Des mondes en quête de développement : Unité et diversité des Suds.

 

Le développement désigne l’accroissement des richesses associé à l’amélioration des conditions de vie d’une population sur un territoire donné. Il ne doit donc pas être confondu avec la croissance. Compte tenu des disparités de développement, on oppose depuis les années 80 ( Willy Brandt, nord-sud : un programme de survie), le nord développé au sud qui le serait moins. Depuis les situations ont évolué et le tiers-monde est plus hétérogène que les expressions utilisées pour le désigner de façon généraliste le laisseraient entendre.

 

Il est donc possible de se poser les questions suivantes : le sud est-il homogène ? Si non les pays dits en développement présentent –ils des similitudes des caractéristiques communes ? Enfin, la variété des situations s’explique-t-elle par la diversité des situations initiales ou par la multitude des modèles de développements choisis ?

 

I Il est possible de mesurer et de caractériser le monde sous développé…..

 

a)     En utilisant  l’IDH.

 

Le PIB a longtemps été utilisé pour hiérarchiser les pays en fonction de leur développement mais cet indicateur est insuffisant car il mesure avant tout la richesse produite par les Etats. Il est calculé en faisant la somme des valeurs ajoutées des différentes branches d’activité  auxquelles on ajoute la taxe à la valeur ajoutée. Remarque, le  PIB PPA (à parité de pouvoir d’achat) est parfois utilisé pour permettre de comparer les pays en tenant compte de l’inégal pouvoir d’achat des monnaies.

 

On préfère donc pour mesurer le niveau de développement utiliser l’IDH. Il est calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui retient le niveau de santé (espérance de vie à la naissance), le niveau d’instruction (taux d'alphabétisation et nombre moyen d’années d’études ), le revenu, représenté par le PIB par habitant. L’indice obtenu est compris entre 0 et 1. Plus l'indice est proche de 1, plus le développement est avancé. En 2007, l’IDH médian était de 0.741.

On utilise aussi parfois l’IPH qui mesure l'impact de la pauvreté sur la population L'unité des IPH est le pour cent (%), mais il ne s'agit pas d'un pourcentage de la population, il s'agit juste de l'homogénéité de la formule. Plus un IPH est élevé, plus un pays « est pauvre ».

 

IDH : indice de développement humain

IPH : indice de pauvreté humaine

PIB Produit intérieur brut: valeur de la production créée par un pays à l'intérieur de son territoire.

 

 

b)     et en faisant apparaître un certain nombre de traits communs aux pays en quête de développement.

 

Dans le domaine de la démographique, beaucoup de pays en voie de développement sont en train de réaliser ou d’achever leur transition démographique. Ainsi la population de ces pays est en général plus jeune que celle des pays développés et elle représente au total  85 % de la population mondiale avec environ 5 milliards de personnes. Des progrès ont  cependant été réalisés. Avec la médecine et le développement de la contraception, la mortalité et la fécondité tendent à baisser comme en Inde (ISF =2.72). Cependant, la mortalité reste plus forte que dans les pays développés. Pour donner deux exemples, 90 % des personnes infectées par le SIDA vivent dans le Sud et la mauvaise qualité de l’eau est responsable de 80 % des maladies et d’1/3 des décès dans les pays en développement. En 2002,au moins 1,1milliard d’individus n’avaient pas accès à l’eau potable. Les populations des pays en développement connaissent également la faim. Selon la FAO en 2009, 1.02 milliard  personnes souffrent de la faim dans le monde. Il convient cependant de distinguer la malnutrition de la sous-nutrition.

 

On observe encore d’autres caractères socio-économiques communs aux mondes en développement. Ils sont d’abord marqués par une grande pauvreté. En 2003, 2.8 millions d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour et 1.3 milliards avec moins d’1 dollar. Dans la population active, le secteur primaire notamment agricole reste sur-représenté, le sous emploi est massif et chronique. Dans les pays en développement, le secteur informel est aussi très développé. En Afrique, on estime que l'économie informelle fait vivre ou survivre un grand nombre d'actifs (90 % à Cotonou ; 51 % à Douala ; 37 % à Bamako ...) .Dans les pays en développement, les inégalités sociales et spatiales sont plus marquées (Voir exemple du Brésil).  Ces pays sont souvent  en cours de transition urbaine. En moyenne, il y a dans les pays en développement 40% de citadins contre 75 % dans les pays développés. Mais l’exode rural et le dynamisme démographique aboutissent  à une concentration de population et de pauvreté dans les grandes métropoles. On observe alors la constitution de quartiers d’habitat précaire et sous équipés. (Bidonvilles- favellas). La scolarisation est souvent faible en particulier celle des filles. Ce phénomène pose problème car il  détermine souvent les comportements démographiques (taux de scolarisation élevé = réduction du nombre d’enfants par femme en âge de procréer).

