société de type socialiste. (Ligue pour l'indépendance du Vietnam ou Viet- Minh d'Ho Chi Minh de son vrai nom Nguyên Al Quôk). En Inde, le Parti du congrès fondé en 1885, est plus difficile à classer. Gandhi n’hésite pas à mettre en avant des valeurs traditionnelles dans sa lutte, tandis que Nehru pense que des réformes sont nécessaires pour moderniser l’Inde. Il a d’ailleurs une certaine admiration pour le plan quinquennal soviétique. En 1942, le parti du Congrès adopte la résolution Quit india où il demande l’indépendance de l’Inde comme condition d’un soutien au Royaume-Uni en guerre.

 

c)     Alors que le contexte semble devenir favorable….

Dans les colonies, la légitimité de ceux qui demandent des droits supplémentaires est renforcée par leur participation à la seconde guerre mondiale. Dans l’empire britannique, 2 millions d'indiens combattent pour la couronne. Les forces françaises de la France libre sont en partie constituées de soldats d'Afrique noire et du nord. Des africains et des antillais (dissidents) participent ainsi au débarquement de Provence en août 44 comme le rappelle le film Indigènes. Par ailleurs, les puissances coloniales européennes sont affaiblies par la guerre. Par exemple, le 10 mars 1945, les japonais proclament une première fois l’Indépendance du Vietnam dans le contexte de la fin de la guerre pour gêner la France. De plus, les deux grandes puissances du moment, les Etats-Unis et l’URSS, se disent anti-colonialistes. A Yalta, en février 45, Staline réclame l'indépendance des peuples colonisés. Enfin, avec la création de l’ONU se met en place une véritable tribune pour les revendications nationalistes. L’organisation joue d’ailleurs un rôle de médiatrice dans certains processus (Ethiopie-1945, Lybie-1952). Les puissances coloniales font également des promesses à leurs colonies. En 1944, dans son discours de Brazzaville (Congo), De Gaulle promet une plus grande participation des peuples à la gestion de leurs territoires sans proposer l'indépendance. Les britanniques promettent également une nouvelle constitution à l'Inde.


Self-Governement : transfert aux populations colonisées de la responsabilité politique intérieure.
Autonomie : statut d'un pays qui reste sous souveraineté étrangère mais qui obtient la responsabilité des affaires intérieures.

 

II Une décolonisation en plusieurs étapes et selon des processus différents
a) Les étapes de la décolonisation se succèdent…

                De 1946 à 1954, la première étape de la décolonisation est essentiellement asiatique. 1946: Philippines (E-U); 1947: Inde- Pakistan(GB); 1948: Birmanie (G-B); 1949: Indonésie (Pays-Bas); 1951: Libye (Italie); 1953 : Laos (Fr) Cambodge (Fr); 1954 : Indochine.( accords de Genève)).De 1954 à 1964, la deuxième étape est essentiellement africaine. (1956: Maroc- Tunisie- Soudan (condominium anglo-égyptien) ; 1957 : Ghana ;1958: Guinée; 1960: Colonies françaises d'Afrique noire- Madagascar- Congo belge (Zaïre)-Nigeria- Somalie (Italie); 1961: Tanzanie (G-B); 1962: Algérie (accords d'Evian); 1963: Kenya (G-B); 1964: Rhodésie (Zimbabwe). A partir de 1965, il y a également des indépendances tardives. Elles concernent pour beaucoup des colonies portugaises et espagnoles ( 1968: Guinée équatoriale (Esp.); 1974: Guinée-Bissau (Port.); 1975: Mozambique- Angola- Cap-Vert -Sao Tomé et Principe (Port.); 1976: Sahara occidental (Esp.); 1990: Namibie (sous domination Sud africaine).Au total, le processus de décolonisation semble plus précoce dans l'empire britannique. Le Royaume-Uni semble adopter une attitude plus souple. Cependant, il convient de noter que les dernières colonies britanniques d'Afrique sont indépendantes après les dernières colonies françaises du même continent.

