Séries : TS,
TES, TL
Titre : L’Asie orientale : une aire de puissance
en expansion
L’Asie orientale (AO) est définie comme la façade orientale de l’Eurasie.
Cependant, le programme fait rapidement apparaître des problèmes de définition du sujet. Il nous
invite en effet à l’étude de la Chine littorale, de la Corée du Sud, de
Taiwan, du Japon mais il néglige la Russie orientale et l’Asie du Sud-est.
Ce
n’est pas la moindre des interrogations suscitées par le sujet. La puissance
d’un Etat correspond à sa capacité
d’influer sur les autres. Les critères de la puissance sont nombreux :
l’ampleur du territoire et sa maîtrise, le poids démographique, l’influence
stratégique et la force militaire, la richesse économique et financière, la
capacité d’innovation technologique, le rayonnement culturel, linguistique,
intellectuel ou idéologique. Une aire de
puissance peut alors être définie comme un ensemble d’Etats ou de régions
qui en combinant ces critères, occupe une place prépondérante dans
l’organisation géographique du monde.
Pb : L’Asie
Orientale est-elle vraiment une aire de puissance en expansion ? Est-elle
uniforme ? Quelles sont les piliers et les bases de son expansion ?
Quelles sont éventuellement ses limites ?
I Une aire dont l’expansion et le poids dans l’espace économique
mondialisé…..
a)
Trois pôles majeurs
dominent …
Deux des trois premières puissances économiques mondiales se trouvent
en Asie orientale. La Chine se situe au
second rang et le Japon au troisième. Historiquement, c’est cependant le Japon
qui s’est hissé le premier au rang de pôle
de la triade, devenant en 1967, pendant la période qualifiée de « haute croissance », le second
moteur de l’économie mondiale. C’est tout à fait récemment (2011) que la Chine lui a ravi cette place. Le taux de croissance de cette
puissance est resté supérieur à 10% jusqu’en
2011. Le poids économique de la
cité-Etat de Singapour ne doit pas être négligé. Même si son port n’est plus le
premier mondial, Singapour reste dans la région un centre financier et nœud de communication majeur.
b)
…. un espace en
expansion et…
Depuis
les années 60, la liste des puissances économiques en développement rapide s’allonge
dans cette région du monde. On a commencé par désigner les quatre dragons, c'est-à-dire la Corée du Sud, Singapour Taïwan et
Hong Kong à l’heure où ce territoire n’était pas encore rétrocédé à la Chine (1997).
Désormais, ces pays sont au moins des NPIA
(Nouveaux Pays Industrialisés Asiatiques et Avancés). Par la suite, la
Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines sont venus compléter la
liste. On les qualifiait alors de bébés
tigres. On peut aussi les associer à la liste des NPI (Nouveaux Pays Industrialisés). Avec un taux de croissance supérieur à 5%
depuis 2009, le Vietnam fait aussi
figure de pôle économique en devenir.
c)
…. en cours d’intégration.
Les échanges sont intenses dans la région. D’importants
flux de marchandises animent la
zone. L’Asie orientale est en relation
avec le monde entier. Par exemple, la Chine
est devenue le premier importateur mondial de pétrole, de charbon, et de
minerais rares nécessaires aux productions high tech. Mais les pays de l’AO
échangent également entre eux des matières premières (le Japon achète du bois
d’Asie du Sud-est, du pétrole indonésien raffiné à Singapour) et des produits
semi-finis (composants, produits pétrochimiques intermédiaires). 49 % des exportations des pays asiatiques
sont réalisés en Asie orientale. Comme
en Europe, on observe donc un processus de régionalisation
(pour ne pas parler de continentalisation).
Mais, pour beaucoup, les produits finis sont destinés aux pays industrialisés. Les
routes maritimes de l’AO connaissent un trafic
intense. Le principal axe quitte
l’océan pacifique, gagne la mer de Chine méridionale par les détroits de Luçon
et de Taiwan et rejoint enfin l’océan Indien par le détroit de Malacca. Parmi
les 10 premiers ports mondiaux, 8 sont asiatiques. Shanghai est le premier
Singapour, le second. L’AO représente 40
% du trafic de conteneurs dans le monde.
