L’espace méditerranéen : une interface Nord/Sud
L’espace méditerranéen s’étend sur près de 4000 km d’Est en Ouest, et de 800
km du Nord au Sud. Selon l’épaisseur qu’on lui donne, cet espace rassemble
18 à 25 états et 200 à 250 millions d’habitants. Cet espace est pour
l’essentiel caractérisé par le climat
méditerranéen et le milieu qui
l’accompagne.
L’espace méditerranéen est-il une
interface Nord/Sud ? Marque-t-il une réelle discontinuité entre le nord et
le sud ? Est-il également un espace de contact entre la rive nord et la rive
sud ? Peut-on réduire à cette opposition nord-sud l’interface
méditerranéen ?
Climat méditerranéen :
climat caractérisé par des étés chauds et des hivers doux, des maxima de
précipitations se situant au printemps et en automne.
I Un espace marqué par des
discontinuités.
a) Une opposition nord-sud du point de vue du développement.
Les pays européens du nord de la
méditerranée sont en moyenne plus
développés que les pays du Sud. Mais l’espace méditerrranéenl ne saurait être réduit à une opposition
Nord-Sud. En effet, la rive Nord n’est pas homogène du point de vue du
niveau de développement. Les IDH des pays de l’ouest européens sont en effet plus élevés que ceux des pays de l’est.
Sur la rive Sud et Est de la Méditerranée, Israël
apparaît comme un pays développé. 0.930 en 2006. Il convient de noter également
que la faiblesse des IDH des pays de la
rive sud de la Méditerranée est relative
puisqu’aucun IDH n’est inférieur à 0.700. Il n’y a pas de PMA dans l’espace
méditerranéen.
b) Une grande diversité
culturelle.
On peut distinguer deux
grandes aires religieuses dont la répartition pourrait être
schématisée de la façon suivante.

Mais la réalité est plus
complexe. Il existe un Islam
autochtone des Balkans (Bosnie, Albanie, Kosovo) et des communautés chrétiennes très anciennes au
Proche-Orient et en Afrique du nord. (Coptes d’Egypte, Araméens du
Proche-Orient). Par ailleurs, le christianisme comme l’Islam sont des religions
divisées. On peut distinguer une Europe méditerranéenne catholique d'une Europe
méditerranéenne orthodoxe. Concernant l’Islam, il y a 90 % de sunnites, mais il faut compter
également avec des minorités chiites
notamment au Liban.
Enfin, l’espace méditerranéen n’est pas un espace homogène du
point de vue des langues. Les langues de la rive nord de la Méditerranée sont
pour la plupart d’origine
indo-européenne mais elles ne sont pas toutes latines (le grec par exemple). Au sud, les langues sont pour la
plupart d’origine chamito-sémitique (l’Arabe
et l’Hébreu langue réinventée en partie au XX° s). Cependant le Turc n’appartient pas à ces deux
familles de langues car il est d’origine ouralo-altaïque.
Cl : un espace marqué par des discontinuités mais qui ne peut se réduire à une opposition
Nord-Sud.
c) Un espace de tensions
géopolitiques.
Il y a autour de la Méditerranée de nombreux
points chauds. Il peut s’agir de conflits
internes liés à des revendications
nationalistes : Corse, Ex-Yougoslavie (Depuis 1991, dans la violence de
plusieurs conflits, la Yougoslavie a éclaté en 5 (accords de Dayton (1995) : RFY (Serbie et
Monténégro), Croatie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine) puis 6 (
indépendance du Monténégro en 2006), puis 7 Etats ( proclamation d’indépendance
du Kosovo en 2008). Au Sahara Occidental
et à Chypre, les conflits liés à des
revendications nationalistes sont
rendus encore plus complexes par l’implication
d’Etats voisins. En ce qui concerne le Sahara
occidental, cette ancienne colonie espagnole partagée entre le Maroc et la
Mauritanie fait l'objet d'un conflit entre le Front Polisario (mouvement pour l'indépendance soutenu par
l'Algérie), le Maroc et la Mauritanie. Chypre
est peuplée à 80% de grecs et à 17 % de turcs. L’île est déchirée, depuis 1974 en particulier, par l'affrontement
des communautés et par l'intervention des Etats
Turc et Grec. Depuis l'île est
partagée. Le règlement de la question chypriote est un préalable de l'adhésion
de la Turquie dans l'Union européenne. Au Proche
Orient, il est possible d’évoquer le conflit
israélo-palestinien (intervention de l’armée Israélienne à Gaza fin 2008)
et le Liban (deuxième guerre du
Liban en 2006). Il faut noter également l'existence de revendications frontalières entre la Libye, la Tunisie, et l'Egypte.
Enfin, l'eau peut aujourd'hui être
un enjeu de conflits. C'est le cas entre Israël,
le Liban, et la Syrie au sujet du contrôle des eaux, du Yarmouk, du Jourdain et du plateau du Golan. Des tensions
existent également entre la Turquie et
la Syrie au sujet de l'utilisation des eaux du Tigre et surtout de l'Euphrate.
