1970-2008
: l'affirmation d'un ou de plusieurs islamismes ?
L'islam
est une des principales religions monothéistes. Les fidèles de l'islam sont des
musulmans. Cette religion est basée sur le coran (révélation
divine) et sur la sunna (tradition - les faits du prophète Mahomet) les hadiths
( dires du prophète). Le fondamentalisme désigne la volonté de revenir
aux textes fondateurs de l'islam. L'islamisme est un projet totalitaire
qui vise à créer, après un processus de ré islamisation, une société dans
laquelle, l'économie, la politique, la culture seraient déterminées par les
fondements de l'islam. Il convient donc de ne pas confondre islam et islamisme,
musulmans et fondamentalistes, fondamentalistes et islamistes. L'islamisme est
un projet qui vise à partir du pouvoir d'État à créer un système politique
totalisant qui gérerait tous les aspects de la société, de l'économie en
s'appuyant sur les seuls fondements de l'Islam et en refusant le pluralisme
politique (Olivier Roy). L'islamisme vise également à ré islamiser la société.
Le projet islamiste
n'est pas nouveau, il se développe déjà en 1920-1930 dans le contexte de la
colonisation ( Frères Musulmans en Égypte 1928-après l’éviction de dignitaires
religieux en Turquie dans le processus de laïcisation). Dans les années 70,
de nouveaux mouvements apparaissent et en 1979 a lieu une révolution islamiste
en Iran. En 1990, la monarchie saoudienne gardienne de la terre sainte de
l'islam, accepte la présence de troupes occidentales sur son sol. Enfin, le
11 septembre 2001, les États-Unis sont victimes d'une attaque terroriste organisée
par une organisation internationale Al-Qaida. Dans le même temps, on assiste
à une augmentation du nombre de musulmans dans le monde et à un regain du
sentiment religieux.
Problématique : Assiste-t-on à l'affirmation de
l'islamisme dans le monde ? Peut-on parler d'un islamisme ? Ce terme
ne désigne-t-il pas, en réalité, des projets différents dans leurs fondements
et dans leurs objectifs ? Pendant la période qui nous intéresse, les
islamistes parviennent-ils à réaliser leur projet ? Le processus
d'islamisation ne cache-t-il pas un échec politique de l'islamisme ?
I
1970-1996: les progrès de l'islamisme. Les succès initiaux de l'islamisme.
a) Un
contexte favorable au développement de l'islamisme.
Théorisé par
des idéologues dans les années 60 ( Mawdoudi (Pakistanais), Qotb (Égyptien),
Khomeini ( Iranien), le mouvement islamiste ne s'implante dans les sociétés que
dans les années 70 ,notamment dans le contexte des guerres israélo-arabes
(1967-1973). C'est également la période au cours de laquelle les régimes issus
de la colonisation commencent à s'user car ils sont accaparés par une minorité
( Égypte, Syrie, Arabie Saoudite) et les modèles occidentaux de développement
choisis échouent( socialiste en Égypte et en Algérie; capitaliste en Iran).
Enfin, la base de ces sociétés subit la crise économique des années 70.
b) La
révolution iranienne.
En 1979, a
lieu la révolution iranienne chiite. Le shah d'Iran Reza Palavi, allié des
américains, est contraint à l'exil. L'ayatollah Khomeyni fait son retour. Le
"guide de la révolution" donne les orientations de l'État, une
assemblée et un président élus se chargent de les appliquer. Mais les femmes
sont voilées et la charia est appliquée.
Charia
: loi islamique
qui s'applique au droit des personnes (mariage, héritage, statut de la femme)
comme au droit pénal et public, qui prévoit des peines contre les crimes
religieux.
Chiisme
: 10 % des
musulmans, estiment que le califat appartient de droit aux descendants du
prophète et n'acceptent pas l'éviction d'Ali le gendre du prophète, assassiné
en 661. Dans le chiisme , l'imam et les ayatollahs, sans constituer un clergé,
conduisent la communauté des croyants.
c) Le
conservatisme saoudien.
