Séries :
1L, 1ES, 1 S
Titre : L’immigration et la société
française durant le 20ème siècle.
Etude de cas : les chibanis
Aujourd’hui
un français sur quatre a parmi ses aïeux (parents ou
grands-parents), une personne immigrée.
Cette situation contemporaine illustre l’histoire et la diversité
du peuplement de la France. Les flux
migratoires furent longtemps suscités. Pourtant, on observe tout au long
du 20ème siècle et au début du 21ème
siècle la persistance de réactions xénophobes ou hostiles
à l’immigration. Le parcours des chibanis, ces travailleurs issus de l’immigration
désormais retraités illustre l’histoire des relations
complexes entretenues par la société française avec ces
hommes et ces femmes qui, pourtant, ont contribué à la
compléter.
Problématique : Comment ont évolué les rapports entre immigration
et société française du début à la fin du 20ème
siècle ?
Peuplement :
1.Répartition d’une population sur un territoire. 2. Processus par
lequel la population d’un territoire augmente, se complète. 3.
Composantes de la population d’un territoire.
Immigration : fait de s’installer dans un pays dont on n’est pas
originaire. L’immigration implique un changement de résidence
même s’il n’est pas définitif
Etranger :
à ne pas confondre avec immigré. L’étranger est
celui qui n’a pas la nationalité du pays où il est.
I Dans la première moitié du 20è
siècle, les migrations répondent aux besoins de la
société française ….
a)
…d’un
point de vue économique et démographique.
Au
début du siècle, la France poursuit son processus
d’industrialisation et les besoins de main d’œuvre sont
nombreux. Par ailleurs, le pays souffre d’un faible dynamisme
démographique. Emile Zola parle alors de
« Dépopulation ». Dans un contexte de risque de
guerre, entre 1891 à 1911,
la population est passée de 38 340 000 habitants à 39 600
000 soit une augmentation de seulement 60 000 habitants par an contre 500 000
pour l'Allemagne à la même période. L’immigration
apparaît alors comme une solution. Ainsi en 1905, on fait venir des
villages entiers de la vallée du Pô en Italie pour les installer en Haute-Garonne,
dans le Gers, dans le Lot et Garonne, le Tarn et Garonne. En 1911, on compte
1.13 millions d’étrangers en France.
b)
,…
L’immigration est alors essentiellement européenne….
Il
s’agit alors pour l’essentiel de migrations de proximité. En
1911, les italiens représentent 38% des étrangers en France. Au total avec les belges, les espagnols,
les suisses et les allemands, ils représentent plus de 80% des
étrangers. Il convient de noter cependant que l’on voit arriver
également désormais des Polonais et des Kabyles
d’Algérie.
c)
Tandis que des
flux migratoires intra-coloniaux permettent de soutenir l’effort de
guerre.
Pendant
la première guerre mondiale, les sujets de l’empire colonial
français sont largement mobilisés. Ils ne sont pas pleinement
français, ils sont pourtant
déplacés par milliers pour soutenir l’effort de guerre. Le
Maghreb fournit au total 269000 soldats dont 172000 sont algériens.
134000 soldats viennent d’AOF (Tirailleurs sénégalais,
etc..), 43000 d’Indochine et 34 de Madagascar. Les colonies fournissent
également des travailleurs. Pour exemple, l’Algérie a
fourni pendant la guerre 78000 travailleurs ; le Maroc, lui, 35500,
l’AOF 35500, l’Indochine 51000.
d)
…ce qui
n’empêche pas les réactions négatives.
