Les centres d’impulsion de l’espace mondialisé et les inégalités de développement

 

L’espace mondial se présente aujourd’hui comme un système marqué par la multiplication de flux de toutes natures (hommes, marchandises, capitaux, informations) qui ont des effets sur les sociétés. Pour Laurent Carroué, la troisième phase de la mondialisation que nous connaissons actuellement aboutit à la constitution d'une économie-monde qui se développe sur l'ensemble de la planète. Cependant, le monde qui en résulte n’est pas uniforme. Il semble dominé par des pôles qui concentrent les fonctions de commandement et réalisent l’essentiel des flux. Il est également caractérisé par de profondes inégalités notamment en matière de développement

 

Mondialisation : processus  animé par  différents acteurs (individus, sociétés, états, entreprises, etc..) de mise en relation des différentes parties du monde et de  par la multiplication de flux de natures diverses (marchandises, capitaux, personnes). Il aboutit à la constitution d’un système à l’échelle planétaire impliquant de nombreux acteurs différents

 

Centre d’impulsion : A différentes échelles, pôles caractérisés par leur poids économique, la concentration des activités des fonctions de commandement. Ils occupent une place prépondérante dans les échanges. 

 

Développement : par développement, on entend développement économique et social, il est mesuré par l'IDH. Il consiste en une amélioration du niveau de vie et de la qualité de vie de tous. Le développement est donc l'augmentation du bien-être.

 

Pb : Quels sont les centres d’impulsion? Comment se manifeste la domination qu’ils exercent sur  l’espace économique mondialisé.

 

I A des échelles multiples, les centres d’impulsion dominent un monde ……

 

a)     Les pôles de la triade animent et attirent l’essentiel des flux

 

Trois pôles constituent, en quelque sorte, des centres du monde : l’Amérique du nord, l’Union européenne et le Japon. A eux seuls, ils réalisent  70% de la production mondiale et  80% des échanges. Ils forment la Triade soit un oligopole qui domine le monde. Ils attirent également l’essentiel des flux migratoires dont l’orientation principale est une orientation nord-sud. Illustrant en cela le caractère économique de beaucoup de ces déplacements.

 

Même si le pôle américain est le plus complet du point de vue de la puissance, l’Europe est la première puissance économique et commerciale. Elle réalise 38 % du commerce mondial de marchandises. En 2007, le commerce extra communautaire représentait 2700 milliards de dollars. Mais l’UE se caractérise aussi par une forte continentalisation des échanges En effet, les échanges entre pays européens représentent les 2/3 des échanges de l’UE. Le commerce extracommunautaire de l'UE représente cependant toujours 13 % du commerce mondial. On observe également cette régionalisation des échanges ailleurs. Notamment en Asie orientale où les pays  réalisent entre 40% de leurs échanges.

 

Triade : ensemble des trois pôles dominant l’espace économique mondial (expression utilisée dès 1985 par l’économiste Kenechi Ohmae)

Flux : circulation massive de personnes, de biens, de capitaux, d’informations.

Les migrations sont des déplacements de personnes ayant pour effet de transférer la résidence d’un lieu d’origine à un lieu d’arrivée.

 

b)     …..Ils abritent des  villes mondiales qui concentrent les centres de commandement….

 

Dans ces pôles, on distingue différentes villes de rayonnement mondial  New York, Los Angeles, Londres, Paris, Moscou (villes mondiales ou villes globales selon l’expression de Saskia Sassen). Elles  concentrent des grands centres de décision économiques et politiques. ( Wall Street et l’ONU à New York, le Kabuto Cho à Tokyo, le siège de l’OCDE à Paris). Dans le domaine des flux financiers, New York, Londres et Tokyo constituent un réseau qui fonctionne 24h/24h. On constate donc que la mondialisation renforce la métropolisation. Se forme ainsi un Archipel Mégalopolitain  Mondial (selon l'expression d'Olivier Dollfus)

 

Métropolisation : tendance structurelle à la concentration des fonctions économiques les plus stratégiques dans les villes au sommet de la hiérarchie urbaine

 

c)     …….Par endroit, se constituent des  mégalopoles où se concentrent les hommes et les activités.

