TES, TL

 

Aspects et limites de la puissance de l’espace économique de l’Union européenne.

 

L’Union européenne est une organisation politique et économique. Elle  réunit 27 Etats, représente 493 millions d’habitants et s’étend sur une superficie de plus de  4 millions de Km2. Cet ensemble ne doit en aucun cas être confondu avec l’Europe en général.

 

Au sujet de l’intégration de l’Union européenne dans l’espace économique mondial, il est possible de se poser plusieurs séries de questions. Les premières sont destinées à évaluer le poids de cet espace économique. L’Union européenne s’apparente-t-elle à une grande puissance économique ? Quels sont donc les aspects de cette puissance et ses éventuelles limites ?

La deuxième série de questions porte sur l’organisation de l’espace économique européen et sur sa contribution à la puissance européenne. Quels sont les espaces centraux qui participent  à la puissance européenne ? Quels sont les espaces périphériques ? En bref, l’ensemble des espaces de l’Union européenne contribuent-ils à sa puissance ?

Enfin, pour terminer, on peut s’interroger sur les conséquences de l’élargissement sur l’organisation de l’espace économique de l’Union européenne et sur la puissance de l’ensemble ?

 

 

I Les aspects de la puissance européenne. Une puissance essentiellement économique.

Comment se manifeste la puissance économique de l’Union européenne ? Document 1 p 163.

a)            Un système  productif performant.

Avec un PIB annuel cumulé supérieur à 10 957 milliards de dollars (2005), l'Union européenne dépasse les États-Unis et constitue désormais l'espace économique le plus puissant du monde.

Industrie.

L'Union européenne arrive nettement en tête pour la valeur de la production industrielle. Elle réalise par exemple, 20% de l’acier mondial. La chimie européenne est la première du monde. Mais cette industrie est en cours de reconstruction. Dans certains cas, cette restructuration passe par des délocalisations vers des pays où la main d’œuvre est moins chère et moins protégée d’un point de vue social.

Il y a dans l’Union européenne des firmes transnationales (Renault, Danone, Daimler) des grands groupes européens qui jouent un rôle majeur : EADS (Espace, Aéronautique et Armement), . Mais dans le domaine de l’industrie, il n’existe pas de politique commune.

Agriculture. Document 2 p 168.

L'Union européenne est la deuxième puissance agricole mondiale. Elle dégage des excédents importants pour l'exportation, ce qui la place en concurrence avec les États-Unis. Cependant, cette agriculture subventionnée concurrence les productions des pays en développement et la logique productiviste connaît des limites (coût des subventions, excédents, pollutions) qui expliquent la réorientation actuelle de la politique agricole commune. L’agriculture européenne présente enfin des disparités. Si certaines régions pratiquent une agriculture productiviste particulièrement performante, d'autres sont peu modernisées et mal intégrées dans les circuits de la mondialisation.

Services.

L’Union européenne produit également des services. L'UE a la première place dans les échanges internationaux de services : ( 25 %) devant les EU ( 22 %). Les services représentent près de 75% du RNB de l'UE. L’Union européenne est, par ailleurs, le premier pôle touristique mondial.

En termes de pouvoir économique, il convient de constater que 4 multinationales européennes (dont shell, BP et Total) sont classées parmi les 8 premières multinationales.

 

Agriculture Productiviste : Une agriculture productiviste vise une production agricole maximale, les rendements les plus élevés, ce qui implique une forte mécanisation et un emploi massif d'engrais et de  traitements chimiques.

 

b) Une puissance commerciale. Document 1 p 158

L'Union européenne est le premier pôle mondial d'échanges commerciaux. Elle réalise 38 % du commerce mondial de marchandises. En 2007, le commerce extra communautaire représentait 2700 milliards de dollars. Mais l’UE se caractérise aussi par une forte continentalisation des échanges (le processus est aussi à l’œuvre en Asie orientale). En effet, les échanges entre pays européens représentent les 2/3 des échanges de l’UE. Le  commerce intra-européen s'est accru beaucoup plus rapidement que le commerce extra-européen. Le commerce extracommunautaire de l'UE représente cependant toujours 13 % du commerce mondial. Cela semble logique dans la mesure ou l’Union européenne représente depuis l’élargissement un marché de 493 millions de consommateurs.

