1L 1ES

Les français dans la première guerre mondiale

Le cas  des mutineries de 1917 .

Intro :

La question des mutineries divise aujourd’hui encore.

Par exemple en 1998, à l'occasion de l'anniversaire de la fin de la première guerre mondiale, Lionel Jospin émettait le souhait que les soldats « fusillés pour l'exemple, épuisés par des attaques condamnées à l'avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond et qui refusaient d'être sacrifiés, victime d'une discipline dont la rigueur n'avait d'égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd'hui pleinement notre mémoire collective. » Le lendemain, le Président de la République Jacques Chirac déclarait : " Au moment où la nation commémore le sacrifice de plus d’un million de soldats français qui ont donné leur vie entre 1914 et 1918 pour défendre la patrie envahie, toute déclaration publique pouvant être interprétée comme la réhabilitation de mutins est inopportune. "

La question a aussi longtemps divisé les historiens, notamment au sujet des causes de mutineries.

 

Pb : Comment expliquer qu’après la phase de consentement à la guerre au début du conflit, éclatent des mutineries en 1917 ? 

 

I Les origines des mutineries.

 

Les mutineries s’expliquent-elles par une politisation des soldats ou par des facteurs militaires ? L’origine des mutineries est-elle idéologique ou apolitique ?

 

a) Des troubles politiques, l’explication de l’Etat-major.

Pendant longtemps, l’Etat-major a voulu expliquer les mutineries par l'activité de « meneurs » socialistes ou pacifistes.

Le général de Maud'huy affirme le 4 juin 1917 : « Ces troubles qui ressemblent à s'y méprendre à une mutinerie, ont éclaté simultanément et semblent avoir été soigneusement organisés par les dirigeants socialistes de l'intérieur ».

S’il est vrai que le discours est parfois révolutionnaire, comme on l’entend dans la chanson de Craônne, cette explication est loin d’être suffisante.

 

b) Une réaction contre les erreurs du commandement.

Or, le 16 avril 1917, le général Nivelle lance une offensive pour forcer le « Chemin des Dames », route sur les crêtes entre l'Aisne et l'Ailette. Il avait prévu une progression de 100 mètres par trois minutes. Au bout de trois jours, pour des gains de terrain dérisoires, on a relevé 90 000 blessés et 40 000 tués.

Les soldats sont lassés par ces offensives inutiles et meurtrières.

 

c) La lassitude.

En 1917, la guerre dure depuis 3 ans.  Les soldats sont fatigués or, il faut d’ailleurs attendre 1è pour que les permissions soient réellement organisées.

Depuis, décembre 14 , c’est une guerre de tranchée qui est menée. Cette guerre est une guerre d’usure. Les hivers en particulier sont difficiles à passer. Les soldats sont en effet confrontés à la  boue au froid et à la vermine.

Les mutins revendiquent d’ailleurs contre les  conditions de vie dans les tranchées, inégalité dans le régime des permissions, état lamentable des cantonnements de repos.

 

Conclusion : Désormais, les historiens s’entendent pour donner une explication apolitique des mutineries .

 

II Manifestations.

a) Les effectifs concernés.

Les mutineries concernent entre 30 000 et 40 000 hommes.

Ce sont des unités entières qui se mutinent en particulier dans l’infanterie. ( eulement 12 bataillons de cavalerie).

Cl : Les mutineries sont donc des actions collectives.

 

b) les lieux.

Les mutineries ont le plus souvent lieu en seconde ligne et pas au combat.

 

c) les actes d’indisciplines.

Le refus de monter en ligne motivé par des raisons strictement militaires le tout exprimé dans un calme relatif.

Des actes de violence peu nombreux : heurts, bousculades comme la fourragère et les étoiles arrachées au général Bulot, avec parfois, l'alcool aidant, quelques coups de feu.

L'expression d'opinions diverses et parfois politiques (drapeau rouge, Internationale).

Enfin, le départ de quelques groupes essayant de rejoindre des gares pour se faire entendre des députés.

 

Mutineries : refus collectif et déclaré de se soumettre aux ordres de l'autorité militaire.

 

III La reprise en main.

a) La répression.

Pétain remplace Nivelle à la tête des armées sur le front Nord-Est. Le décret du 8 juin 1917 autorise Pétain à  user pleinement de ses pouvoirs discrétionnaires pour ordonner l'exécution immédiate de condamnés à mort.

Pour l’année 17 , il y eu 544 condamnations à mort et entre 50 et 75 exécutions.

 

Il faut aussi rappeler que des mutins ont été envoyés dans des bataillons disciplinaires qui furent placés en première ligne dans les batailles qui suivirent.

 

Au total pendant la première guerre mondiale ; il y eut environ 600 fusillés dans l'armée française, 330 pour les Anglais, 750 pour les Italiens, 48 (chiffre officiel et suspect) pour les Allemands, un grand nombre chez les Russes (surtout lors des mutineries de 1916).

b) L’amélioration du sort des soldats.

L'égalité stricte pour les tours de permission (10 jours par période de 4 mois).

L'amélioration des conditions de voyage des permissionnaires.

L'amélioration des cantonnements.

Une meilleure nourriture.

La lutte contre les mercantis ( marchands divers) en multipliant les coopératives militaires.

 

 

Conclusion :

L’explication des mutineries est pour l’essentiel apolitique. L’attitude des mutins est avant tout une réaction contre les erreurs du commandement, les offensives inutiles et les conditions de combat. Même si les mutins s’expriment parfois avec un langage révolutionnaire, leur refus d’obéir est avant tout déterminé par les circonstances . Les mutineries sont des actions collectives qui se développent en particulier au printemps 17. Les autorités y mettent fin en recourrant à des moyens de répression brutale  mais aussi en améliorant l’ordinaire des soldats. 

 

Bibliographie :

LES MUTINERIES DE 1917 de Guy Pedroncini, 1999, PUF