A l’occasion de la première guerre mondiale, assiste-t-on à une émancipation des femmes ?

 

L’émancipation est le fait de se délivrer de s’affranchir d’une domination ou d’un état de dépendance. Pendant la guerre les femmes ont participé à l’effort de guerre. Elles ont donc été amenées à jouer un rôle plus ou moins nouveau. Se sont-elles pour autant affranchies de la tutelle masculine? Ont-elles obtenu, par exemple, l’autonomie financière. Leur a-t-on concédé l’égalité des droits ?

 

I Le statut des femmes avant guerre.

a)       Les femmes dans la population active.

Population active : ensemble des personnes ayant un emploi ou à la recherche d’un emploi.

Il ne faut pas dire que les femmes ont commencé à travailler à l’occasion de la première guerre mondiale. Avant la guerre, elles étaient déjà 7 millions sur une population active totale  de 21 millions de personnes ( statistiques concernant les actifs de 18 à 45 ans).

Rappel : Les femmes travaillent et souvent pour des salaires inférieurs à ceux des hommes.

Il convient de noter également que les femmes (souvent veuves ou héritières) menant des affaires ne représentent pendant a Belle Epoque qu’une petite minorité.

Les femmes menant des études supérieures ne sont pas rares par contre. Elles sont nombreuses à faire des études de droit. Elles sont moins nombreuses à travailler dans le domaine des sciences. On peut citer, le cas de Marie Curie qui fut deux fois prix nobel ( 1903-1911).

b)       Les femmes ne sont pas des citoyennes de plein droit.

Rappel : La constitution de la 3ème République ne donne pas le droit de vote aux femmes. Le suffrage est universel masculin. Les femmes ne sont donc pas des citoyennes à part entière.

c)       Les débuts du féminisme.

Les mouvements féministes se développent au début du 20ème siècle.  Ces mouvements inspirés par exemple par Floran Tristan réclament au moins l’égalité des droits.  On peut citer en particulier le travail de Madeleine Pelletier, médecin et militante féministe qui édite le journal "La suffragiste de 1907 à 1914". Les partis conservateurs sont, en général, opposés au vote des femmes. Mais les partis de gauche pourtant favorables en principe à l’égalité des femmes, hésitent à leur accorder le droit de vote en prétextant qu’elles seraient assez manipulables pour voter en faveur des conservateurs.

II Le rôle des femmes pendant la guerre.

a)       Le soutien aux soldats.

Pendant, la guerre les femmes sont amenées à soutenir les soldats de plusieurs façons :

Les marraines de guerre : Elles sont de conditions variées. Elles entretiennent, à la suite de petites annonces passées dans la presse, des relations de correspondance ( envoi de lettres, de colis) avec des soldats sans famille ou isolés. A l’occasion des permissions, ces derniers peuvent d’ailleurs leur rendre visite.

Cette correspondance est surveillée par le 2ème Bureau. On craint la présence d’espionnes parmi ces marraines.

Les infirmières ( anges blancs) : elles sont très nombreuses et très appréciées par les soldats qu’elles accompagnent dans la douleurs et parfois dans leurs derniers instants. Elles jouissent dans la population civile d’un certain prestige. Si les services de santé ont présenté des lacunes au début du conflit, les infirmières sont devenu progressivement assez nombreuses pour s’occuper des 3 millions de blessés qu’on a pu compter au milieu du conflit.

Notez deux cas particuliers : Celui d’Edith Cavell , infirmière anglaise directrice d’une école d’infirmière à Bruxelles, exécutée par les allemands parce qu’elle organisait la fuite de soldats anglais et Français dans la Belgique occupée. 

                                                            Celui de Marie Curie qui met au point un service de radiologie mobile dont ont bénéficié 900 000 combattants.

b)       Le remplacement au travail.

Pendant les 4 ans de guerre, ce sont 20 millions d’hommes qui sont partis à la guerre.

Pour soutenir  l’effort de guerre et remplacer cette main d’œuvre mobilisée, on a besoin des femmes.

Elles y sont encouragées par les autorités. Le président de la république Viviani lance même un appel à la mobilisation des femmes et des enfants. De plus, en 1917, est crée l’Association  pour l’Enrôlement Volontaire des Françaises au Service de  la Patrie.

Dans les exploitations agricoles, elles deviennent chef d’exploitation. Par exemple , une cultivatrice de la Beauce qui a pris en charge une exploitation de130 hectares,  400 moutons . 15 vaches, a été décorée de l’ ordre de la nation

Dans les services.

