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ES, L et S
La société de l'âge
industriel ( milieu du XIXe siècle - 1939) : une
société transformée ?
Objectifs
:
Concept
:
société.
Notion : classes sociales,
mobilités sociales.
Vocabulaire
associé :
prolétariat, bourgeoisie, notables.
Problématique : L'industrialisation
entraîne-t-elle une transformation profonde de la société ? Fait-elle
apparaître de nouvelles divisions?
Savoir-faire
:
étude de documents statistiques.
Société
:
ensemble d'individus vivant en groupe organisé .
Milieu humain dans lequel quelqu'un vit, caractérisé par des institutions, des
lois des règles. ( Larousse)
I
Des sociétés transformées.
a)
Une structure de la population active modifiée.
La
population active est-elle transformée par le processus d'industrialisation ?
Population
active :
ensemble des personnes ayant un emploi ou à la recherche d'un emploi.
La
croissance rapide des effectifs ouvriers est une des caractéristiques
fondamentales de la société au 19ème siècle et dans la première moitié du
20ème. C'est la conséquence de l'industrialisation et du développement de la
production en usine et de façon mécanisée.
Ainsi
en 1914, les ouvriers finissent par représenter 46 % de la population active
totale au Royaume-Uni, en Allemagne, ils représentent 41 % et en France 35 %.
Un
exode rural marqué accompagne cette évolution.
Exode
rural (m)
: émigration de la campagne vers les villes.
Remarque : Le passage du monde
rural au monde ouvrier et urbain n'est pas toujours une rupture brutale. D'une
part, parce que le travail ouvrier est aussi développé dans les campagnes ,en particuliers dans les périodes creuses comme
en hiver. Ensuite, parce qu'une fois installés en villes, les ouvriers gardent
certaines attaches à la campagnes et continuent,
lorsqu'ils le peuvent, à cultiver de petits lopins de terre.
Le
travail des femmes se développe-t-il à l'âge industriel ?
Le
travail des femmes n'est pas une nouveauté du 19ème siècle et du début du 20ème
siècle, en particulier dans les campagnes où le recours à toute la main d'ouvre
disponible était une nécessité. Cependant, au 19ème et pendant la première
guerre mondiale, le travail des femmes est plus visible, Les femmes sont
désormais nombreuses à travailler dans les usines pour des salaires largement
inférieurs à ceux des hommes.
Remarque:
Les
mentalités évoluent de façon limitée sur la question du travail des femmes.
Celui-ci doit être réduit à de courtes périodes de leur vie. La CGT, par
exemple, souhaite que seules soient autorisées à travailler les célibataires et
les veuves ( 1898).
Les
grèves de femmes sont souvent peu organisées mais très expressives
.
b)
Diversité et inégalités sociales.
Deux
catégories sociales émergent à l'occasion de l'industrialisation. La
bourgeoisie et les ouvriers.
La
bourgeoisie :
La
bourgeoisie n'apparaît pas avec l'industrialisation, mais elle prend de
l'importance avec le développement de l'industrie et des services.
Il
est possible de définir la bourgeoisie de la façon suivante : catégorie urbaine
, dotée d'un capital économique ( rentes ou revenus ), d'un capital social (
réseau social, réseau de relations ), d'un capital culturel ( éducation),
défendant les valeurs traditionnelles dans le domaine privé, conservatrices
dans le domaine social ( propriété , hiérarchie , ordre ), novatrices dans le
domaine économique ( prise de risque, épargne, capitalisme financier ).
La
bourgeoisie ne constitue pas un groupe homogène. On peut, par exemple,
distinguer la haute bourgeoisie des industriels, banquiers ,
grands négociants, de la petite bourgeoisie des petits commerçants,
fonctionnaires, employés et artisans.
La
haute bourgeoisie s'est progressivement constituée en caste fermée. Son mode de
vie tend à imiter celui de l'aristocratie. L'étude du budget d'une famille
appartenant à la bourgeoisie révèle qu'une grande part des dépenses est
destinée à entretenir les apparences ( loyer,
vêtements , nourriture). On parle de pratiques ostentatoires. Il s'agit de
montrer le rang auquel on appartient. Ces familles ont d'ailleurs les moyens
d'entretenir une domesticité. Dans ces familles, une certaine attention est
portée à l'éducation des enfants. Il s'agit, en effet, de garantir une certaine
reproduction sociale. On recherche la meilleure situation pour les garçons et
le meilleur mariage pour les filles.
Il
est à noter également que ces familles ont les moyens d'épargner et
éventuellement de pratiquer la charité.
Les
ouvriers :
Bien
que d'importance numérique croissante, le monde ouvrier reste hétérogène et
minoritaire dans de nombreux pays européens.
En
France, par exemple, en 1866, les travailleurs de l'industrie ne représentaient
que 27,9 % de la population active.
En
réalité, il existe plusieurs catégories d'ouvriers. On peut distinguer les
ouvriers de l'industrie rurale ( domestic
system), les ouvriers de l'artisanat urbain ( typographes, ouvriers du livre
par exemple), les ouvriers d'usines (minoritaires) et les ouvriers des mines.