On trouve également dans ces pôles de la triade des mégalopoles. (La mégalopolis, la dorsale européenne et a mégapole japonaise) où se concentrent les hommes et les activités. Ainsi la mégalopole japonaise réalise 80% du Pib du Japon.

Mégalopole : Une mégalopole est caractérisée par une urbanisation en continu sur plusieurs centaines de km. Elle est structurée autour d’un système efficient de transports et joue un rôle d’ interface. C’est un espace qui n’est pas toujours homogène mais qui possède des centres d’accumulation et de reproduction du capital et des centres de commandement.

 

II  …..marqué par de  profondes inégalités  et par une certaine diversité.

 

a)     Les inégalités de développement permettent d’opposer un nord et un sud…..

 

Le développement désigne l’accroissement des richesses associé à l’amélioration des conditions de vie d’une population sur un territoire donné. Le PIB a longtemps été utilisé pour hiérarchiser les pays en fonction de leur développement mais cet indicateur est insuffisant car il mesure avant tout la richesse produite par les Etats. Remarque, le  PIB PPA (à parité de pouvoir d’achat) est parfois utilisé pour permettre de comparer les pays en tenant compte de l’inégal pouvoir d’achat des monnaies.

 

Mais on préfère aujourd’hui  pour mesurer le niveau de développement utiliser l’IDH. Il est calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui retient le niveau de santé (espérance de vie à la naissance), le niveau d’instruction (taux d'alphabétisation et nombre moyen d’années d’études), le revenu, représenté par le PIB par habitant. L’indice obtenu est compris entre 0 et 1. Plus l'indice est proche de 1, plus le développement est avancé. En 2007, l’IDH médian était de 0.741.On utilise aussi parfois l’IPH qui mesure l'impact de la pauvreté sur la population L'unité des IPH est le pour cent (%), mais il ne s'agit pas d'un pourcentage de la population, il s'agit juste de l'homogénéité de la formule. Plus un IPH est élevé, plus un pays « est pauvre ».

 

Compte tenu des disparités de développement, on oppose depuis les années 80 ( Willy Brandt, nord-sud : un programme de survie), le nord développé au sud qui le serait moins.

 

 

IDH : indice de développement humain

IPH : indice de pauvreté humaine

PIB Produit intérieur brut: valeur de la production créée par un pays à l'intérieur de son territoire. Il est calculé en faisant la somme des valeurs ajoutées des différentes branches d’activité  auxquelles on ajoute la taxe à la valeur ajoutée

 

b)     …mais le sud n’est  pas homogène

 

En dépit de désignations  généralistes, PED ( Pays en développement), PSD ( pays sous-développés), PVD ( pays en voie de développement ), Sud et Tiers-Monde,  les pays en quête de développement connaissent une grande diversité. il n’y a donc pas un Sud mais des Suds et l’opposition Nord-Sud n’est plus aussi tranchée.

 

On peut distinguer :

 

Les pays les moins avancés (PMA) (expression créée en 71 par l’ONU)sont  caractérisés par une grande pauvreté, des populations largement analphabètes, une faible intégration dans l’économie mondiale, une grande vulnérabilité aux famines aux épidémies et aux risques naturels. Ils sont aujourd’hui 49 contre 24 en 71. Sur ces 49 Etats, 34 sont africains. Parmi ces PMA, on peut citer, l’Ouganda, Haïti, le Rwanda.

 

Les pays à revenus intermédiaires (PRI) sont des pays qui n’ont pas les handicaps des PMA mais qui tardent cependant à se développer durablement ou qui connaissent des difficultés. Exemples : Pays du Maghreb. Le Pérou  peut être rangé dans cette catégorie.