Les principaux partenaires commerciaux de l'Union sont les Etats-Unis (Les exportations dégagent ici un solde favorable à l'Europe), la zone asiatique (solde commercial négatif). La part des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dans le commerce  européen a nettement diminué.

c) Une puissance financière réelle.

L'Union européenne est le premier pôle mondial émetteur d'investissements directs à l'étranger (IDE). Les investissements européens ont considérablement augmenté dans les pays de l'Accord de Libre-Echange Nord-Américain (ALENA), de l'Asie industrialisée ou émergente et, dans une moindre mesure, en Europe de l'Est.

L'Union européenne est également le premier pôle récepteur de l'investissement direct dans le monde. Ces investissements proviennent en particulier des États-Unis et du Japon. Entre 1993 et 2005 le flux d’IDE entrant en Europe est passé de 80 à près de 400 milliards de $.

Mais il convient de noter que la majorité des IDE des pays européens sont des investissements intra-européens. Cela permet de relativiser l’importance de la puissance de l’Union européenne.

On trouve également des bourses importantes Londres,  Paris, Francfort. La fusion des Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Porto( Euronex) et du New York Stock exchane (NYSE) a donné naissance à la première bourse mondiale. Mais ce marché est désormais transatlantique et cela soulève quelques interrogations sur l'indépendance des marchés européens en particulier dans notre contexte actuel de crise financière.

Conclusion : les aspects de la puissance européenne sont donc multiples. Cela contribue à faire d’elle un des pôles de la triade et au total, l’Europe reste la première économique et commerciale devant les EU, la Chine et le Japon.

 

II Limites et incertitudes de la puissance de l’Union européenne.

a)            L’euro en question.

La contribution de l’euro à la puissance européenne est ambiguë. En effet, la parité de l’euro témoigne de la confiance accordée à cette monnaie nouvelle. L'Euro devient donc une monnaie de référence. Elle permet également de réduire le coût de la facture énergétique puisque la plupart des transactions concernant les hydrocarbures se font en dollar. Cependant, le court élevé de l’euro par rapport au dollar a pénalisé les exportations européennes vers les Etats-Unis. Malgré tout, finalement, le dollar est resté la monnaie dominante dans les échanges tandis que l'Euro a connu récemment une baisse de valeur. La zone euro est actuellement caractérisée par un taux de chômage élevé 10% en moyenne. 

b)            Qualité de la recherche développement mais insuffisance des investissements.

L'Union européenne innove. Les programmes Eurêka (programme de coopérations transnationales industrielles et technologiques) et Galileo (programme de lancement de satellites de positionnement et de navigation) en témoignent malgré certains retards. Le conseil européen de Barcelone a décidé de consacrer 3 % du PIB à la recherche-développement pour mettre en place une « économie de la connaissance » Cependant, les investissements dans la recherche développement sont encore insuffisants. En 2004, l’UE n’a consacré que 1,92 % de son PIB à la R&D, contre 3,15 au Japon et 2,59 aux EU. L’UE risque de prendre du retard dans le domaine technologique. L’Europe est également victime d’un phénomène de « brain drain » en direction des Etats-Unis. L’Union européenne a décidé en 2000 de promouvoir désormais l’économie de la connaissance.

 

Recherche-développement : recherche destinée à avoir des retombées rapides dans le domaine de la production.

 

Economie de la connaissance : économie rassemblant toutes les activités de production de connaissances (recherche, éducation, formation, industries des hautes technologies, nanotechnologies, etc).

 

C) L'évolution démographique.

L'UE connait un ralentissement de sa croissance démographie et un vieillissement de sa population. La fécondité est faible. Elle est inférieure depuis 30 ans au seuil de renouvellement (2,1 enfant par femme en % âge de procréer). L'accroissement naturel est réduit + 0,5 ‰. Cela pose un certain nombre de problèmes : augmentation des dépenses de santé, financement des retraites, à terme peut-être un défaut de main d'œuvre.