 

b) …selon des processus différents.

Certaines indépendances sont acceptées ou négociées. En Inde, par exemple, Gandhi  (appelé Mohandas-la grande âme) use de la non-violence pour obtenir le départ des anglais (jeûnes, boycott et différentes formes de désobéissance civile). Mais certaines manifestations indiennes sont réprimées extrêmement brutalement. On ne peut parler d’indépendance strictement pacifique. La Grande-Bretagne représentée par Lord Mountbaten,  finit cependant par accepter l'indépendance de l'Inde en 1947. Gandhi ne parvient pas, avant son assassinat par un fanatique hindou en 1948, à endiguer la haine attisée par les fondamentalistes (Ligue musulmane d’Ali Jinnah). Il ne peut empêcher les violentes émeutes entre Hindous et Musulmans, ni le partage en 1947 de l’empire des Indes entre l'Union indienne dirigée par Nehru et le Pakistan (Pakistan occidental et Pakistan oriental). 10 à 15 millions de personnes sont déplacées.  Cependant, le Royaume-Uni n’a pas le monopole des indépendances négociées. La France accorde également l’indépendance  au Maroc et à la Tunisie en 1956 selon un processus du même type. De plus, en 1958, elle propose à ses colonies d'Afrique subsaharienne trois possibilités : conserver le même statut, (Côte française des Somalis, Comores), devenir des États autonomes au sein de la communauté française (la plupart des colonies africaines)  ou faire sécession (Guinée de Sékou Touré dès 1958). En 1960, les colonies africaines françaises qui avaient opté pour la deuxième solution deviennent indépendantes mais avec des liens diplomatiques et économiques très étroits avec la France (France-Afrique).

 

Certaines décolonisations sont refusées de prime abord. C'est le cas à Madagascar ou en mars 1947, la France réprime l'insurrection en faisant plusieurs milliers de morts. C'est le cas aussi en Indochine où Ho Chi Minh  proclame l’indépendance le 2 septembre 1945. La guerre éclate en 1946  mais à la suite de la défaite de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, la France signe en juillet  accords de Genève. Le Vietnam est désormais divisé en deux Etats indépendants. Au nord se met en place une république démocratique communiste. Au sud, est établie une République du Vietnam soutenue par les Etats-Unis.