 

Secteur informel : ensemble des activités qui ne fonctionnent pas selon les normes de l’économie développée mais en parallèle et au moindre coût

 

Transition démographique : passage d’un ancien régime démographique caractérisé par des niveaux de natalité et de mortalité élevés à un nouveau régime démographique caractérisé par des niveaux de natalité et de mortalité faibles. Entre temps, dans la phase dite de transition proprement dite, l’accroissement naturel augmente du fait du décalage entre la baisse précoce de la mortalité et celle plus tardive de la natalité.

 

La transition urbaine : C’est le processus par lequel comme dans les pays développés, la majorité de la population devient urbaine.

 

Le chômage et le sous emploi sont chroniques. Cela a pour conséquences des situations de grande pauvreté.

Sous-nutrition : déficit en nourriture, à la fois quantitatif ( moins de 2000 calories par personne et par jour) et qualitatif (moins de 10 g de protéines animales par personne et par jour).

 

Malnutrition : déficit en nourriture surtout qualitatif ( moins de 20g de protéines animales par personne et par jour ; manque de vitamine), mais aussi en partie quantitatif ( moins de 2500 calories par personne et par jour).

 

II Mais les pays en développement présentent une grande diversité de situations.

 

a)     En dépit de désignations communes….

Les expressions PED ( Pays en développement), PSD ( pays sous-développés), PVD ( pays en voie de développement ), Sud et Tiers-Monde désignent les pays en quête de développement. Elles ont été utilisées dans des contextes différents mais elles décrivent toutes les pays qui ont connu des difficultés de développement. Aujourd’hui, les expression sous-développés, sud et tiers-monde au singulier sont de moins en moins utilisées.

 

b)     ….on distingue différentes catégories de pays.

 

Les pays les moins avancés (PMA) (expression crée en 71 par l’ONU)sont  caractérisés par une grande pauvreté, des populations largement analphabètes, une faible intégration dans l’économie mondiale, une grande vulnérabilité aux famines aux épidémies et aux risques naturels. Ils sont aujourd’hui 49 contre 24 en 71. Sur ces 49 Etats, 34 sont africains. Parmi ces PMA, on peut citer, l’Ouganda, Haïti, le Rwanda.

 

Les pays à revenus intermédiaires (PRI) sont des pays qui n’ont pas les handicaps des PMA mais qui tardent cependant à se développer durablement ou qui connaissent des difficultés. Exemples : Pays du Maghreb. Le Pérou  peut être rangé dan cette catégorie.

 

Les nouveaux pays industrialisés (NPI) sont des états dont l’industrialisation rapide repose sur le développement des exportations avec l’aide active de l’Etat. Ils sont également bien intégrés dans les flux de marchandises de services et de touristes. L ' IDH de ces pays est supérieur à 0,7. On les trouve en Asie (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines) et aussi selon certains auteurs  en Amérique latine ( Brésil, Mexique assimilés). Attention, les nouveau pays industrialisés asiatiques ( NPIA-appelés aussi parfois nouveaux pays industrialisés avancés- Corée du Sud , Taïwan, Singapour) ne font déjà plus partie du Sud.

 

Les pays exportateurs de pétrole (PEP) sont beaucoup enrichis après les deux chocs pétroliers, mais ils n’ont pas toujours eu de véritable politique de développement. On les a longtemps qualifiés de pays "riches mais non-développés" Paul Bairoch. Aujourd’hui, le niveau de vie des nationaux est très élevé, celui des migrants qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre et parfois de la population, lui est bine plus bas. Compte tenu de la fin annoncée des réserves de Pétrole, ces pays commencent à reconvertir leur économie en s’appuyant sur la finance ou le tourisme comme à Dubaï.

