Les enjeux de la construction européenne depuis 89.
I 1989-2004 :
Dans le contexte de l’implosion de la zone d’influence soviétique à l’est,
poursuite et limites de l’intégration à l’ouest.
a) L’intégration économique se poursuit …..
En Europe de
l’ouest, la construction économique se poursuit. En 1992 est
adopté le traité de Maastricht. En 1993, le marché commun issu du Traité de Rome devient un marché unique sans frontières
intérieures avant 1993. En 1999 est
créée une monnaie unique, l’Euro. La
Banque centrale européenne (BCE) dont le siège est à Francfort est
établie. Elle est indépendante des
gouvernements, elle définit la politique
monétaire et veille à la stabilité des prix. En 2002, les euros entrent en
circulation dans 12 pays (16 depuis janvier 2009).
La libre
circulation des personnes se met progressivement en place. Les accords de
Schengen signés en 1985, rentrent en vigueur en 1995. Ils permettent une
libre circulation entre 8 puis 13 des 15 pays membres à l’époque et un
renforcement des contrôles aux frontières extérieures. (Ils concernent aujourd’hui
22 pays et 3 états associés). La politique
agricole commune est réorientée pour devenir moins productiviste et plus
conforme au principe de développement durable. Une remarque cependant doit être
faite ici. A quelques exceptions près (Galileo), l’Union européenne n’a pas de
politique industrielle commune.
Marché commun : non donné à
l’Union douanière de la CEE.
Union
douanière : zone de libre échange tarif extérieur commun
Marché
unique : Union douanière avec libre circulation des hommes et
des capitaux
b) ……
l’intégration politique également.
Le traité
de Maastricht renforce l’intégration
politique. L’Union européenne est créée et ses compétences sont
élargies, mais le traité de Maastricht n’a pas abouti pour autant à la
formation d’une véritable fédération. C’est tout au plus une fédération d’Etats- Nations. (Jacques
Delors).Certes les Etats se soumettent aux décisions communautaires dans
certains domaines (commerce, monnaie, agriculture, la pêche, le
transport). Dans d’autres, s’applique également le principe de subsidiarité.
Mais des domaines importants échappent encore à la supranationalité. La
répartition des pouvoirs dans les institutions européennes donne le sentiment
qu’elles souffrent encore d’un déficit démocratique même si les traités
d’Amsterdam (1997) et de Nice (2000) renforcent le rôle du parlement.
Principe de
subsidiarité : l’Union européenne n’intervient que si
l’action isolée d’un état membre se révèle insuffisante pour atteindre les
objectifs.
c) Mais cette
dernière connaît quelques limites.
L’Union européenne n’a toujours pas alors de politique
étrangère et de sécurité commune (PESC). Elle se révèle impuissante à intervenir en ex-Yougoslavie à deux reprises (1990-1995 dans les guerres qui opposent
les Serbes aux Slovènes, aux Croates, et aux Bosniaques (dire plutôt Bosniens)
et en 1999 au Kosovo. Elle est
également divisée en 2003 sur la question de l’intervention en Irak aux cotés
des Etats-Unis.
II 2004-2009 : une Europe en devenir et en
question.
a) La poursuite
de l’élargissement ….
Après une
première vague occidentale d’élargissements (1990 : intégration des landër de l’ex- RDA, 1995 adhésion de la Finlande, l’Autriche
et la Suède) l’implosion de la zone d’influence soviétique permet un
élargissement à l’est. En 2004, 10
pays rejoignent l’Union européenne : Estonie, Lituanie, Lettonie, Pologne,
République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Chypre, Malte. La plupart
d’entre eux appartenaient au bloc de
l’est. En 2007, c’est au tour de la Roumanie et de la Bulgarie. Ils
répondent aux critères d’adhésion définis à Copenhague en 1993 : appartenance
géographique, respect et garantie des libertés fondamentales et du droit des
peuples, acceptation de tous les textes communautaires.
Il est à
noter que parmi ces Etats, un certain nombre d’anciens pays du Pacte de
Varsovie adhèrent à l’OTAN :
la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en1999, la Bulgarie,
l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie
en 2004. Cela renforce donc le poids de l’Europe
atlantiste.
b) …. suscite quelques
questions.
Elles
concernent les avantages espérés de l’élargissement : une extension
en Europe de l'aire de prospérité et de paix créée par l’Union
Européenne. Un développement du marché européen qui passerait de 375
millions de consommateurs à 500
millions. Une augmentation du poids de l’UE sur la scène internationale.
