Un État et un espace en recomposition : la Russie.

 

Depuis le 8 décembre 1991, Fédération de Russie est le nom officiel de la Russie. C’est aujourd’hui encore, le plus vaste Etat  du monde avec 17 075 400 km². Cet Etat est ce qui reste de l’URSS, l’une des deux grandes puissances de la guerre froide. 

 

La recomposition de la Russie a-t-elle définitivement remis en cause sa puissance ?

 

I La recomposition post-soviétique.

a) a des répercutions sur le territoire ……..

L’éclatement de l’URSS en 1991 a fait perdre à la Russie un certain nombre de territoires. Sa superficie est passée 22 Millions de km²(URSS) à 17millions de km2 (Fédération de Russie). Cet éclatement a abouti à la formation de 15 nouveaux Etats dont la Fédération de Russie. Celle-ci ne comprend plus  un certain nombre de régions agricoles importantes : l’Ukraine (tchernoziom , climat propice à la céréaliculture, le grenier à blé de l’ex-URSS), l’Asie centrale (coton). Elle ne contrôle plus, non plus, les ressources énergétiques d’Asie centrale (une partie du pétrole de la Caspienne, Bakou en Azerbaïdjan). Par ailleurs, elle a perdu la maîtrise sur l’acheminement de certaines de ses ressources énergétiques exportées. Par exemple, 90 % des exportations de pétrole russe vers Europe passent par l’Ukraine. La Russie doit s’acquitter 600 millions de dollars de droits de transit chaque année. Enfin, certaines parties de la Russie sont en rébellion contre le pouvoir central. On peut citer la République de Sakha (ex-Yakoutie ) et surtout  la Tchétchénie qui a connu deux guerres 1994-1996 et 1999.

 

b)…… et la puissance de la Fédération de Russie.

La Fédération de Russie a le sentiment de perdre le contrôle de son proche étranger. Elle est désormais entourée d’anciennes démocraties populaires ou Républiques de l’Ex-URSS devenues membres de l’OTAN (La Hongrie, la Pologne et la République tchèque en1999, la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en mars 2009). La Moldavie, l’Ukraine et la Géorgie ont fait part de leur volonté d’intégrer l’organisation. De plus, depuis les attentats du 11 septembre 2001, les EU ont installé des bases en Ouzbékistan, Kirghizstan Tadjikistan et Géorgie pour lutter contre Al Qaida.

 

Les difficultés financières de la Russie ne lui permettent plus d’entretenir une armée puissante. L’état d’abandon des sous-marins nucléaires soviétiques dans le port de Mourmansk ou la tragédie du Koursk en sont l’illustration. Mais la Russie reste une puissance nucléaire majeure (la seconde).

 

Le poids démographique de la Russie est  remis en cause par son déclin dans ce domaine. La population Russe ne cesse de baisser147 millions en 1989, à 141 millions aujourd’hui. Cela est lié au solde naturel négatif  (–80000). La mortalité en Russie est forte (16%° alcoolisme, suicide, accidents) et la natalité est faible (10%°, ISF de 1.39 enfants par femme en âge de procréer). La baisse de la population est aussi liée à l’émigration d’un nombre croissant de Russes. Attention cependant, la baisse de population n’est pas généralisée sur l’ensemble du territoire. Certaines régions gagnent de la population : républiques du Caucase (croît naturel) et Moscou (phénomène migratoire). Les flux migratoires internes des régions périphériques de Sibérie orientale, d’extrême orient ou du Caucase  vers la Russie d’Europe sont relativement importants. Par ailleurs, Il convient de noter que  cette population est  inégalement répartie. Dans le triangle St Petersbourg-Rostov- Omsk, c'est-à-dire en Russie d'Europe, on trouve les plus fortes densités (+ de 50hab/km2). La Russie d’Europe représente 80 % de la population de la Fédération. On observe ensuite une  bande de peuplement au sud de la Sibérie et le long des grands fleuves. Ailleurs les 2/3 du territoire sont vides avec  moins de 1 hab/km2. L’armature urbaine  de ce pays est aussi très déséquilibrée. 10 des 14 villes de plus d’1 million d’habitants sont localisées dans la partie européenne. Le réseau urbain est largement dominé par Moscou (14 millions) et Saint-Pétersbourg ( 5 millions).

 

 

II Le territoire de la Russie est exposé à un certain nombre de contraintes mais il possède également de nombreux atouts.

 

Question : Le territoire de la Russie contribue-t-il à sa puissance ?

 

a) Les milieux peuvent être difficiles….