Elles
se manifestent en particulier en période de crise et de guerre. Pendant
la première guerre, ce sont les immigrés en provenance des
puissances de la triplice dont on
se méfie. Avec la dépression des années 30, les
travailleurs étrangers sont également moins
tolérés. Des
travailleurs Polonais ayant participé à des grèves en 36
sont expulsés. Dans le contexte de la Retirada (passage des
Pyrénées par les républicains Espagnols fuyant les
exactions des nationalistes de Franco) et de l’immigration de
réfugiés juifs fuyant les territoires administrés par les
nazis, la 3ème république de Daladier adopte des mesures d’enfermement des
étrangers indésirables (décrets Daladier 1937-1938). Ils sont enfermés dans les camps
d’Argelès, Rivesaltes, Agde, Bram, Gurs, etc... Le régime
de Vichy (1940-45) prend le relais de cette politique. C’est ainsi que
des juifs étrangers se retrouvent piégés quand se met en
place l’occupation au nord et l’Etat Français au sud. La
répression ne dissuade pas certains étrangers de participer
très activement à la résistance on peut citer le groupe
Manouchian de l’Affiche Rouge mais aussi le parcours exemplaire de Tomas
Ortega Guerrero dit Camilo et de ses compagnons espagnols en première
ligne pour la libération du Gers.
II ….De 1945 à 1974, dans un contexte de
trente glorieuses et de décolonisation, l’origine des migrants se
diversifie.
a)
…avec
l’encouragement de l’immigration notamment maghrébine.
Après
la seconde guerre mondiale et la reconstruction, dans le contexte des trente
glorieuses, la France a besoin de
main d’œuvre supplémentaire. La population
étrangère passe de 1.7
d'étrangers en 54 à 3.4 millions en 75. Pour beaucoup, ils
viennent d’Afrique du nord et d’Afrique subsaharienne dans le
contexte de décolonisation. Mais jusqu’en 1975, les
immigrés d’origine européenne restent majoritaires (61%).
Cette phase est donc marquée
par une diversification des origines des immigrés. Dans les mines du carmausin (Cagnac ou
Blaye), on compte près de 25 nationalités différentes. Les
maghrébins
représentent alors près de 39% des migrants en 1975. Ce
sont ces travailleurs ayant cotisé et contribué à la
croissance française qui constituent le gros des « chibanis ». Ils
réclament actuellement leurs droits à la retraite qui dans
certains cas leurs sont refusés.
b)
… Cette
immigration contribue largement à la croissance
Les
immigrés occupent alors les emplois les moins qualifiées, les
plus pénibles et les moins rémunérés de
l’industrie, du bâtiment et de l’agriculture. On pense alors
encore à l’époque en termes de migrants. On ne
prévoit donc pas leur installation.
Ils vivent alors souvent
dans des foyers de travailleurs étrangers ou dans des bidonvilles. A
partie des années 60, on commence à s’émouvoir de
leur sort. Pour exemple, la fac de Nanterre émerge à quelques
mètres du bidonville du même nom et certains militants
étudiants s’émeuvent de cette situation qui contraste avec
la prospérité observée par ailleurs.
c)
Une attitude inégale vis-à-vis
des populations immigrées.
Cela
n’empêche pas la persistance de réactions racistes et
xénophobes par ailleurs. Dans un contexte de décolonisation on
assiste à des « ratonnades », à des
vexations contre ceux que l’on considère comme des
« melons » ou des « bicots ». Par
contre, l’acceptation des migrants économiques espagnols ou
portugaise semble se faire plus facilement même si les moqueries ne sont pas
rares (image de la bonne portugaise à l’accent chuintant,
stéréotypes associés aux personne d’origine
ibérique).
III ….Dans un cotexte de crise, les
frontières se ferment à l’immigration de travailleurs
étrangers.
a)
…La
fermeture des frontières à l’immigration de travailleurs
étrangers.
A
partir de 1974, seul est désormais accepté le regroupement
familial. Hervé Le Bras y voit un moment important dans
l’installation quasi définitive de populations issues de
l’immigration. Puisque les allers-retours entre pays de départ et
pays d’origine deviennent plus difficiles. Il parle d’ailleurs
désormais d’immigration de peuplement.
Espace Schengen : les accords de Schengen permettent la libre
circulation des ressortissants des pays membres à
l’intérieur de la zone mais renforcent les contrôles aux
frontières externes (4000km de long) . Ils concernent 22 pays et 3
états associés (Islande, Norvège et Suède ).
b)
…
n’empêche pas le maintien de flux limités dans le cadre de
….
