La mégalopole japonaise et son rôle dans la mondialisation.
Leçon mise à jour à l'occasion du voyage de Geneviève Abbé ( Lycée Diderot-Narbonne) en avril 2009.
Le Japon, (pôle de la Triade et centre d’impulsion de l’Asie orientale) est un archipel composé de 4000 îles. Les plus grandes concentrent l’essentiel des activités et de la population ( Hokkaido, Honshu, Kyushu,Shikoku ) cartes p 230, 231.
La population totale du Japon s’élève aujourd’hui à 128 000 000 d’habitants. La mégalopole japonaise s’étend le long du littoral Pacifique sur une bande de 1200 kms de Tokyo à Fukuoka. Elle concentre entre 90 000 000 et 100 000 000 d’habitants soit 80% de la population japonaise. Les densités de population y sont supérieures à 330 hb/km2. La mégalopolisation est le processus d'étalement urbain qui permet aux villes de participer à un réseau mondial et qui permet à l'espace concerné une ouverture sur l'espace mondial. Cela lui donne ainsi le rôle d'une interface. Une mégalopole est donc caractérisée par une urbanisation en continu sur plusieurs centaines de km, structuré autour d'un système efficient de transports.C'est un espace qui n'est pas toujours homogène mais qui possède un marché boursier, des centres d'accumulation et de reproduction du capital (banques, bourse) Il possède des centres de commandement, de création, d'innovation, des systèmes d'appui aux entreprises (conseil-audit) et un marché de produits et de services d'échelle au moins nationale. Enfin c'est un lieu cosmopolite avec une forte propension à la consommation.
La mégalopole japonaise correspond-elle à cette définition ? Comment s'organise cette mégalopole japonaise ? Quel est le poids de la mégalopole dans l'espace japonais ? Quelles relations entretient-elle avec sa périphérie ? Constitue-elle une interface active entre le Japon, l'Asie orientale et le reste du monde ? Contribue-t-elle à la puissance japonaise ? Quels sont les problèmes posés par le développement de la mégalopole japonaise et éventuellement leurs solutions ?
I La mégalopole
Japonaise, un espace en extension, structuré par un axe de communication et
organisé autours de différents pôles.
a) Les phases de l’expansion de la mégalopole japonaise.
La formation de la mégalopole japonaise remonte à la fin du 19ème
siècle (ère Meiji).