Sur le plan financier les échanges sont aussi nombreux. De nombreuses multinationales de la région
ou du reste du monde investissent en Chine, souvent selon la procédure de la joint-venture. Singapour est la première
place financière de l’Asie du sud-est même si, à Tokyo, le Kabuto-cho reste la première place boursière de la région et la
seconde dans le monde.
A terme, ce processus d’intégration
risque de se renforcer avec l’extension de l’AFTA (ASEAN free trade area). L’ASEAN (association des nations de l’Asie du sud-est) est créée en
1967 par 5 pays (Philippines, Indonésie, Malaisie, Singapour, Thaïlande) pour
contrer l’expansion communiste dans la région. Aujourd’hui, cette organisation
compte 10 membres mais il est envisagé de créer d’ici 2015, une zone de libre échange associant à ce
groupe, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
Joint-venture : partenariat industriel et commercial imposé
par les autorités chinoises aux entreprises étrangères désireuses de s’implanter
en Chine.
II …repose sur,
a)
…des facteurs
naturels et humains et
Les
ressources naturelles sont nombreuses et
importantes dans l’AO. La Chine est le premier producteur mondial de charbon. Elle
cherche aussi à tirer parti de sites intéressants pour la production d’électricité
comme le montre
la réalisation du Barrage des Trois
Gorges sur le Fleuve Yangzi (3ème au monde). Il a quatre objectifs : produire 85 milliards de KWh, mais aussi améliorer la voie navigable pour conduire des
navires de 10 000 tonnes au cœur de la Chine, protéger les habitants en aval du fleuve par le stockage des débits
de crue, transférer 40 Km3 d’eau vers les régions du nord. Les
interrogations sont nombreuses sur sa fiabilité et ses conséquences sur
l’environnement. L’Indonésie, elle, est
riche en bois et en hydrocarbures. Elle se classe au 5ème rang
mondial pour la production de pétrole. D’un point de vue environnemental, l’exploitation
de ces ressources pose aussi des problèmes. Ces pays fournissent entre autres le Japon qui
est pauvre dans ce domaine.
La
population explique aussi pour beaucoup le développement de cette région du
monde. On compte dans la région 700 millions d’habitants (zone
programme), voire 2 milliards (Asie
orientale élargie). Le préalable
alimentaire est le plus souvent réglé grâce aux révolutions agricoles engagées dans ces pays. La population
nombreuse peut constituer un atout en termes de main d’œuvre bon marché. En Chine, les mingongs venus des provinces intérieures satisfont les besoins de
main d’œuvre des régions littorales. Désormais, dans ce pays, la croissance de la
population est contrôlée, au prix il est vrai d’une politique très restrictive
de l’enfant unique. Par ailleurs, la
diaspora chinoise présente dans de
nombreux pays de la région, a joué un rôle majeur dans le développement
industriel et commercial de cette zone. Pour terminer, il faut rappeler que la
plupart des Etats ont misé sur l’éducation
et la qualification de la main d’œuvre. Désormais, la main d’œuvre japonaise
est l’une des plus coûteuses au monde. L’innovation
est aussi un atout majeur de la recherche. Le Japon consacre plus de 3% de son
PIB à la recherche-développement. De
nombreuses nouveautés technologiques sont issues des universités de Tsukuba (Japon)
ou de Hsinchu (Taïwan).
b)
…sur la
diffusion de modèles de développement.
Au
sortir de la 2nd GM, le Japon
est affaibli et dépendant des Etats-Unis, mais il connaît ensuite un
développement rapide selon un processus qui s’est ensuite imposé comme un
modèle dans d’autres pays d’Asie. C’est la théorie du vol des oies sauvages :
Années
50 : importation des matières
premières et des technologies (rôle important de l’Etat, aide américaine)
Années
50 et 60 : développement de
l’industrie locale essentiellement une industrie de base, satisfaction de
la demande intérieure.
Années
60, 70 et 80 : développement des
exportations d’abord vers les pays du tiers-monde, puis vers les pays
développés grâce à une augmentation de la VA.
