L’évolution vers la démocratie des institutions
politiques françaises entre 1848 et 1914
Un régime démocratique est un régime qui
respecte un certain nombre de principes. Le pouvoir doit émaner du peuple qui
s’exprime par le vote. On parle alors de souveraineté nationale. Le suffrage doit être universel. Le choix doit être permis grâce au
pluripartisme. Les trois pouvoirs,
législatif, judiciaire et exécutif, doivent être séparés. C’est le plus souvent, mais pas systématiquement, une constitution qui définit les rapports
entre les citoyens et les institutions de même qu’entre les différents
pouvoirs. Enfin, les libertés
fondamentales doivent être respectées et garanties. Entre 1848 et 1914, la
France connait plusieurs systèmes politiques.
Comment
évoluent les institutions françaises entre 1848 et 1914 ? La marche vers
la démocratisation des institutions est-elle continue ?
I La Deuxième
république : une brève expérience démocratique.
a)La
deuxième république succède à la monarchie de Juillet, une monarchie de
compromis.
A
l’issue de la révolution des « trois
glorieuses », Louis-Philippe devient
« Roi des français » . Il accepte
également le drapeau tricolore, un
acquis de la révolution française. Mais le régime n’est pas pour autant
démocratique. Le suffrage est censitaire.
Le roi contrôle largement le pouvoir législatif. Le droit de réunion et la
liberté d’expression sont largement bafoués. Logiquement, les républicains dénoncent ce régime, mais LP
rencontre également l’opposition des monarchistes légitimistes et des
Bonapartistes. Dans un contexte de crise
économique, à l’interdiction de banquets
républicains par le premier ministre Guizot provoque des émeutes en février
1848 qui se soldent par le renversement du régime.
Suffrage censitaire : le droit de
vote est réservé à ceux dont la richesse permet de payer un certain niveau
d’impôts.
b)
C’est un régime démocratique et social à ses débuts …
Lamartine parvient à imposer le
maintien du drapeau tricolore et la deuxième République est proclamée le 24
février 1848. Elle est largement
démocratique puisque les pouvoirs sont
séparés. Le président est élu pour
quatre ans et n’est pas rééligible. Le premier président
ainsi désigné est Louis Napoléon
Bonaparte, le Neveu de l’Empereur. Le suffrage est prétendument universel
mais les femmes restent exclues du vote. Ce régime incarne également à ses
débuts un idéal de république sociale.
Par exemple, dans ce contexte de crise économique des ateliers nationaux sont crées pour occuper et rémunérer les chômeurs.( 2fr/j pour 1000000 personnes). C’est également dans cette première période
que l’esclavage est aboli à l’instigation de Victor Schœlcher en avril 1848.
c)….mais
il devient de plus en plus conservateur.
Le
Parti de l’Ordre remporte un certain
nombre d’élections. Il adopte un certain nombre de mesures conservatrices.
Ainsi les ateliers nationaux sont fermés
non sans provoquer quelques émeutes en
juin 1848. De plus, le droit de vote est limité par la loi du 31 mai 1850 qui
exclut du suffrage
ceux qui n’ont pas trois ans de résidence sur leur lieu de scrutin. A cela s’ajoute une crise politique. Louis Napoléon Bonaparte souhaiterait pouvoir être réélu. Il faut
pour cela que les députés modifient la constitution mais ces derniers refusent.
Partie
de l’ordre : coalition regroupant
tous ceux qui craignent les désordres sociaux ( ruraux,
notables, catholiques). Certains souhaitent la restauration d’une monarchie.
II Le second
empire : un régime autoritaire qui se libéralise progressivement.
a)Le
coup d’Etat du 2 décembre 1851…
Face à l’opposition des députés, Louis Napoléon
Bonaparte réalise donc un coup d’Etat,
le 2 décembre 1851. L’Etat de siège est
décrété et l’Assemblée Nationale est dissoute. Les opposants
monarchistes et républicains sont arrêtés soit près de 30000 personnes. Les autres s’exilent.