Du point de vue du climat, la Russie est un pays nordique et continental.85% du territoire se situe au nord du 50°N (la latitude de Dieppe ) et à l’exception des régions les plus proches de la mer Baltique ( nuances océaniques ) et  de l'océan pacifique ( plus humides que l'intérieur de la Sibérie sous l'influence de la mousson d'été), l’influence maritime est faible. L’amplitude thermique est donc forte. Les précipitations sont plutôt faibles. Il fait froid partout en hiver et chaud partout en été (les températures dépassent souvent 25°C en Sibérie).. Plus d’un tiers du territoire russe a des températures moyennes de janvier inférieures à –30°C. Au printemps, c’est la saison des « mauvaises routes » (Raspoutitsa).La fonte des neiges transforme les chemins en bourbiers. Dans le grand Nord le climat est polaire et dans les marges méridionales du pays, il y a des régions arides.

 

Le relief pose un problème lorsqu'il accentue le froid de l'hiver. L’Oural n’est pas un obstacle majeur mais les hautes montagnes situées dans la partie sibérienne du pays et dans le Caucase accentuent le froid hivernal et rendent les étés moins chauds. Les montagnes forment un arc de cercle périphérique qui isole la Russie des pays voisins.

 

On distingue en Russie quatre grands domaines bio-climatiques :

-          Le nord est le domaine de la toundra (formation végétale basse, mousses, lichens, adaptée au climat polaire).

-          La taïga (forêt boréale), principalement constituée de conifères et de bouleaux et la forêt mixte plus riche en feuillus forment la plus grande forêt du monde (2/3 du pays). Le bois est souvent évacué par flottage. Les sols bruns de la forêt mixte sont plus fertiles que les sols gris (podzol) de la taïga)..

-          A l’ouest, on trouve les Terres noires (Tchernoziom), célèbres pour leur fertilité.

-          Au Sud on peut trouver des régions plus aides couvertes par la steppe.

 

b)  Mais la Russie reste le plus vaste état de la planète…

Malgré l’éclatement de l’URSS sa superficie représente aujourd’hui 17 M km2 (30 fois la France). Le pays s’étend sur 11 fuseaux horaires, 10 000 kms d’Ouest en Est.

 

c) ,elle possède de nombreuses ressources….

Les sols sont très fertiles dans le triangle utile : « les Terres Noires » ou « tchernozium ou tchernoziom », ce qui permet le développement de l’agriculture. Les ressources du sous-sol sont nombreuses et importantes. Certains gisements situés dans la partie européenne sont en cours d’épuisement.( Ex Donbass)  d’autres sont en plein développement. En Sibérie, on trouve  80% du charbon (Kouzbass + réserves de Sibérie orientale) L’Oural est riche en fer d’une telle teneur qu’on observe une AMK (anomalie magnétique de Koursk). Il y a également des réserves de fer en Sibérie (Iakoutie).On trouve également en Russie une grande quantité des minerais non ferreux.

De plus, en Sibérie centrale, le coût de l’hydroélectricité est si faible qu’on hésite plus à importer de la bauxite de Guinée pour y produire de l’aluminium. C’est un aspect de l’intégration dans la mondialisation. Enfin et surtout avec 13% des réserves mondiales de pétrole  et 45 % des réserves de gaz. La fédération de Russie est l’un des principaux fournisseurs d’hydrocarbures au monde. (Bakou I, II et III).L’exportation de toutes ces ressources procure à la Russie des devises.

 

d) dont l’exploitation n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes.

Mais leur exploitation est souvent difficile et coûteuse compte tenu des conditions climatiques et de l’éloignement. Les infrastructures de transport sont souvent insuffisantes.  Enfin, les abus industriels, le gaspillage et le manque de précautions ont des conséquences dramatiques : 30 % des eaux destinées à la consommation sont impropres, 20 % des sols sont contaminés et la radioactivité est préoccupante sur de nombreux sites nucléaires.

 

III La Fédération de Russie souhaite donc maîtriser son territoire et son «  proche étranger » pour rester une grande puissance. 

a)     Elle tente de contrôler  son proche étranger. ( HS)

C’est pour cette raison que fut créée la CEI (Communauté des Etats Indépendants) en 1991. Celle-ci regroupe 12 des 15 Etats issus du démantèlement (les Etats Baltes n’en font pas partie). Elle essaye de déstabiliser certaines de ses voisines en soutenant les minorités (arméniens du Haut Karabakh en Azerbaïdjan, Abkhazes et les Ossètes en Géorgie), et les partis russophiles (comme en Ukraine dans le contexte de la Révolution Orange). Elle est d’ailleurs intervenue en Géorgie en 2008 pour soutenir les mouvements séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Lorsque des tensions apparaissent avec l’OTAN et les pays de l’Union européenne, la Fédération de Russie menace de disposer des têtes nucléaires dans son enclave de Kaliningrad.

b)     Elle mène donc une géopolitique des tubes et des hydrocarbures.