Le recours à l'immigration est une solution proposée. Mais le contexte de crise favorable aux crispations xénophobes et aux communautarismes, rend une telle éventualité difficile à proposer d'un point de vue politique.

 

d) Les disparités régionales. Documents 2 p 159, 1 et 2 p 160.

 

[Remarque : Cette partie pourrait faire, à elle seule, l’objet d’un développement. Le parti est donc pris de l’intégrer dans cette leçon afin de démontrer que l’inégal niveau d’intégration dans l’espace économique mondial des régions européennes est une limite de sa puissance.]

 

On observe, en effet en Europe de fortes disparités régionales. Ainsi qu’une intégration inégale des espaces dans l’économie mondiale. A titre d’exemple, exception faite de la Slovénie et de la République Tchèque, le PIB moyen des pays d’Europe centrale et orientale est inférieur d’un ¼ à celui des pays de l’UE à 27.

 

 

Les espaces centraux de l’Union européenne : un ensemble multipolaire.

La dorsale européenne.

Elle est caractérisée par une population importante  et un semis urbain dense, un niveau élevé d’industrialisation.

Localisation : Nord de la dorsale européenne, Sud de la dorsale européenne.

Attention : le développement de cette dorsale est ancien. Certaines régions comme le Nord-Pas-de-Calais, La Lorraine, la Ruhr, le Lancashire en Angleterre ont connu des crises graves et sont donc en cours de reconversion.

 

Le long de la dorsale européenne les réseaux de communication sont particulièrement importants et complets. Mais dès qu’on s’éloigne de ce cœur économique des lacunes et des discontinuités apparaissent. Le TGV-Est est terminé mais on attend la mise en œuvre de  l’axe Lyon-Turin et du TGV Montpellier-Barcelone-Madrid.

 

La façade de la dorsale européenne est l’une des plus actives du monde. Avec un trafic de marchandises supérieur à 400 millions de tonnes de marchandise  Rotterdam (377 millions de tonnes de marchandises en 2006)) est le premier port européen et le troisième port mondial. Cette façade maritime s’ouvre d’ailleurs sur l’un des axes maritimes  les plus actifs au monde.

 

Les métropoles. Document 5-7-8 p 165.

Elles concentrent les hommes, les activités et les fonctions de commandement.  Comme dans la plupart des aires de puissance et même ailleurs, on observe en effet un important phénomène de métropolisation.

Cette concentration des fonctions permet d’établir une hiérarchie urbaine. On distingue en effet, des métropoles de dimension mondiale qui participent à la puissance de l’Union européenne comme Paris, Londres (villes globales ou mondiales) voir Francfort (Bourse et siège de la BCE). Il y a également  des villes de dimension européenne, comme Munich, Rome, Madrid, Barcelone, Bruxelles et éventuellement Strasbourg (Parlement européen).

Métropolisation : concentration des hommes, des activités et des services supérieures et des fonctions de commandement dans les plus grandes métropoles.

 

Des régions transfrontalières actives :

Parmi ces régions transfrontalières actives on peut citer la regio TRIRHENA qui réunit les actions de villes suisses, françaises et allemandes autour de Bâle et Mulhouse.

 

Des périphéries plurielles.

 

Les périphéries intégrées.

A l’ouest : Ces périphéries qui peuvent être proches (Nord-Est de la France)  ou éloignées (Irlande) sont caractérisées  par une certaine dépendance vis à vis de décisions, d’investissements ou de marchés extérieurs.

Localisation : Sur la façade méditerranéenne, Catalogne, Région de Rome, Andalousie, Languedoc Roussillon PACA

Pour les régions intérieures : Périphérie de la Dorsale européenne (Bassin Parisien- Est de la France, Bavière, Basse saxe , Thuringe  en Allemagne) , Communauté autonome de Madrid.

On peut également citer l’Irlande qui a attiré des capitaux étrangers et a développé sont industrie électronique.

A l’est.

Il s’agit des capitales nationales de l’est et des régions intégrées récemment proche de la dorsale européenne. Ces régions ont un rôle important car, elles bénéficient de délocalisations en provenance de régions occidentales. Elles attirent donc les IDE.