( Photo : Geneviève Abbé)
Jardins du palais impérial à l’époque Edo, du XVII à la Fin du XIX , époque à laquelle Tokyo est devenue la capitale du Japon
Mais son développement
s'est affirmé surtout à partir de 1930 à partir de trois noyaux constitués
autour de villes anciennes Tokyo,( qui englobe Yokohama , Kawazaki,
Chiba), Nagoya et le triangle Osaka-Kobé-Kyoto. Durant la
période de haute croissance (1955-1973) le développement des industries
lourdes sur le littoral et le développement des exportations provoquent
l’extension de la mégalopole vers le sud (Fukuoka,Kita-Kyushu). Dans les
années 80 et aujourd’hui l’extension se poursuit au nord de Tokyo jusqu’ à SendaÏ.
b) Un espace articulé autour d’un axe majeur de communication.
Cet axe ne quitte le littoral qu’entre Nagoya et Kyoto, il traverse la plaine
du Kantô. (Définition, p234) Il est constitué d’un réseau autoroutier, d’un réseau
ferroviaire composé du Shinkansen (train à grande vitesse circulant
depuis 1964 entre Tokyo et Osaka) relié à de nombreuses lignes de banlieue.
Entre Honshu et Shikoku un pont gigantesque relie les
deux îles et assure la continuité de la mégalopole.
c) L’organisation de la mégalopole japonaise.
La répartition des activités industrielles est inégale. La sidérurgie surtout à
l'ouest, l'automobile surtout à l'est, du textile au centre. Les plus grands
pôles industriels sont Tokyo-Yokohama-Kawasaki ; Nagoya ; Osaka-Kobe-Tokyo ;
Kita-Kuyshu-Fukuoka.
La mégalopole est aussi inégalement peuplée. On observe, en effet, un
déséquilibre entre l'est et l'ouest. Le poids démographique de l'est est plus
élevé. On distingue en particulier trois pôles urbains. Ainsi , 43% des
japonais vivent dans 3 pôles urbains de la mégalopole. Celui de Tokyo
(Kawasaki, Yokohama), celui d'Osaka.(Kobe-Kyoto) et celui de Nagoya. Plus précisément,
trois mégapoles se distinguent, le grand Tokyo ( 30,7 M d'hb), le
grand Osaka (16.3 M d'hb), et le grand Nagoya ( 8.8 M d'hb).
Tokyo, capitale actuelle du Japon est une ville globale. Sa
population s'élève à 30 millions d'habitants environ soit près d'un ¼ de la
population japonaise. La densité de population y est très élevée : 1228
habitants au km2.Tokyo est le principal centre de décision du Japon.Les
organes de l'État se concentrent dans le quartier de Kasumigaseki. Il y a là
une bourse de dimension mondiale, le Kabuto-cho. Il y a à Tokyo des
centres d'affaires (Marunouchi, Shinjuku) ( photo) ou de commerce Ginza
(magasins de luxe, en particulier marques françaises, ex immeuble Chanel).
Tokyo est un énorme centre qui abrite 30% de toutes les entreprises japonaises,
12 % des magasins, 17% des employés de commerce, et effectue 30,5% des ventes
annuelles de tout le pays.
II La mégalopole Japonaise dans l'espace économique mondial.

( Photo : Geneviève Abbé)
Quartier Shinjuku à l’heure de la sortie des
bureaux, on voit les « salary men » , employés de bureau vêtu du costume noir ,
chemise blanche symbole de la profession.
On y croise des étudiants que les entreprises viennent recruter dans les
universités en Avril , ils arborrent le même costume ( le tailleur noir est
l’équivalent pour les filles).

( Photo : Geneviève Abbé)
Comme on peut le voir ici, les gares sont de véritables villes dans la ville, la présence de l’Occitane illustre bien la mondialisation de la consommation au japon comme ailleurs
a) La mégalopole : un centre d’impulsion de l’économie mondiale.
C’est d’abord un espace
productif majeur. Le Japon réalise 15 % de la production mondiale. La
mégalopole contribue à l'essentiel de cette performance. Elle réalise ainsi 85%
de la production japonaise et la mégapole Tokyo représente à elle seule 30 % du
PIB japonais.
La mégalopole a donc un poids économique majeur dans le monde. C’est aussi l’un
des principaux pôles financiers dans le monde. Avec le Kabuto-cho et les
principales banques qui se trouvent dans la mégalopole, depuis 1989, le Japon
est le premier investisseur mondial à l'étranger. Il détient 900 milliards de $
d'actifs à l'étranger. C'est le premier créancier du monde.
Le groupe Mitsubishi est un exemple intéressant. Il s’agit d’un des keiretsu les plus puissants du Japon. Cette société regroupe des activités industrielles (des chantiers navals, aux industries de pointe en passant par l’automobile), des activités financières et des activités bancaires. Le groupe occupe un quartier entier de Tokyo auquel il a donné son nom, ce quartier est dominé par Marunushi, la célèbre tour qui abrite le siège de l’entreprise et un centre commercial de luxe sur 50 étages.