Mais elles
sont aussi le reflet de quelques craintes : le coût exagéré
de l' aide au développement de pays dont le niveau de vie en moyenne est de 23
% inférieur à la moyenne communautaire, la nouvelle répartition des aides
de l’Union européenne au bénéfice des nouveaux états membres, la délocalisation
des activités industrielles à valeur ajoutée faible ou moyenne vers ces pays,
le développement des phénomènes migratoires.
Enfin se pose la question des
limites géographiques de l’expansion de l’UE : quand la Croatie pourra-t-elle
intégrer l’UE ? La Turquie a-t-elle vocation à faire partie de l’UE ?
L’Union méditerranéenne peut –elle fournir une alternative à l’adhésion
de certains états.
Union méditerranéenne : Cette organisation qui
aurait une dimension politique sans concurrencer les institutions européennes,
favoriserait la coopération des états européens dans les domaines de l'eau, de
l'environnement, du transport et de l'énergie.
c) La réforme
des institutions européennes nécessaire est également à l’origine de débats.
Les interrogations
portent d’abord sur l’organisation
politique de l’Europe de demain. Doit-elle être plus fédérale ou les
souverainetés nationales doivent-elles êtres maintenues ? Trois visions de
l’Europe peuvent alors être distinguées : une vaste zone de libre échange à
plusieurs vitesses (Schengen, Euro). (Principe souvent défendu en GB et au
Danemark au nom du libéralisme économique et d’un certain attachement à la
souveraineté nationale), constitution d’une fédération européenne avec
la mise en place d’un gouvernement européen (Etats-Unis d’Europe). (Thème
souvent développé en Allemagne), une Europe
des nations sans transfert de compétences supplémentaires. (C’est une
vision de l’Europe défendue par les souverainistes de France et d’ailleurs sur
le continent).
Confédération d’Etats : certains domaines sont de la
responsabilité européenne d’autres des Etats.
Supranationalité : principe qui caractérise une organisation placée au
dessus des institutions nationales et dont les décisions s’imposent aux Etats
membres.
Souverainistes : partisan de la défense de la souveraineté nationale,
de la compétence des Etats.
La question
se pose également du modèle économique et social de l’Union européenne de
demain. Est-on en train d’abandonner le modèle
socio-économique européen ? L’Union européenne de demain sera-t-elle uniquement
un espace économique où domineront des logiques
libérales soucieuses de
compétitivité à l’échelle mondiale ? Peut-on maintenir un haut niveau de prestation
et de protection sociale pour
garantir de bonnes conditions de vie pour le plus grand nombre de ses
ressortissants ?
d) Mais la
construction européenne ne peut se poursuivre sans le consentement des
européens.
En 2005, ces
sujets sont débattus à l’occasion du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen.
Mais les français (29 mai 2005) puis les néerlandais (juin 2005) se prononcent
contre cette proposition. Face à cette
opposition est rédigé le traité de Lisbonne, dit « traité simplifié »
(signé le 13 décembre 2007). Il est alors présenté comme un moyen de renforcer
la démocratie et l’intégration plus dans l’Union européenne. Il prévoit :
un pouvoir de codécision du Parlement européen élargi (justice, affaires intérieures), un droit
d’initiative populaire pour les européens, une double majorité qualifiée
pour adopter un plus grand nombre de questions, la nomination d’un président du
Conseil européen pour deux ans , la nomination d’un haut-représentant
pour la politique étrangère, une valeur juridique pour la charte
européenne des droits de l’homme sauf au Royaume-Uni. Cependant, les
Irlandais se sont prononcés le 12 juin 2008 contre ce traité.
Conclusion :
Finalement
en 2009, même si les processus d’intégration, d’approfondissement et
d’élargissement sont très avancés, se posent encore un certain nombre de
questions présentes dès le début de la
période étudiée. Par exemple, Robert Schuman et Jean Monnet parlaient souvent
d’Etats-Unis d’Europe. On constate aujourd’hui que le sujet divise encore les tenants d’une
Europe fédérale et les partisans du maintien des souverainetés nationales. La
guerre froide est terminée pourtant l’extension d’une Europe atlantiste vers
l’est suscite quelques interrogations en particulier lorsque l’Europe est
divisée face à la politique étrangère américaine. Dans le contexte de la guerre froide, le
modèle Européen pouvait sembler alternatif en conciliant économie de marché et
politique sociale. Ce modèle doit-il s’effacer maintenant que le bloc
soviétique s’est effondré ? Un certain nombre d’enjeux traversent donc
l’histoire de l’Europe de 1945 à nos jours. Si certaines questions restent en
suspens, un acquis demeure : la paix.
Dernière
mise à jour : 03-09