Les
ouvriers de l'industrie rurale restent nombreux jusqu'en 1860. Ainsi en 1860,
on compte encore 80000 métiers mécaniques contre 200000 métiers manuels.
Les
ouvriers d'usine qui constituent le prolétariat restent longtemps en France
très minoritaires. Francis Demier note que le
prolétariat est difficilement identifiable en France .
En 1906, les ouvriers d'usine ne représentent que 1/4 des ouvriers.
Prolétariat : terme utilisé par
Karl Marx pour désigner ceux dont la seule richesse est leur force de travail.
Le terme désigne les ouvriers, plus spécifiquement, les ouvriers d'usine.
Les
conditions de vie et de travail du monde ouvrier :
Ces
conditions varient d'une catégorie d'ouvriers à une autre, mais pour beaucoup
les journées sont longues ( 12 à 15 heures en 1850).
Les accidents du travail sont nombreux .
Compte
tenu des revenus, les logements sont souvent insalubres et exigus. L'historien
de la société Alain Corbin à l'étude des dossiers de conscription note la
fréquence des infirmités chez les appelés issus des classes les plus
défavorisées. Leur taille est également en général inférieure à celle des
conscrits issus des classes supérieures.
c)
Des progrès sociaux.
Les
progrès sociaux sont le résultat de la combinaison de trois mouvements :
D'une
part le développement des luttes sociales, d'autre part, l'émergence d'un
paternalisme patronal et enfin la mise en place de politiques étatiques.
En
France, jusqu'aux années 1880, le mouvement ouvrier est assez peu organisé. Les
ouvriers constituent parfois des caisses de secours mutuel pour aider les
familles en difficulté. Celles-ci peuvent parfois permettre aux familles d'ouvriers
de tenir pendant les périodes de grèves. (Germinal, Emile Zola).
Dans
la deuxième moitié du XIXème siècle, se développent en Europe et aux Etats-Unis
les syndicats. De tradition plutôt réformiste en G-B ( 1850),
en Allemagne ( 1875) et aux Etats-Unis ( 1886), ils peuvent aussi être
révolutionnaires, notamment en France avec le développement de
l'anarcho-syndicalisme ( Fernand Pelloutier). Ainsi en 1895 est créée la CGT ( Confédération Générale du Travail) qui à l'origine prône
la grève générale comme moyen de changer la société et refuse tout lien avec un
parti politique. Les effectifs du syndicat passent de 420000 en 1895 à 836000
en 1906.
Grève : cessation
collective et concertée du travail décidée par des salariés pour obtenir la
satisfaction d'une ou plusieurs revendications.
Syndicat
:
association de personnes ayant en principe la même profession, chargée de
défendre les intérêts communs de celle-ci.
Au
19ème siècle, se développe également le paternalisme patronal. Il s'agit pour
les chefs d'entreprises de s'assurer une main d'œuvre stable et de se conformer
à un certain nombre d'exigences morales et religieuses en améliorant les
conditions de vie de leurs salariés. Ainsi, les Schneider au Creusot, les
Michelin à Clermont-Ferrand, les Peugeot à Sochaux créent des logements, des
infrastructures scolaires et périscolaires, financent des activités culturelles
et sportives pour améliorer le sort de leurs ouvriers.
Enfin,
dans la deuxième moitié du 19ème siècle, la législation du travail progresse en
Europe.
En
Allemagne, le chancelier conservateur Bismarck trouve là un moyen de limiter
l'influence des socialistes. En 1883, est mise en place une assurance sur les
accidents. En 1884, c'est au tour de l' assurance
maladie. Enfin en 1889 est créée une assurance invalidité et retraite.
Obligation est désormais faite aux salariés et aux patrons de cotiser
En
France, dans la politique sociale on privilégie l'assistance sur l'assurance.
Cependant, on note que la loi du 21 mars1841, interdit le travail des enfants
de moins de 8 ans. Cet âge minimal passe à 12 ans en 1874. En 1884, les
travailleurs français obtiennent la liberté syndicale. Enfin, en 1898, la loi
sur les accidents du travail établit la responsabilité des employeurs.
Vers
1919-1920, la journée de travail passe à 8 heures un peu partout en Europe.
Conclusion
: Avec
l'industrialisation, on assiste bien à une transformation de la société. La
bourgeoisie affirme son importance, le monde ouvrier croît numériquement et
s'organise. Entre ces catégories sociales, les inégalités sont fortes, mais on
observe une grande diversité des situations et certains progrès en matière de
législation du travail.
II
Mais en réalité, des phénomènes sociaux complexes et variés en Europe.
a)
Le maintien d'élites anciennes.
L'industrialisation
et les transformations de la société qu'elle provoque entraînent-elles une
disparition de l'aristocratie ?
Avec
la Révolution, en France, la noblesse perdait le monopole du pouvoir politique.
Après la révolution et avec l'industrialisation , elle
perd sa prééminence dans le domaine économique. C'est désormais la figure du
notable, issu le plus souvent de la bourgeoisie qui s'impose. Mais les
anciennes élites ne disparaissent pas pour autant. On observe d'abord de nettes
différences selon les pays européens.