II Un espace de contact
mais où les flux sont inégaux.
a) Des flux migratoires
Ce sont essentiellement des flux Sud-Nord. Ces flux traduisent la recherche de meilleures
conditions de vie dans le nord. Il s’agit donc pour l’essentiel de migrations économiques. On observe que les flux et les champs
migratoires traditionnels sont en cours de recomposition. Par exemple, la France
qui accueillait traditionnellement une immigration en provenance d’Afrique du
Nord devient aussi un pays de transit
pour l’immigration à destination du
Royaume-Uni malgré la fermeture du centre de Sangatte en 2002. Les pays de
la rive Sud de la Méditerranée comme le Maroc, la Tunisie ou la Libye
deviennent à leur tour des pays de
transit pour une immigration plus
lointaine en provenance des PMA de
l’Afrique sub-saharienne. Enfin, des
pays de départ comme l’Espagne ou l’Italie deviennent eux aussi des pays d’accueil.
Champ migratoire : zone d’origine
de la plupart des migrants que les
différents pays d’accueil attirent de façon privilégiée.
b) Des flux touristiques.
L’espace
méditerranéen est un important espace
touristique. Il reçoit en effet 30%
des touristes internationaux. Dans l'espace méditerranéen, les principaux pôles
sont les suivant : l'Espagne méditerranéenne (46 millions de touristes/an) , la
France méditerranéenne (17 millions), la Tunisie ( 4 millions) , le Maroc ( 2.2
millions). Mais attention, les flux touristiques dominants restent des
flux nord/nord, même si les flux Nord-Sud
se développent compte tenu de la proximité
et de l’héliotropisme. Il convient
de remarquer que si le tourisme se développe ce n’est pas sans poser des problèmes pour l'environnement :
surexploitation et bétonnage des littoraux ( Benidorm en Espagne) et
concurrence pour l'eau. En 2005, la Croatie a du adopter des lois pour protéger
son rivage contre l’urbanisation massive. Il faut noter aussi que le tourisme
est une activité aléatoire. Par
exemple, la fréquentation a baissé en Egypte après l’attentat perpétré au Caire
en février 2009 dont une jeune touriste française fut la victime.
c) Les flux commerciaux et financiers.
Le trafic de marchandises est intense dans l’espace méditerranéen.
Ainsi 6000 navires transitent chaque jour entre Suez et Gibraltar. Autre
exemple, 60 % du pétrole importé en Europe transite par la Méditerranée. Mais
ces échanges sont dissymétriques. Les flux dominants sont des flux N-N. Les flux N-S sont secondaires (les
exportations des pays du nord méditerranéen vers le sud représentent 4 % de
leur activité commerciale) et les flux
S-S ne représentent que 3 à 4 % des échanges dans l'espace méditerranéen.
La répartition des échanges est
également inégale. Certes les pays de l’Union européenne exportent
essentiellement des produits manufacturés vers les pays du pourtour
méditerranéen mais les produits industriels sont aussi majoritaires dans les
exportations des pays du sud de la méditerranée. Il s’agit d’ailleurs souvent
de pays ateliers qui bénéficient de
délocalisations ou d‘activités de sous-traitance. Renault vient d’installer une
usine Logan au Maroc alors que ces véhicules sont déjà produits en Roumanie et
en Turquie. Les pays du Nord de la
Méditerranée dépendent en partie (27 % de leurs importations) des
exportations énergétiques des pays du sud (pétrole et gaz algériens et
libyens). Mais les pays du Sud peuvent aussi dépendre d’exportations de produits primaires en provenance du
Nord. 80% des céréales consommées en Algérie proviennent du Nord. L’Egypte
dépend aussi des importations alimentaires en provenance du nord. Marseille avec plus de 100 millions de tonnes de
marchandises échangées en 2006 est le premier
port méditerranéen. Même si ils ne sont pas les plus importants, les pays
de la rive sud de la méditerranée réalisent les deux-tiers de leurs échanges
avec l’Union européenne.
Les investissements de l'UE vers les PSEM,
sont relativement faibles. Ils ne représentent que 5 % des IDE des pays de
l'UE. Mais, ils augmentent. Les pays du Sud de la méditerranée reçoivent 8
milliards d’euros de soutien de l’Union européenne pour la période (2007-2013)

Conclusion : L’espace
méditerranéen est animé par de nombreux flux mais ces flux sont profondément
dissymétriques.
III Les disparités se
traduisent dans l’organisation de l’espace méditerranéen.
a)
Une difficile intégration
régionale.