Même si l’économie planifiée et collectivisée a été abandonnée (aujourd’hui plus de  70 % du PIB Russe est réalisé par des entreprises privées), l’Etat a conservé le contrôle de certains secteurs stratégiques comme l’énergie. Ainsi une entreprise comme Gazprom est dirigée par des oligarques fidèles à Vladimir Poutine et au Président actuel Dimitri  Medvedev. La Russie utilise donc les hydrocarbures comme moyen de contrainte. Elle menace régulièrement l’Ukraine d’augmenter le prix de son gaz et elle rappelle à l’UE qu’elle dépend pour 20% de sa consommation en hydrocarbures des importations russes. Lorsque le contrôle des conduites qui acheminent ses hydrocarbures est menacé par des conflits séparatistes ou par l’hostilité de pays voisins, la Russie cherche à créer de nouvelles conduites et de nouvelles ouvertures (dérivation Bakou-Novorossisk pour éviter la Tchétchénie, oléoduc Samara-Novorossisk pour ne pas dépendre que de l’Ukraine, terminal gazier à Primorsk, développement du port de Mourmansk, projet de gazoduc sous marin en collaboration avec l’Allemagne et la Finlande.) 

Oligarques : hommes d’affaire puissants

Pour information, Gazprom est une société par action contrôlée par l’Etat qui possède 16 % des réserves mondiales de Gaz.

 

c)     Elle cherche à développer les transports.

Le treillage du territoire russe est inégal. Le réseau de voies de communication terrestres est essentiellement organisé en étoile autour de Moscou. La navigation fluviale est importante en Europe (Volga et réseau des 5 mers [Réseau de voies navigables mettant en relation mers baltique, blanche, noire d’Azov et Caspienne]), mais ne peut être que limitée en Sibérie, où les fleuves restent gelés trop longtemps et ont une orientation Nord-Sud, alors que les flux économiques sont plutôt Est-ouest. Le seul axe structurant le territoire est le Transsibérien achevé en 1914, complété dans les années 1970 par le BAM (Baïkal Amour Magistral). Ce réseau est désorganisé et vétuste car mal entretenu alors que les conditions climatiques rendent nécessaire un entretien soutenu. L’avion permet d'intégrer des espaces périphériques comme la Sibérie, mais les appareils comme les aéroports sont vétustes.

On note donc l’insuffisance des moyens de transport en Russie même si les travaux d’élargissement et de modernisation du BAM se poursuivent.

                                                                                                                                      

d)     De nouvelles logiques d'organisation de l'espace.

 

La Russie d’Europe est un  espace central et dominant. Elle concentre l’essentiel des hommes des activités et des capitaux.

Elle est fortement métropolisée avec en particulier Moscou (14 millions d’habitants) et Saint-Pétersbourg ( 5 millions), mais aussi des villes de la Volga (kazan, Samara, Volgograd). Dans Moscou se concentrent les pouvoirs politiques, économique (20 % de la production de richesse nationale). La ville est  essentiellement tertiaire. Elle reçoit 50 % des investissements étrangers en Russie. C’est aussi à Moscou que se manifeste l’enrichissement d’une nouvelle élite russe. Cette Russie d’Europe possède un réseau de communication dense et assez complet (système fluvial des cinq mers).On trouve une région industrielle importante en reconversion autour de la Volga.

Les périphéries intégrées de Sibérie occidentale, le long du transsibérien.

-          L’Oural, ancienne région d’industries lourdes, est aujourd’hui en crise. Les ressources s’y épuisent et la reconversion est difficile.

-          La Sibérie occidentale et méridionale, le long de l’axe du transsibérien regroupe 80 % de la population de Sibérie et se consacre à la production agricole et à l’exploitation des ressources du sous sol en particulier dans la région de Bakou III entre Ob et Ienisseï.

Les périphéries éloignées, des réserves souvent délaissées du Sud du Nord et de l’Est.

-          Dans le grand nord,  la Sibérie orientale et l’Extrême-Orient,  les matières premières sont abondantes, mais leur extraction est difficile et coûteuse.

-          On observe le dynamisme relatif de la façade littorale avec le port de Vladivostok, principale base navale russe du pacifique, qui cherche à développer  la coopération avec la Chine et éventuellement le Japon.

-          Dans ces régions les soldes migratoires sont négatifs.

-          Il y a des tentations sécessionnistes comme dans le nord du Caucase.

 

Conclusion :

Depuis 1991, certains éléments de la puissance de la Russie sont remis en cause. Sa superficie est réduite, son poids démographique est amoindri. La Russie ne maîtrise plus certaines ressources ou certains accès. Son PIB est relativement faible. Son armée a perdu de sa superbe. La Russie n’est donc plus une superpuissance. Mais le déclin de la Russie est loin d’être total. Ses ressources restent nombreuses même si les capacités de transport sont insuffisantes dans un espace ou la maîtrise du territoire est un défit permanent. La Russie reste une puissance nucléaire. Enfin, on observe une adaptation de la Russie aux nouveaux enjeux logistiques. Si certaines interfaces sont en déclin d’autres ouvertures se développent. La Russie d’Europe témoigne d’un certain dynamisme, Moscou en particulier attire des investissements et de la population. Des infrastructures de transport sont construites ou en projet. De nouvelles fenêtres sur le monde se développent.

A ce titre l’espace Russe peut-être considéré comme un espace en recomposition.