( Photo : Geneviève Abbé)
Quartier d’affaires Mitsubishi ( trois diamants symboles de la firme) du de la tour Marunouchi (36 étages) symbole de la firme qui depuis la fin du XIXième siècle est un conglomérat devenu kereitsu , multinationale dont la puissance repose sur la diversification des activités.
.
Keiretsu : concentration d’entreprises aux activités très variées liées par des liens financiers et familiaux. On parle aussi (surtout jusqu’ à la fin de la seconde guerre mondiale) de Zaibatsu.
b) Une interface
active qui contribue à la puissance commerciale du Japon.
Le commerce est un autre aspect de cette puissance. Le Japon réalise 9.5% des
exportations mondiales en valeur. Il est au troisième rang mondial des pays
exportateurs. Aujourd'hui, les échanges avec l'Asie représentent 40% des
échanges japonais. Depuis 1990, l'Asie dépasse l'Amérique du Nord comme client
du japon. Une bonne partie de ces marchandises transite par les ports japonais.
Les plus importants sont Nagoya (215MT), Chiba (169MT)et Yokohama (141 Mt)(2007). Les flux
engendrés par les ports font de la mégalopole l'une des grandes façades
maritimes du monde.
III Limites de la
mégalopole japonaise et aménagement du territoire.
a) Les contraintes du milieu et adaptation.
Elles ne sont pas négligeables. La mégalopole est sur la route des typhons
venus du sud. Les risques sismologiques sont nombreux. Le Japon se
situe, en effet, à la rencontre de trois plaques tectoniques (pacifique,
philippine, eurasiatique). Le séisme de Kobé fit plus de 6000 victimes en 1995.
La catastrophe du 11 mars a fait près de 30000 victimes, morts et disparus. Les
constructions répondent en principe à des normes anti-sismiques
rigoureuses. Enfin, les tremblements de terre dans le pacifique sont parfois
responsables de Tsunamis. Certains ports sont donc équipés de portes
anti-tsunamis.
Cependant, avec Philippe Pelletier, il faut revenir sur le mythe du miracle Japonais, Etat devenu puissance en dépit d'énormes contraintes. En effet au Japon, les contraintes sont souvent associées à un bienfait. L'insularité n'a pas toujours été un handicap dans l'histoire du Japon. L'activité volcanique est à l'origine de la fertilité de certains territoires et explique l'importance du thermalisme dans la culture japonaise.
b) Face aux problèmes
d'exiguïté et d'engorgement : Les mutations de l'espace
D'une manière générale au Japon se pose un problème d'exiguïté. La
superficie du Japon est de 378 000 km2. Mais Philippe Pelletier rappelle qu'il
existe des espaces au Japon qu'on peut considérer comme désertés : Ils
représentent 48 % du territoire mais n'abritent que 6,3 % de la population. Le
problème n'est donc pas celui du manque de place mais plutôt celui des pentes
supérieures à 15 % forment les trois quarts du pays qui rendent quantité d'espaces
difficilement exploitables. Les plaines occupent seulement 6 % du territoire.
La plus grande de ces plaines, celle du Kantô, n'excède pas 15 000
kilomètres carrés. Le Japon manque donc d'espace pour ses 125 800 000
habitants.L'espace disponible est donc très occupé. Le problème de manque de
place se double donc de problèmes d'engorgement.

( Photo : Geneviève Abbé)
Plaine du Kantö , et chaîne de montagne, un paysage représentatif de l'espace japonais occupé sur 75 % de sa Superficie par des montagnes.

( Photo : Geneviève Abbé)
Plaine du Kantö vue du Shinkansen,rizières.
Il manque à Tokyo 450 000 logements. Les 2/3 des personnes qui travaillent dans
le centre de la ville de Tokyo doivent consacrer plus de 60 minutes aux
transports même si le réseau ferroviaire et le métro sont développés. Dans la
capitale train, métro, monorail, routes constituent des réseaux très denses
superposés dans le même espace.

( Photo : Geneviève Abbé)
L’intérieur de la gare de Shinjuku une des gares principales de Tokyo dans l’un des quartiers d’affaire et commercial de la capitale japonaise. Les japonais vivent beaucoup dans les gares car le temps moyen de transport pour aller d’un quartier à un autre

( Photo : Geneviève Abbé)
Le monorail ,l' un des nombreux moyens de transport qui relie le quartier de Tama (ville nouvelle en périphérie de Tokyo) au centre de la capitale.