Il n'existe pas d’organisation rassemblant l'ensemble de pays de l'espace
méditerranéen. Cependant, les relations entre l'UE et les pays du pourtour
méditerranéen (PPM) s’organisent. En 1995, la conférence de Barcelone,
établit les bases d'une zone de libre
échange (horizon 2010) dans la zone méditerranéenne. Des accords d'association sont signés avec le
Maroc, la Tunisie, Israël.
Prenant acte de la mise au point-mort du processus de
Barcelone, Nicolas Sarkozy a proposé la mise en place d'une Union méditerranéenne. Cette
organisation aurait une dimension politique sans concurrencer les institutions
européennes. Elle devrait favoriser la coopération des états européens dans les
domaines de l'eau, de l'environnement, du transport et de l'énergie. Sur le
sujet de l’immigration, les pays européens de l’espace Schengen signent des accords avec le Maroc ou la Libye afin
que ses pays renforcent les contrôles de migrants pour placer les clandestins dans des centres de transit.
En contrepartie ces pays bénéficient de l’aide européenne. Ils essayent aussi
de mettre en place un codéveloppement
pour réduire la pauvreté dans le pays du Sud.
PPM (pays Partenaires méditerranéens) : Pays méditerranéens qui sont liés à l'Union européenne par des
accords de partenariat et de coopération.
b) Une organisation de l’espace déséquilibrée.
On observe, dans l’espace méditerranéen une tendance à la concentration de la population et des activités le long du littoral.
Plus de 60% de la population vit à moins de 10 kms de la mer. On observe
également une tendance à la métropolisation.
Celle-ci est ancienne dans la région puisque Jéricho en Palestine est la plus
ancienne ville du monde.On distingue, le long du littoral méditerranéen des métropoles de dimension continentale
comme Barcelone (5 millions d'habitants). Le Caire seule mégapole d'Afrique rassemble entre 12 et 15 millions d'habitants.
Il faut noter également que les espaces
littoraux sont attractifs. Au nord, on assiste à une manifestation de l'héliotropisme (attraction exercée par
les régions ensoleillées). Au Sud se poursuit un exode rural important dans un contexte d'inégal développement des
régions. On assiste donc à double processus de polarisation et d'anisotropie.

Polarisation
: domination et attraction exercée par une agglomération.
Anisotropie littorale
: développement qui s'opère de manière axiale le long du littoral.
c) Une typologie de l'espace méditerranéen.
On peut donc distinguer dans l’espace méditerranéen un centre constitué par l'Arc
Latin (France -Italie-Espagne) et la Grèce
représentent 85 % du PIB méditerranéen. Ce centre comprend des métropoles
dynamiques (Madrid-Barcelone-Toulouse-Marseille-Lyon-Turin-Gênes-Rome). Le
tourisme et l'industrie y sont développés. L'intégration de ces régions dans la
mondialisation est effective. Il convient cependant de noter qu’à l’exception
du nord de l’Italie aucune région de
cette Europe méditerranéenne n’appartient à la dorsale européenne.
Il ya également des périphéries
intégrées. Il s'agit d'une part des pays de l'Est européen bordant
la méditerranée. Certains d’entre eux sont de nouveaux membres de l’Union
européenne. Ils ont aujourd’hui encore un niveau de développement inférieur à
celui des pays d’Europe de l’ouest. On peut associer à ces Etats européens,
Israël dont le poids économique, politique et militaire est réel.
Les pays du Sud de l'espace méditerranéen sont
un peu moins intégrés. Leur retard de développement est relatif car il
s’agit le plus souvent de PRI. Ils
sont intégrés dans la mondialisation.
Ils exportent des produits manufacturés et les pays du nord dépendent en partie
de leurs ressources énergétiques. Enfin, le littoral et le climat méditerranéen
les rendent de plus en plus attractifs pour les touristes européens.
Conclusion : L'espace méditerranéen est-il vraiment une interface nord-sud
?
Il convient de répondre point par point à cette question. L'espace
méditerranéen est un lieu d'échanges.
Ces échanges sont intenses, mais ils
sont dissymétriques comme dans le cas du commerce, des flux de capitaux, de
migrants et de touristes.
Cette dissymétrie est d'ailleurs le reflet de fractures existant en particulier
dans le domaine du développement entre
le nord et le sud de la mer méditerranée. Cependant, on observe à plusieurs
reprises que l'opposition nord-sud est
parfois réductrice. Une grande
diversité caractérise cette région. La rive nord comme la rive sud sont
loin d'être uniformes. Enfin, l'espace méditerranéen est un lieu de partenariat mais aussi de conflits. C'est même l'une des régions
les plus conflictuelles au monde. Donc oui l'espace méditerranéen est une
interface nord-sud mais pas seulement.
Bibliographie :
HAMOUR
F-N., L’espace méditerranéen, une interface nord-sud, zoom géo, Ellipses.
FOUCHER
M. (sd), Europe, Europes, La
documentation photographique, La documentation française, n°8074, mars-avril
2010.
Dernière mise à jour : 09/10