Notable
:
personne qui a une situation sociale de premier rang dans une ville, une
région. ( Larousse)
En
Angleterre, l'aristocratie reste encore souveraine et très impliquée dans le
développement économique. Dans l'Europe de l'est et du sud
,l'aristocratie a mieux résisté encore.
Même
en France où la Révolution a sérieusement écorné les privilèges de
l'aristocratie, on observe que rapidement, la noblesse rachète les propriétés
qui avaient été vendues à l'occasion de la Révolution.
Au
final, en Europe , et la France n'échappe pas à la
règle, la noblesse reste la groupe social le plus riche.
De
plus, le mode de vie de l'aristocratie et en particulier les loisirs liés à
l'oisiveté s'imposent comme modèle pour la bourgeoisie. Celle-ci, d'ailleurs,
développe des stratégies d'alliances matrimoniales avec la noblesse.
b)
Des évolutions différentes selon les pays.
L'évolution
de la structure de la population active est-elle la même partout en Europe ?
Non.
Il est par exemple possible de distinguer fortement deux situations en Europe.
En
France, la paysannerie reste longtemps importante. Par exemple, ce n'est
qu'après la Belle Epoque que la population citadine l'emporte sur la population
rurale. En outre, le modèle social français après la Révolution est beaucoup
plus égalitaire.
En
Grande-Bretagne, paysannerie est rapidement réduite. La classe ouvrière et la
bourgeoisie sont numériquement dominantes. Cependant, se maintiennent les
hiérarchies et valeurs traditionnelles. Nous l'avons vu l'aristocratie conserve
une part importante du pouvoir politique et économique. Le modèle social et
économique est libéral et élitiste .
c)
Développement d'une classe moyenne et des mobilités sociales.
Pendant
la phase d'industrialisation la société est-elle définitivement divisée en classes
sociales et marquées par de profondes inégalités ?
Francis
Démier considère que si la division de la société est
bien réelle ainsi que la brutalité des inégalités sociales ,
il montre que les nouvelles mobilités sociales contrarient ce mouvement .
Il
existe une tendance lourde qui mène à la constitution de ces classes sociales,
cette tendance est contrariée cependant par une mobilité accrue nouvelle qui
permet un glissement d'une classe sociale à l'autre.
Les
sociétés européennes ont en commun l'apparition d'une nouvelle mobilité sociale
qui entre la bourgeoisie conquérante et le prolétariat urbain multiplie les
groupes intermédiaires. Ces groupes intermédiaires, de l'instituteurs
aux petits patrons, en passant par l'artisan, et certaines professions
libérales constituent ce qu'on appelle les classes moyennes ou middle classes.
Ces groupes connaissent avec le développement des activités tertiaires, une
croissance numérique rapide.
La
volonté d'ascension sociale est l'une des caractéristiques des classes
moyennes. Cela passe par l'adoption d'un mode de vie bourgeois ou par
l'éducation et la promotion des enfants.
Documents
annexes :
Comme
j'étais toute seule hier, j'ai passé en revue les notes non payées de mes
fournisseurs : je dois, entre autres choses, 38000 francs de chapeaux et de
bonnets, 11000 francs de gants , 52000 francs de robes, 28000 francs de fleurs
et 110000 francs de dentelles. Je ne vous parle pas du
marchands de chevaux, du carrossier, du bijoutier, qui ne veulent même
pas m'envoyer leurs notes.
Alexandre
Dumas fils qui fait parler l'une de ses héroïnes.
Fabrique
de papier à lettres D. frères, avenue Gambetta. Angoulême - 17 juillet 1898.
Accident
survenu au nommé Bion Camille, n" le 6 avril 1885.
La
victime, Bion Camille, âgée de 13 ans révolus, a eu le bras cassé par le volant
d'un moteur à gaz qui tournait derrière lui à
40
centimètres environ de son dos sans qu'aucun grillage ni garde-corps protégeât
son bras contre un faux mouvement en arrière. ( ...) .
Conclusion
:
Avec
l'industrialisation, la société est réellement transformée, mais elle ne l'est
que partiellement.
En
effet, les 19ème et 20ème siècles sont marqués par l'émergence de la
bourgeoisie et du prolétariat. Cependant, on constate le maintien d'une
paysannerie importante notamment en France et d'une aristocratie influente, en
particulier au Royaume-Uni mais pas uniquement. L'étude des conditions de
travail et des modes de vie permet de constater des inégalités sociales
criantes, cependant la diversité des situations permet de nuancer le tableau
d'une simple opposition entre deux catégories sociales. En outre, se développe
dans le même temps un grand nombre de catégories intermédiaires qui sont autant
de jalons d'une certaine mobilité sociale.
Bibliographie
:
Demier Francis, La société européenne au
XIXème siècle, Hiérarchies et mobilité sociales, la Documentation
photographique n° 8024, 2001.
Verley
Patrick, Nouvelle Histoire économique de la France contemporaine, La
découverte, 1989
Caron
François, Histoire économique de la France 19-20 ème
siècles, Colin 1995.
Georges Duby , Micelle Perrot : Histoire des femmes en occident Tome
IV le XIXème siècle