Années
70, 80 et 90 : délocalisation
d’industries d’abord vers les pays ateliers du sud-est asiatique puis vers
les marchés fermés des pays développés.
Ce modèle s’est
ensuite diffusé
dans les années 60, chez les « Quatre Dragons » puis dans
les années 70 chez les « Bébés Tigres ».
La Chine, elle, est communiste depuis 1949. En
1979-1980, Deng Xiaoping amorce des réformes
économiques qui passent par l’ouverture aux capitaux étrangers et par des libéralisations.
En 1989, le massacre de la place Tien An
Men montre que la libéralisation ne s’étendra pas au domaine politique. Dans
ce contexte, sont créées des zones
économiques spéciales (ZES). Plus au Sud, dans les années 90, le Vietnam fait lui aussi le choix de l’ouverture
aux capitaux étrangers.
On
compte donc au moins deux modèles de
développement dans cette partie du monde.
III Elle connaît cependant quelques limites et
difficultés….
a)
…liées aux contraintes
naturelles,
Les contraintes naturelles sont nombreuses en Asie orientale. Le Japon connaît le
problème de l’insularité dépassé par
des aménagements (ponts, tunnels). Se pose aussi parfois le problème de l’exigüité. Auquel on répond en créant des terre-pleins (Terre-pleins industriels au Japon, aéroports
« sur l’eau » : Kansai dans la baie d’Osaka, le nouvel aéroport
Chek Lap KoK de Hong Kong), ou en desserrant les activités vers la périphérie proche.
(Singapour vers Johore et l’archipel de Riau). La région est également exposée à de nombreux aléas. Il y a des séismes
(11 mars 2011 au Japon- 21000 morts), provoquant parfois des tsunamis (tsunami du 26 décembre
2004-230000 morts). Il faut compter également avec les typhons et les inondations (octobre
2011 en Thaïlande). Même si les sociétés
savent s’adapter à ces contraintes (constructions parasismiques, portes
anti-tsunamis au Japon). Leur vulnérabilité
dépend aussi de leur niveau de développement. Enfin, ces catastrophes peuvent
avoir un impact sur l’économie….
Aléa : événement possible
et sa probabilité de réalisation. Il existe des aléas technologiques (la possibilité
d’une explosion d’une centrale nucléaire).
Enjeux : sur un territoire,
ensemble des populations, des biens, des équipements sous la menace de ces
dangers.
Vulnérabilité : dommages
que peut occasionner un aléa sur des enjeux.
Schéma
b)
…aux freins de
la croissance,
La
croissance de ces pays peut être
compromise. Elle peut être ralentie par les catastrophes. Ce fut le cas après le tremblement de terre de Kobé
au Japon en 1995 et le Tsunami du sud de l’Asie en 2004. C’est également le cas après la triple catastrophe du 11 mars
2011 (notez au passage que, paradoxalement, les PIB augmentent après une
catastrophe compte tenu de la reconstruction). Depuis 1991, le Japon connaît un
marasme économique profond dont il peine
à sortir. De plus, la crise financière et économique des années 97-98 a frappé
de plein fouet l’Asie orientale capitaliste. Enfin les limites de la croissance chinoise commencent peut être à apparaître
dans ce contexte de crise mondiale. Par exemple, dans le domaine social, les
salariés n’acceptent plus les conditions de traitement. Ils demandent des
revenus décents à la hauteur de leur travail et de leur qualification. Des
grèves sévères aboutissent parfois à des augmentations de salaires. Il arrive
que les autorités demandent aux mingongs de regagner leurs campagnes.
c)
… aux tensions
géopolitiques,
Il
y a en effet dans cette région du globe des tensions géopolitiques et des facteurs
d’insécurité. Il y a d’abord des conflits
internes (résistance des Ouighours dans le Xinjiang et des Tibétains en
Chine, mouvements séparatistes en Indonésie (Aceh, Kalimantan, Irian Jaya).Il y
a aussi des tensions inter-étatiques.