 

Les états-continents émergents sont des Etats à fort développement industriel et technologique. La Chine et l’Inde sont des pays très peuplés (1.3 et 1.1 milliard d’habitants) possédant à la fois l’arme atomique, des hautes technologie et population majoritairement rurale. Le Brésil est classé dans cette catégorie par certains auteurs. A l’heure actuelle, compte tenu de l’affirmation de la Chine comme troisième voir deuxième puissance économique mondiale on peut se demander s’il est encore possible de la ranger dans cette catégorie.

 

Les pays en transition (PET), pays issus de la dislocation de l’URSS qui peinent à reconvertir leurs économies posent une autre question : faut-il considérer qu’ils appartiennent au Sud.

 

Il n’ya donc pas un Sud mais des Suds et l’opposition Nord-Sud n’est plus aussi tranchée.

 

 

III Comment expliquer les difficultés de développement et la variété des situations ?

 

a)     Les facteurs naturels n’expliquent pas le sous développement et les inégalités dans ce domaine 

 

Par risques naturels on entend, par exemple, les séismes, la sécheresse, les irruptions vocaliques, les cyclones et les inondations torrentielles. Il est vrai que ces phénomènes sont nombreux à affecter les pays en développement en particulier dans le pourtour  méditerranéen et dans la zone tropicale. Mais il ne faut pas faire de déterminisme. Les risques naturels n’expliquent pas le sous-développement. C’est surtout l’absence de moyens de prévention qui rend les populations vulnérables comme nous avons pu le constater à l’occasion du Tsunami de décembre 2004 et du tremblement de terre à Haïti en février 2010. De plus, un Etat particulièrement exposé comme le Japon a pu devenir une puissance mondiale. C’est donc un contre exemple.

 

A l’opposé, la présence de nombreux atouts naturels ne  garantit pas un niveau de développement élevé. Les Etats-Unis font plutôt figure d’exception dans ce domaine. De nombreux pays ont des sous-sols particulièrement riches mais connaissent un grand retard de développement. Certains ont même parlé de malédiction de l’or noir en constatant que certains Etats comme le Nigéria, le Gabon ou la Birmanie ne sont pas devenus malgré leur richesse pétrolifère des modèles de démocratie et de développement. Un autre exemple nous est donné par la République démocratique du Congo riche en minerais précieux et recherchés (or, diamant, coltan-60 à 80 % des réserves mondiales) qui ne parvient pas à sortir du marasme dans lequel elle se trouve.

 

Il faut donc peut-être chercher ailleurs des éléments d’explication.

 

 

b)     Il faut pendre en compte  des explications économico-historiques…..

 

Aucune explication de ce type ne suffit à elle seule. C’est la combinaison de différents facteurs et les liens de causalité entre eux qui peuvent favoriser le sous développement :

 

L’héritage colonial. Dans de nombreuses colonies, les puissances coloniales n’ont pas cherché à développer le secteur industriel et ont essentiellement exploité les produits primaires. Il est possible d’évoquer à ce sujet l’attitude des britanniques face à l’éventuel développement industriel de l’Inde et de l’Egypte.  On peut citer aussi Paul Doumer, gouverneur au sujet de l’Indochine. Il en est résulté des situations de sous industrialisation et/ou de mono-productions.

 

Le poids excessif des produits primaires dans le PIB des pays pauvres. Héritiers de l’économie coloniale, beaucoup de pays exportent des produits miniers ou agricoles à faible valeur ajoutée. Ils dépendent d’ailleurs souvent de cours fixés dans des Bourses de commerce situées dans les pays développés ( Ex : Chicago Board of Trade). Ces prix varient beaucoup et rendent les revenus incertains. C’est le cas pour le Pérou par exemple.

 

Le poids de la dette. Pour se développer ces pays se sont souvent endettés. Le remboursement de la dette handicape les pays pauvres car elle monopolise une grande partie de leurs ressources ( service de la dette).  Chiffre de la dette cumulée des pays du Tiers-Monde.

 

La corruption. Le détournement de l’argent public au seul profit de dirigeants ou de fonctionnaires rend difficile le développement des infrastructures nécessaires à certains pays. Ce phénomène est perceptible en Algérie, pays riche en hydrocarbures où les cadres, militaires pour la plupart, drainent l’essentiel de la manne pétrolière.

 

L’instabilité politique : Ce sont souvent des espaces politiquement instables cela aggrave la marginalisation de ces Etats que les investisseurs peuvent fuir ( voir carte des risques )

 

Les guerres : En Afrique, en Asie et en Amérique latine de nombreuses guerres aux causes multiples empêchent le développement. C’est le cas de la République démocratique du Congo.