Les femmes remplacent les hommes à des postes où ont les voyaient peu jusqu’alors.

En 1916 sont recrutées des employées du Gaz.

A Paris en 17 apparaissent les premières « factrices » . 5 puis 120.

En juin 1917, la gare de Fécamp compte deux « chauffeuses » de locomotives.

Le métro et le tramway recrutent également : dans les tramways il y avait 2670 femmes en 1915. elles sont 5000 en 1918.

Dans les usines.

Les femmes sont très nombreuses dans l’industrie de l’armement.

Les « munitionnettes » sont 430 000 en 1918.

Les femmes ont également la responsabilité des affaires et des commerces. En 1915, un anglais témoigne que 90% des femmes restées seules à la tête des affaires avaient fait face aux difficultés.

Bilan : Au total, en 1917, 6 femmes sur 10 travaillent. A Rouen en 1918, dans les usines 30 % de la main d’œuvre est féminine. Elles jouent donc un rôle majeur dans l’effort de guerre. Ainsi le Maréchal  Joffre à déclaré un jour que « si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les alliés perdraient la guerre ».

c)       Conditions de travail et revendications.

Si le salaire est deux fois plus élevé dans l’armement que dans d’autres secteurs, les revenus sont souvent modestes compte tenu de l’augmentation du coût de la vie pendant la guerre.

Le salaire journalier des factrices est de 5,50 francs. Celui des conductrices de tramways qui travaillent de 10 à 11 heures est de 4 ,50 francs. Les « chauffeuses » de train sont payées 5 francs alors qu’elles travaillent 12 h par jour et n’ont droit qu’à 36 heures de repos tous les 10 jours. Même si certaines femmes découvrent à l’occasion de la guerre l’autonomie financière, ces salaires ne sont pas toujours suffisants. Ainsi en 17 des grèves éclatent pour réclamer des augmentations de salaires. Les « midinettes » (couturières)  obtiennent une augmentation d’1 franc.

Dans les usines d’armement les conditions de travail sont particulièrement pénibles et dangereuses. Une femme qui fabrique des obus peut avoir manié 14 tonnes dans la journée. Celles qui manipulent de l’acide picrique deviennent jaunes.( L’acide picrique est utilisé pour fabriquer la mélinite , un explosif)  Il n’est pas rare que les journées durent plus que 12 heures.

d)       Premières participations politiques.

La question de la participation des femmes  à la vie politique fait son apparition avant 14. Mais leur investissement  dans ce domaine est limité à des participations de second rang.

Ainsi, au printemps 17, Jeanne Tardy , licenciée en droit, est la première femme membre d’un cabinet ministériel. (Ministère du Travail dans le gouvernement Métin)

III Les aspirations déçues à la fin de la guerre.

a)       Le retour au foyer.

Au  sortir de la guerre, le retour des femmes au foyer est encouragé. Les causes invoquées sont les suivantes :

Les autorités veulent rendre les femmes à la famille pour repeupler la France et relever la natalité.

Les poilus de retour chez eux, veulent retrouver leur autorité, leur statut d’avant guerre et leur femmes à leurs places d’antan.

La proportion des femmes dans le population active baisse donc à nouveau.

b)       Un engagement citoyen bien mal récompensé.

En France, même si la question est en débat, les femmes n’obtiennent pas le droit de vote. Alors que les anglaises, les allemandes , les autrichiennes, les Tchécoslovaques, les Polonaises, les Américaines et les Canadiennes l’obtiennent. Elles sont donc toujours considérées comme mineures politiquement.

c)       La mode rebelle.

 Seule la mode permet d’exprimer des aspirations à l’émancipation. Le corset, les bottines, et les robes longues sont désormais en concurrence avec des jupes plus courtes, des vestes militaires cintrées des chaussures ouvertes et des bas de soie. S’impose en effet pendant la guerre la mode de la Garçonne qui chevaux courts, fume la cigarette et porte la canne.

 

Conclusion :

La guerre n’a pas permis l’émancipation des femmes.

Certes, leur image a évolué. Elles ont contribué à l’effort de guerre. Certaines ont découvert pendant cette période l’autonomie financière. Mais, les femmes en France n’ont pas obtenu l’égalité civique et elles furent rapidement encouragées à regagner leurs foyers.