( Photo : Geneviève Abbé)
Les réseaux de transports japonais dans la mégalopole et à Tokyo sont les plus denses au monde, ligne de métro, voie à grande vitesse au milieu des tours dans le quartier de Shinjuku.
Plusieurs réponses
sont données à ces problèmes. Des terre-pleins ont été réalisés. Pendant
la période de haute croissance de 1955 à 1973, l'Etat a développé des
combinats pour faciliter l'intégration de l'industrie lourde. Ces combinats
souvent occupaient des terre-pleins. S'y sont développées des activités
dépendant des importations en matières premières et en sources d'énergie.
D'abord la pétrochimie, puis la sidérurgie. On constate aujourd'hui que ces
terre-pleins changent de vocation. Ils ont de plus en plus des fonctions
tertiaires et urbaines. On voit se développer les aéroports (Aéroport de Tokyo
Haneda-Tokyo- Aéroport du Kansai- baie d'Osaka), les centres d'affaire et de
loisirs (Parc du Kasai- Tokyo)
On assiste également à un desserrement des activités. Le plan
technopolis ( 1983-1998) combine 26 nouvelles villes et activités
technologiques en bordure ou en périphérie de la mégalopole.( Cité scientifique
de Tsukuba, Cité scientifique et culturelle de Kansaï) Il est à noter que les
deux premières universités sont en périphérie de la mégalopole Il y a à Tokyo
de grandes universités comme celle du kanto constituée de deux unités Tsukuba
et Utsunomiya. Aujourd’hui, on observe une nouvelle localisation des activités
de haute technologie. NEC vers l'ouest et le sud ouest de la mégapolopole.
Hitashi vers l'est. A kyushu , s'est constituée la silicon Island du Japon mais
ce n'est pas un espace de recherche et développement.
Autour de la
mégalopole, se forme ainsi une métapole : c'est à dire un espace urbain
et rurbain dont une partie des habitants, des activités économiques et des
territoires sont intégrés dans le fonctionnement quotidien d'une métropole..
Il ya également un redéploiement intra-urbain dans l’agglomération de
Tokyo. C’est le cas des fonctions tertiaires pour éviter l'engorgement du CBD.
Autour de Tokyo se multiplient les sous-centres et le villes -noyaux d'affaire
(Yokohama, Kawasaki, Chiba).
c) Un environnement remis en cause.
Dans la baie de Tokyo, et la baie d'Osaka, la pêche côtière et l'aquaculture
sont rendus impossibles à cause de la pollution. Autre exemple, sur l’ile de
Kyushu à Minamata, la pollution de la mer par le mercure rejeté par les usines
du groupe Chisso à provoqué officiellement selon les autorités japonaises 13000
victimes depuis 1956 (date officielle du début de la maladie). Aujourd'hui ce
sont les conséquences des répercussions du tremblement de terre sur la centrale
de Fukushima qui inquiètent. Une zone de 30 km et certainement plus autour de
la centrale est certainement contaminée pour plusieurs dizaines d'années.
Conclusion :
Malgré les contraintes évoquées en dernier lieu dans cette leçon, le mégalopole
japonaise est bien un espace urbanisé de façon quasi continue qui , compte tenu
de ses fonctions de commandement et de son rôle d'interface, est un espace
majeur dans le monde contribuant à la puissance japonaise. Cependant cet espace
n'est pas homogène si on tient compte du poids de Tokyo et des deux autres
pôles urbains. Aujourd'hui, assiste à un desserrement des activités au bénéfice
de la périphérie proche.
Bibliographie :
Le Japon, une puissance en question , Philippe Pelletier, La Documentation Photographique n° 8029,2002 .
Le japon , Philippe Pelletier , Géographie Universelle .
Le Japon , Idem , Armand Colin.
Le japon en fiches, Gérard Bacconnier , Paris , Bréal
Auteurs : Abbé Geneviève et Nérée Manuel.
Dernière mise à jour : 05/11