 

Cette liste des causes du sous-développement n’est malheureusement pas exhaustive mais au sujet de l’Afrique, Sylvie Brunel distinguent les causes liées à la colonisation, les causes liées à la mondialisation et les causes imputables aux gouvernements africains.

 

c)     ….et la variété des modèles de développement choisis.

 

On constate qu’il y a une grande diversité des modèles de développement choisis. Certains pays ont changé de stratégie d’autres ont promu plusieurs domaines d’activité en même temps. Une chose est sure : le résultat de ces stratégies de développement est inégal.

 

Dans le contexte de la guerre froide, les modèles étaient souvent idéologiques. La Chine, le Viet-Nam et dans une certaine mesure l’Algérie ont adopté un modèle de développement socialiste fortement étatisé et collectivisé. D’autres pays ont adopté un modèle plutôt capitaliste inspiré par les puissances occidentales. Ce fut le cas notamment des quatre dragons asiatiques. Un pays comme l’Inde a, après l’indépendance, adopté un modèle mixte ou intermédiaire.

 

De nombreux états ont du assurer leur développement agricole pour satisfaire les besoins alimentaires des populations, et créer une classe moyenne capable d’ investir dans la petite et moyenne entreprise. Dans le cas de l’Inde, la satisfaction des besoins alimentaires a été une priorité des années 60-70. Dans ce contexte a été réalisée une Révolution Verte basée notamment sur la mise au point et l’utilisation de variétés à hauts rendements. Celles-ci ont permis l’augmentation de la production agricole.

 

Certains pays ont donné la priorité à l’industrialisation selon le modèle des « industries industrialisantes » Celui-ci consiste à privilégier le développement des industries de base (sidérurgie, chimie)  à partir de ressources nationales ( pétrole, gaz , charbon), en espérant créer un un effet d’entraînement sur les industries de biens de consommation et d’équipement.  Il s’agit d’un développement autocentré. Adopté par la Chine à l’époque des « quatre modernisations » ou l’Algérie.

 

Certains pays comme les NPI asiatiques (théorie du vol des oies sauvages) et le Brésil se sont développés en procédant successivement à une  d’industrialisation par substitution des importations et une industrialisation par promotion des exportations.

 

La Chine dans les années 79-80 et  le Vietnam dans les années 90 ont fait le choix d’adopter ce modèle d’ouverture économique sans renoncer à leur modèle politique.

 

Certains pays n’ont pu faire valoir sur le marché mondial que leurs productions primaires comme la Côte d’Ivoire (café, cacao) ou les pays pétroliers. D’autres ont mis en avant leurs climats et leurs paysages. C’est le cas des Maldives par exemple.

 

Si  la Chine, les NPI, le Brésil, l’Inde peuvent être présentés comme de relatives réussites beaucoup de pays connaissent encore un retard important de développement. Les modèles de développement ont donc des succès inégaux. Pour ne donner que deux exemples, en Algérie, pays riche en gaz et en pétrole, les produits agricoles et de consommation représentent 80 % des importations et le chômage des moins de 30 ans est de 75 %.La  côte d’Ivoire après avoir connu un développement rapide «  miracle ivoirien » connaît depuis quelques années compte tenu de l’instabilité des cours ( au plus bas pour le café depuis 1965) et de la guerre civile, une baisse de son IDH.

 

Développement autocentré : Modèle dont le développement est basé en priorité sur les ressources et le marché national au détriment de l’intégration aux échanges internationaux.

 

Industrialisation par substitution aux importations : développement des industries destinées à satisfaire les besoins de la population locale en limitant les importations.

 

Industrialisation par promotion des exportations : développement d’activités destinées à satisfaire le marché mondial notamment en proposant à des prix compétitifs grâce à une main d’œuvre bon marché des produits dont la valeur ajoutée est allée en augmentant .

 

Conclusion : Au sujet des mondes en quête de développement c’est donc la complexité des situations qu’il faut présenter. Il n’y a pas un sud mais des suds, un tiers-monde mais des tiers-mondes. Le sous développement ne s’explique pas par une seule cause mais par la combinaison de différents facteurs. Il n’existe pas un modèle mais des modèles de développement avec des succès inégaux.

Dernière mise à jour : 03/10.