En Algérie, les difficultés débutent en 1945 avec les émeutes de Sétif (voir plus haut).L’année 1954 marque une nouvelle étape dans le conflit. Il existait déjà des mouvements nationalistes algériens (UDMA, Ulémas) mais des algériens nationalistes radicaux fondent autour de Ben Bella le FLN (Front de libération nationale). Le 1 novembre 1954, éclatent des attentats dirigés contre les français (toussaint sanglante). Le FLN s'engage dans la lutte armée. C'est le début de la guerre d'Algérie, mais on ne parle alors que d’ « évènements ». La France reste attachée à son empire. François Mitterrand ministre de l'intérieur de l’époque déclare : " l'Algérie c'est la France ". En 1956, l'effort de guerre s'intensifie. L'objectif de la métropole est de maîtriser la guérilla avant négociations. Le contingent est envoyé, le service militaire passe à 27 mois, les réservistes sont appelés, des supplétifs (futurs Harkis) sont recrutés. En octobre 1956, Ben Bella est arrêté à l'occasion d'un détournement d'avion illégal. Le FLN répond par des attentats sanglants. L'armée se lance alors dans une opération forte de maintien de l'ordre, c'est la bataille d'Alger en 1957. Au terrorisme, elle oppose la torture et la justice expéditive. L’année 1958 est un tournant .La nomination à la présidence du conseil du MRP Pierre Pfimlin réputé favorable à des négociations provoque des émeutes à Alger. Des militaires forment un comité de salut public présidé par le général Massu. Ils appellent De Gaulle au pouvoir car il semble incarner alors l’attachement à l’empire colonial. Sous cette pression, il  est donc investi Président du Conseil le 1 juin 1958 par l'Assemblée nationale. Il lance à Alger le 4 juin 1958 la formule ambigüe  « je vous ai compris ». Le «Vive l’Algérie Française » lancé le 6 juin à Mostaganem est plus problématique car il donne le sentiment de vouloir maintenir les départements français d’Afrique du nord dans le cadre français. Il déclare cependant dès le lendemain à son collaborateur Pierre Lefranc « Nous ne pouvons pas garder l’Algérie ». En septembre 1959, il reconnaît le droit des algériens à l'autodétermination et travaille à faire accepter cette idée à la population métropolitaine et aux européens d’Algérie. Mais certains d’entre eux s'opposent à ce processus.  En janvier 60, les partisans de l’Algérie Française s’insurgent à l’occasion de la semaine des barricades, mais le 8 janvier 1961, 75% des français se prononcent pour l’autodétermination de l’Algérie. Les activistes de l’Algérie Française ne désarment pas pour autant puisque certains fondent en 1961, l’Organisation Secrète Armée (OAS) et en avril Challe, Zeller, Jouhaud et Salan réalisent le putsch des généraux.  De Gaulle utilise l’article 16 pour rétablir l’ordre mais il échappe de peu à deux attentats organisés par l’OAS, le 8 septembre 1961 à Pont-Sur-Seine et le 22 août 1962 au Petit Clamart. Dans le même temps, le préfet de police de Paris, Maurice Papon (collaborateur sous Vichy), réprime extrêmement brutalement pour le compte de De Gaulle, la manifestation organisée le 17 octobre 1961 par le FLN (100 morts), puis celle organisée le 8 février 1962 par le Parti Communiste (9 morts au métro Charonne). Finalement,  le 18 mars 1962, les accords d’Evian mettent fin à la guerre d’Algérie et  le 3 juillet 1962 est proclamée l’indépendance de l’Algérie. Le conflit a fait de nombreuses victimes. 35000 soldats français et 300 000 algériens. Il faut aussi noter le départ de 1 millions de "pieds noirs".

Plusieurs éléments peuvent expliquer cette indépendance difficile. La logique assimilatrice de l’administration française est trop centralisatrice pour permettre une évolution facile vers le self-government ou l’auto-administration. Elle entretient longuement le mythe d’un empire indivisible. A cela s’ajoute le fait que l’Algérie est une colonie de peuplement où les européens s’estiment responsables de la mise en valeur. Cependant, la France n’est pas la seule à connaître des indépendances difficiles. Ainsi les britanniques répriment-ils très brutalement révolte des Mau-Mau au Kenya en 1952. Les Pays-Bas quittent  l’Indonésie après un long conflit (1947-1949). Les indépendances de  Angola (1961-1975), de la Guinée-Bissau (1963-1974) et au Mozambique (1964-1975) sont également obtenues à l’issue de guerres meurtrières.

 

Contingent : ensemble des jeunes gens qui au cours d'une même année sont appelés sous les drapeaux pour accomplir leur service militaire.

 

Conclusion : Il y a donc plusieurs processus de décolonisation plus ou moins pacifiques et plus ou moins brutaux. Mais tel ou tel processus n'est pas caractéristique de tel ou tel empire. L'empire britannique connaît des décolonisations violentes et la France accorde l'indépendance à la plupart de ses possessions d'Afrique subsaharienne selon un processus pacifique.

 

Auteur : Nérée Manuel

 

Bibliographie :

BRANCHE R. et THENAULT S., La guerre d’Algérie, Documentation photographique, août 2001

PERVILLE G. et MARIN C., Atlas de la guerre d’Algérie, de la conquête à l’indépendance, Paris, Autrement, 2003

Textes et documents pour la classe,  La guerre d’Algérie, TDC, n° 994, Scéren-Cndp,

avril 2010.

MAZRUI A.A, Histoire générale de l’Afrique, VIII, l’Afrique depuis 1935, Comité scientifique international pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique (Unesco), 1989.

 

Dernière mise à jour : 04-12

 

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