On   observe donc un phénomène d’attraction vers l’est avec peut-être un déplacement du centre de gravité européen.

Une région nordique apparaît autour de la Baltique avec l'intégration des pays Baltes et de la façade maritime de la Pologne aux économies de la Finlande, de la Suède et du Danemark. Une région centre-européenne se constitue autour de l'Allemagne et de l'Autriche avec, côté PECO (pays d'Europe centrale et orientale), la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et en partie la Slovénie.

 

Les périphéries marginalisées ou espace ultrapériphériques.

 

A l’ouest. Ces espaces sont caractérisés par un faible peuplement et par une dominante agricole. Ce sont des espaces qui bénéficiaient des politiques d’aménagement du territoire et des fonds structurels européens.

Fonds structurels européens : Fonds financiers européens qui permettent d’aider les régions en difficulté.

Localisation : Sud-ouest français , intérieurs espagnol et portugais, Mezzogiorno italien , régions septentrionales de  la Scandinavie, Est Allemand.

 

A l’est.

Ce sont des périphéries nouvelles issues de l’élargissement. Au total, l’ensemble des nouveaux pays membres de l’UE devront recevoir 80 %  des fonds structurels d’aide au développement.

Localisation : Les régions des 12 nouveaux pays membres en dehors des zones polarisées par les capitales et des régions frontalières dynamiques ou les interfaces ouvertes.

 

Les régions ultramarines : Elles ont en commun d’être très éloignées des métropoles européennes et de souffrir d’une difficile mise en place du principe de continuité territoriale. ( DOM-TOM, Canaries, Madère, Açores, etc…)

 

Conclusion : L’Union européenne n’est pas simplement divisée en trois zones (la dorsale européenne, l’UE de l’ouest et l’UE de l’est) mais on peut distinguer trois types d’espaces : Les centres, les périphéries intégrées et les périphéries marginalisées, dispersés dans l’ensemble de l’Europe. De plus, on constate que l’espace économique de l’Union européenne est de plus en plus multipolaire. La  carte des espaces économiques européens est donc plus complexe qu’il y paraît.

 

d) L’élargissement de l’Union européenne en question
L’élargissement de l’Union européenne conforte le poids économique et politique de cette organisation sur le plan international. Il permet en outre d’étendre la zone de paix créée à partir de 1950. Mais cet élargissement réalisé à moyens constants ne va pas sans poser la question du coût et de la répartition de l’aide au développement. Ensuite, certains ont craint un développement de l’immigration en provenance des nouveaux pays membres. La « déferlante » tant redoutée n’a cependant pas eu lieu. Il faut dire que de nombreux pays comme la France, l’Autriche, l’Allemagne et la Belgique ont restreint l’accès à leur marché du travail.

 

 

 

Conclusion :

La puissance économique de l’Union européenne est donc indéniable. Elle se manifeste de plusieurs façons. C’est un espace important de production de biens et de services, ses entreprises sont influentes dans le monde. C’est un pôle financier majeur.  L’UE a en outre une place déterminante dans le commerce mondial. Cette puissance est cependant concurrencée par les autres pôles et par certains outils de leur puissance comme le dollar.

La contribution des espaces européens à la puissance de l’Union européenne est inégale. On distingue, en effet, des centres puissants et de dimension mondiale, des périphéries intégrées qui contribuent à la puissance européenne et des espaces marginalisés du fait de leur éloignement, de leur isolement ou de la crise qu’ils traversent. Ces disparités sont confortées par l’élargissement de l’Union européenne qui entraîne l’intégration de régions en difficulté et en cours de conversion. Cependant, il serait caricatural de réduire les espaces issus de l’élargissement à cette seule situation. Certains comme les capitales des nouveaux pays s’intègrent bien dans l’espace européen voire mondial. Enfin, les 12 nouveaux adhérents peuvent renforcer le poids de l’Union européenne sur la scène internationale. Il s’agit maintenant de le vérifier dans d’autres  domaines comme celui de la politique internationale où l’unité européenne est encore loin d’être réalisée.

 

Dernière mise à jour : 09-10