Coup d’Etat : prise de pouvoir non
conforme aux règles définies par la constitution.
b)….permet
La mise en place d’un régime autoritaire.
Le plébiscite organisé en décembre 1851, donne à Louis Napoléon
Bonaparte le pouvoir de rédiger une nouvelle constitution. S’en est fini de la Deuxième République. Le Second Empire a les apparences d’une démocratie. Le
suffrage universel est rétabli, le peuple est consulté lors de plébiscites. Les pouvoirs semblent
séparés. Mais en réalité, l’Empereur Napoléon
III contrôle les trois pouvoirs par
le jeu des nominations et de la division du pouvoir législatif. De plus entre
1852 et 1870, aucun plébiscite n’est organisé. Enfin, à l’occasion des élections, des candidats
officiels du pouvoir sont favorisés par le ministère de l’intérieur et les
préfets. L’opposition ne peut s’exprimer librement. Le régime est donc un régime autoritaire.
Régime autoritaire : régime où l’essentiel des pouvoirs est détenu par une
seule personne, où l’opposition ne peut s’exprimer.
Plébiscite :
scrutin par lequel un homme au pouvoir demande aux électeurs de se prononcer
par oui ou par non à une question posée et de lui manifester ainsi leur confiance.
c)
Le régime se libéralise cependant progressivement.
Le Corps
Législatif voit ses pouvoirs renforcés. En 1860, il obtient le droit d’adresse. En 1867, il a le droit d’interpellation et en 1869,
il peut être à initiative des lois. Certaines libertés sont accordées : En 1868, la loi sur la presse est supprimée et les réunions publiques sont autorisées. Le régime se rapproche de plus
en plus d’un régime parlementaire. C’est
même le parlement qui vote la guerre que souhaitait l’Empereur tout comme les
Prussiens
Régime parlementaire : régime démocratique où le pouvoir législatif
(détenu en général par le parlement) contrôle le pouvoir exécutif.
III La Troisième République
de 1870 à 1914 (1940)
a) La naissance de la
troisième république est difficile dans un contexte agité…
La France est dans la guerre
où l’a
précipitée Napoléon III en juillet 1870. Il est d’ailleurs rapidement
vaincu et fait prisonnier. Il capitule donc le 2 septembre 1870. La République
est proclamée le 4 septembre. La France
est partagée. Paris est assiégée. L’armistice est signé le 28 janvier. Aux
élections législatives du 8 février, une majorité de français, essentiellement
rurale, vote pour les conservateurs,
notamment monarchistes, qui promettent une paix sans conditions avec les Prussiens. Mais
les Républicains dans un certain nombre de villes et notamment Paris,
n’acceptent pas les choix politiques de la nouvelle assemblée. Celle-ci
s’installe à Versailles, nomme Thiers « chef du pouvoir exécutif de
la République française » et multiplie les
provocations comme la suppression de la solde des gardes nationaux et la tentative, le 18 mars, de récupération des
canons payés par les parisiens pour leur défense. Le 28 mars 1871 est donc
proclamée la Commune de Paris. Elle établit une démocratie directe et fédéraliste largement inspirée par les socialistes
et les anarchistes. La Commune adopte un certain nombre de mesures révolutionnaires : le
drapeau rouge, la séparation de l’église et de l’Etat, la laïcisation des
écoles religieuses, l’école gratuite et obligatoire, la reconnaissance du
concubinage et l’émancipation des femmes. Les
conservateurs de Versailles ne sauraient tolérer une telle expérience
démocratique et sociale. Le 21 mai
1871, débute une semaine sanglante qui
s’achèvera que l e 28 mai avec la
défaite des communards malgré une défense héroïque à laquelle participent des
femmes comme Louise Michel. 20000 Communards sont exécutés (cf Mur de fédérés au Cimetière du Père Lachaise) , plus de 100000 meurent dans les combats et 38000
sont faits prisonniers. Les
Communards ont également commis des exactions. Ils ont par exemple, exécuté 80 otages dont l’archevêque de Paris, Darbois. L’armée régulière chargée de la répression compte
1200 morts dans ses rangs.