 

Les nouveaux pays industrialisés (NPI) sont des états dont l’industrialisation rapide repose sur le développement des exportations avec l’aide active de l’Etat. Ils sont également bien intégrés dans les flux de marchandises de services et de touristes. L ' IDH de ces pays est supérieur à 0,7. On les trouve en Asie (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines) et aussi selon certains auteurs  en Amérique latine ( Brésil, Mexique assimilés). Attention, les nouveau pays industrialisés asiatiques ( NPIA-appelés aussi parfois nouveaux pays industrialisés avancés- Corée du Sud , Taïwan, Singapour) ne font déjà plus partie du Sud.

 

Les pays exportateurs de pétrole (PEP) sont beaucoup enrichis après les deux chocs pétroliers, mais ils n’ont pas toujours eu de véritable politique de développement. On les a longtemps qualifiés de pays "riches mais non-développés" Paul Bairoch. Aujourd’hui, le niveau de vie des nationaux est très élevé, celui des migrants qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre et parfois de la population, lui est bien plus bas. Compte tenu de la fin annoncée des réserves de pétrole, ces pays commencent à reconvertir leur économie en s’appuyant sur la finance ou le tourisme comme à Dubaï.

 

Les états-continents émergents sont des Etats à fort développement industriel et technologique. La Chine et l’Inde sont des pays très peuplés (1.3 et 1.1 milliard d’habitants) possédant à la fois l’arme atomique, des hautes technologies et population majoritairement rurale. Le Brésil est classé dans cette catégorie par certains auteurs. A l’heure actuelle, compte tenu de l’affirmation de la Chine comme troisième voir deuxième puissance économique mondiale on peut se demander s’il est encore possible de la ranger dans cette catégorie.

 

Les pays en transition (PET), pays issus de la dislocation de l’URSS qui peinent à reconvertir leurs économies posent une autre question : faut-il considérer qu’ils appartiennent au Sud.

 

Une participation inégale mais généralisée à la mondialisation.

Même si les pays les moins avancés et a fortiori, ceux qui sont enclavés sont largement dominés dans la mondialisation, l’ensemble du monde participe à ce processus. C’est ce que démontre Sylvie Brunel au sujet de l’Afrique qui  certes ne représente que 2% des échanges internationaux, mais dont une partie (70%)n’est pas recensée et relève du secteur informel ou de la contrebande aussi. La mondialisation illicite est aussi un aspect de la mondialisation. Par ailleurs, les pays les plus pauvres alimentent les flux de migrants à la recherche d’un meilleur niveau de vie. 75 % des migrants sont originaires du Sud.

Pour illustrer autrement cette participation généralisée les pays du nord ont besoins des PET pour satisfaire leurs demandes énergétiques. La mondialisation se traduit donc par des relations d’interdépendance entre les économies.

 

 

 

Secteur informel : ensemble des activités qui ne fonctionnent pas selon les normes de l’économie développée mais en parallèle et au moindre coût

Interdépendance : se dit des économies liées les unes aux autres par des flux de natures variées destinés à satisfaire leurs besoins réciproques de biens, de services, de main d'œuvre et de capitaux.

Conclusion : L’espace économique mondialisé est donc bien un système dominé par trois centres d’impulsion et leurs métropoles. Le  développement des échanges et des flux de marchandise, capitaux, de services et d’information crée donc des relations d’interdépendance à l’échelle de la planète toute entière même si les inégalités de développement vont de paire avec une inégale intégration dans l’économie mondialisée. Si le monde voit ses différentes parties et ses différents acteurs mis en  relation les uns avec les autres, il n’en est pas pour autant uniformisé.

Bibliographie :

La mondialisation en débat : Laurent Carroué , DP n° 8037.

Géographie de la mondialisation, Laurent Carroué, 2002 .

La carte, enjeu contemporain, DP, n° 8036 , Jacques Levy , Patrick Poncet , Emmanuelle Tricoire.

FOUCHER M., Les nouveaux déséquilibres mondiaux, documentation photographique, la documentation française, n°8072, nov-dec 2009

Dernière mise à jour : 09-10