On peut citer par exemple, l’opposition
entre la Chine et Taïwan ainsi que les territoires disputés par plusieurs
Etats (Kouriles (Russie-Japon), Takeshima - Tok Do (Japon -Corée du Sud,
Senkoku- Dai Yu Tai (Japon , Taiwan, Chine) îles Paracel (Chine –Vietnam), îles
Spratly Chine – Vietnam, Brunei, Malaisie, Taiwan, Indonésie)). Cette région
est aussi caractérisée par des actes de
piraterie : 247 en Asie en 2003, 121 le long des côtes indonésiennes.
Mais le phénomène semble perdre de l’ampleur aujourd’hui. Dans ce contexte,
l’unité géopolitique de cette région du globe semble donc hypothétique.
d)
….et aux
disparités régionales.
Pour
ne donner qu’un exemple, on peut distinguer en Chine, trois ensembles régionaux :
La Chine fermée, en réserve, les
provinces de l’ouest.
56
%de la superficie, 11 % de la population, 7 % du PIB, 1 % des IDE.
Elle
est faiblement peuplée par des minorités nationales (notamment les ouighours).
Les autorités souhaitent développer ces régions stratégiques dont le sous-sol
est riche. Se constitue ainsi d’un front pionnier. Le terme xinjiang signifie
d’ailleurs nouvelle frontière. Les
investissements y sont massifs, mais ils profitent surtout au han qui y
émigrent au détriment des ouighours.
La Chine en développement, les provinces
du centre, la Chine intérieure.
30
% de la superficie, 48 % de la
population, 34 % du PIB, 11 % des IDE.
C’est
une Chine assez densément peuplée à double vocation primaire et industrielle.
La Chine ouverte, la Chine littorale, les
provinces côtières, la Chine développée.
14
% de la superficie, 41 % de la
population , 59 % du PIB, 88 % des IDE.
C’est
la Chine la plus développée, la plus dynamique et la plus attractive pour les
migrants de l’intérieur et pour les capitaux étrangers. Elle s’organise en
trois pôles.
Trois
pôles dominants de la Chine littorale apparaissent :
Pékin- Tianjin : le centre politique du « Pays du
Milieu ».
Autour
de la capitale (7,5 millions d'habitants), un ensemble très peuplé 25 millions
d’habitants et urbanisée (50 % la population). C’est un espace majeur (12 % du
PIB de la Chine), au développement ancien (Tangshan ,ville née du charbon est
en reconversion) dynamisé par les jeux olympiques de 2008.
Shanghai : au débouché du Yangzi, c’est la ville (14 millions d'habitants) la
plus moderne et la plus dynamique de Chine. (25 % du trafic portuaire de la
Chine en fret, 25 % du trafic conteneurs, 6 % du PIB de la Chine. Elle se
modernise à grande vitesse (quartier d’affaire de Lujiazui, dans la zone du
Pudong, l'Exposition universelle de 2010)
Le delta de la rivière des Perles : ce delta est une « aire économique ouverte »
multipolaire (Hong Kong, Canton, Shenzen, Macao). Il regroupe 25 millions
d'habitants et réalise 12 % du PIB chinois. Cet espace entretient des relations
très privilégiées avec Taiwan.
Schéma
Conclusion :
A
l’évidence, les Etats de cette région du globe ont connu des développements et des croissances rapides
selon au moins deux modèles qui en
font souvent des partenaires-concurrents
de poids face aux deux autres aires de puissance majeures : l’Europe et
les Etats-Unis. Sur le plan économique, on peut donc parler d’aire de puissance
en expansion. On constate également que cette aire connaît une expansion spatiale réelle vers d’autres
régions et d’autres Etats. On est à ce sujet tenté d’élargir la définition de
l’Asie orientale aux pays de l’Asie du
sud-est qui connaissent un développement
rapide. Cette région connaît cependant des tensions politiques fortes. Elle n’est pas non plus à l’abri des catastrophes naturelles et des crises.
Auteur :
Nérée Manuel
Bibliographie :
FOUCHER M. (sd), Asies Nouvelles, Belin, 2002. (consultable
au CDI)
Dernière mise à jour : 03-12