Garde
Nationale : Milice de volontaires recrutés dans la population civile.
Versaillais :
Gouvernement de Thiers, ses partisans et ses troupes. Il s’agit souvent de
conservateurs, de monarchistes et de ruraux.
b) mais une démocratie
doublée d’un régime parlementaire sont finalement établis
Les monarchistes ont laissé
la jeune république réprimer l’épisode de la Commune. Ils entendent bien
rétablir un régime conservateur. Ils remplacent d’ailleurs Adolphe
Thiers en 1873 par un des leurs, Mac Mahon. Certains espèrent bien rétablir la monarchie. Mais les monarchistes sont divisés entre
légitimistes et orléanistes. Le Comte de Chambord, prétendant au trône
des légitimistes se révèle intransigeant. il refuse
d’adopter le drapeau tricolore dans l’éventualité d’une restauration.
Finalement en 1875, les lois
constitutionnelles définissent la Troisième
République. C’est une démocratie. Le suffrage est universel masculin. Les
pouvoirs sont séparés. C’est également
un régime parlementaire, car depuis l’échec de la tentative de Mac-Mahon
en 1877 face à Gambetta, le droit de
dissolution ne sera plus utilisé par les présidents successifs. De plus la
chambre des députés peut renverser le gouvernement.
Légitimistes : royalistes
considérant que seul un descendant direct
des bourbons peut devenir roi.
Orléanistes : royalistes
considérant que les successeurs de Louis-Philippe d’Orléans peuvent devenir
roi.
c) La République reste
cependant menacée …
Elle est menacée par l’extrême droite comme le révèle la
crise Boulangiste (du nom du général
ministre de la guerre poussé par ses partisans à prendre le pouvoir par la
force en 1889.), l’affaire Dreyfus
(affaire d’espionnage qui devient nationale à partir de 1898 et qui divise la
France entre partisans de Dreyfus, les dreyfusards
et ses adversaires convaincus de sa
culpabilité souvent par antisémitisme, les antidreyfusards)
et la tentative de coup d’Etat de
Déroulède en 1899. Mais l’extrême gauche aussi remet en cause le système
républicain comme l’illustrent le dynamitage de la chambre des députés par Vaillant
en 1893 et l’assassinat du Président
Sadi-Carnot, en 1894 par l’anarchiste Caserio.
d) …avant de triompher au
tournant du siècle.
Elle a désormais ses symboles : le drapeau
tricolore, la Marseillaise (hymne officiel en 1880), la devise « liberté, égalité,
fraternité) sur le fronton des bâtiments officiel à partir de 1880), la
Marianne (désormais symbole officiel de la république). Elle impose le principe de séparation de l’église et de
l’Etat. Les lois de Jules Ferry sur
l’école la rendent gratuite, obligatoire et laïque. (1881-1882). De plus par la
loi de 1905, dite de
séparation de l’Eglise et de l’Etat, L’Etat
reconnaît la liberté de conscience et garantit la liberté de culte mais ne
reconnaît et ne subventionne aucune religion. Malgré tout, progressivement la très grande majorité des français adhère à
la République, les catholiques
(Cardinal Lavigerie) comme les ruraux soutiens traditionnels des
conservateurs. La vie politique est alors dominée par quatre grandes familles
politiques : les socialistes, les républicains modérés, la droite et le
radicalisme.
Laïcité : principe qui vise à éliminer toute influence religieuse
dans les institutions de l’Etat.
Radicalisme : courant d’idée qui prône une politique de réformes en
faveur de la laïcité, de la liberté et de l’égalité. Le parti radical est alors
le plus important.
Conclusion : De 1848 à 1914, la démocratie finit donc par s’imposer.
Mais ce processus n’est pas sans heurts et sans retours en arrière. La fin de
la deuxième république et le début du second empire sont marqués par le
conservatisme puis par l’autoritarisme. Cependant finalement, la République
s’impose sous sa troisième version, non sans mal et sans dangers.
Dernière mise à jour :
03/11.