-
l’espace Schengen :
A
l’intérieur de l’espace Schengen, la libre circulation des
ressortissants européens est désormais acquise. Dans le contexte de la crise actuelle,
l’Espagne, le Portugal et la Grèce qui n’étaient plus
des pays de départ risquent de le devenir à nouveau.
-
de l’immigration choisie :
A l’instar d’autres puissances
comme les Etats-Unis ou le Canada, la France s’est désormais
arrogé le droit de choisir les migrants en fonction de leurs
compétences et des besoins de son économie. Hervé Le Bras
y voit un retour aux logiques des migrations de la première
moitié du 20ème siècle : répondre
par l’immigration aux besoins de l’économie. Mais cette
procédure n’est pas sans inconvénients pour le pays de
départ d’où une main d’œuvre qualifiée,
formée par lui alors qu’il en aurait besoin pour son
développement.
-
de l’immigration clandestine :
Elle existe et
représente selon le Ministère de l’Intérieur entre
200 000 et 400 000 personnes.
c)
… Ainsi,
la place de la population immigrée
dans la population totale est désormais stabilisée
Le taux d'immigration en France est depuis 1974 de 2,2 % par an. Le
pourcentage de la population immigrée dans la population totale se stabilise désormais
autour de 10%. Ce poids n’augmente pas. On
assiste cependant actuellement à un élargissement des origines
géographiques des migrants. Ainsi, en France en 2004, on a relevé
150 nationalités parmi les signataires du « contrat
d’accueil et d’intégration ».
Taux
d'immigration : différence entre les entrées et les sorties du
territoire rapportée à la population totale.
d)
… alors
qu’en France l’attitude oscille entre demande, accueil et
hostilité.
Visiblement,
l’immigration de travailleurs intéresse toujours
l’économie française. La grève des clandestins du bâtiment
en 2008, a prouvé
que le BTP se satisfait encore de cette main d’œuvre
corvéable. Cependant, le gouvernement a établi un quota de 20000
sans-papiers à expulser par année. Certains, comme le
réseau RESF, souhaitent soutenir ces hommes, ces femmes, ces enfants
d’origine étrangère à la recherche de meilleurs
conditions de vie. D’autres souhaitent rendre, à tort, ces
populations responsables de l’insécurité et des
difficultés sociales. A terme, dans un contexte de vieillissement de la
population, le recours à l’immigration risque d’être
à nouveau mis en avant afin d’équilibrer le rapport entre
actifs et retraités.
Conclusion :
La
société française a donc à plusieurs reprises
suscité ou accepté des flux migratoires. Il s’agissait de
répondre à différents besoins, en matière de main
d’œuvre ou dans le domaine démographique. Mais dans
l’histoire de ce 20ème siècle, la
société
Française n’est malheureusement pas à l’abri
de réactions de rejets. Ces dernières se manifestent en
particulier dans les périodes de crises au moment où les
difficultés sur le marché de l’emploi braquent une partie
de la population sur les questions d’immigration et la rend oublieuse des
efforts consentis par les étrangers et les anciens coloniaux au moment
où ils leur furent demandés. Dans ce contexte associé
à l’existence d’une immigration clandestine, certains
cherchent à faire passer l’immigration comme un
phénomène subi alors que pendant longtemps, elle fut un phénomène
voulu.
Auteur :
Nérée Manuel
Bibliographie :
LEQUIN Y. (sd), Histoire
des étrangers et de l’Immigration en France, Bibliothèque Historique,
Larousse, 2006
VIET V., Histoire des
étrangers venus d’ailleurs, Tempus, Perrin, 2004.
GILDAS S., Migrants et
migrations dans le monde, La Documentation Photographique, Dossier n
° 8063, mai-juin 2008, La
Documentation Française.
LE BRAS H., La
démographies, Les grands entretiens, LesiteTV, 2006.
Dernière mise à jour : 10-11