En Arabie Saoudite, la dynastie saoudienne est gardienne des lieux saints ( La Mecque et Médine). Elle met sa fortune au service d'une conception conservatrice des rapports sociaux, elle exalte le rigorisme moral selon les principes du Wahhabisme ( Ibn al Wahhab -1703-1791).
Wahhabisme
: islam sunnite
puritain.
Sunnisme
: représente la
grande majorité des musulmans. Le sunnisme reconnaît la succession califale
après Ali. Le sunnisme est divisé en quatre écoles qui n'accordent pas la même
importance au Coran, à la Sunna et aux Hadiths.
Conclusion
: dès la fin
des années 70, on observe donc que le mouvement islamiste est au moins double.
d) La
formation de nombreux mouvements islamistes chiites et islamistes.
Les chiites
iraniens cherchent à 'exporter la révolution islamique en soutenant la
formation de mouvements islamistes au Proche et au Moyen-Orient ( Création du
mouvement Amal en Syrie ; formation du Hezbollah, Djihad islamique (
responsable des attentats contre des marines américains et des parachutistes
français à Beyrouth -1983) au Liban ; parti de l'unité , regroupement de
huit partis chiite en Afghanistan).
Face au processus d'expansion de la Révolution iranienne, l'Arabie Saoudite pratique une forme de containment. On voit ainsi apparaître des groupes sunnites radicaux dans le monde entier : ( takfir wal Hijra, Gama' at Islamiyya et le Djihâd islamique ( assassinat de Sadate au Caire en 1981) en Égypte ; apparition dans les années 80 du Hamas chez les Palestiniens, naissance du FIS ( Front islamique du Salut) en Algérie entre la fin des années 70 et 1988. En 1991, à la suite de son interdiction, le FIS bascule dans le terrorisme.) Ce terrorisme se manifeste en France en 1995.
En
Afghanistan, en 1992, les moujahidines afghans prennent le pouvoir. C'est le
début d'une période de désordres sanglants. En 1996, les talibans (étudiants en
religion) prennent le pouvoir .Ils sont soutenus et financés par le Pakistan et
apparaissent comme un recours pour rétablir l'ordre. Mais à leur tour, ils se
rendent coupables de nombreuses vexations contre les femmes et d'exécutions
sommaires.
Dans le même
temps, certains de ces moujahiddines quittent l'Afghanistan pour la Bosnie,
l'Algérie et l'Égypte. Ils internationalisent ainsi le jihad.
Jihad
: guerre
sainte.
Moujahid
ou moudjahiddine : militant des mouvements nationalistes ou islamiques.
Mouvement
jihadiste :
mouvement qui mène la guerre sainte (jihad) contre l'occident ou contre les
dirigeants musulmans considérés comme des traîtres.
Enfin en
1989, les militaires instaurent un régime autoritaire islamiste au Soudan.
Conclusion
: cette
première phase est donc caractérisée par une expansion dans un contexte
favorable de l'islamisme. Il est déjà clair que l'islamisme est divisé. Mais
cela n'empêche pas alors la multiplication des mouvements et même
l'établissement ou le maintien d'États islamistes ( Arabie Saoudite, Iran,
Soudan, Afghanistan)
II
1996-2006: Les résultats contrastés de l’Islamisme.
a) les progrès
de l’islamisme et les nouveaux moyens d’expansion.
-
Les
progrès de l’islamisation de certaines sociétés.
Dans un
certain nombre de pays où la majorité de la population est musulmane mais où le
régime est séculier pour ne pas dire laïque dans les faits, les femmes jusqu’à
la fin des années 90 adoptaient un mode de vie de plus en plus occidental.
Or, on assiste dans ces sociétés à une progression du voile. Par exemple, en
Egypte après avoir incarné une danseuse orientale dans « Dounia » la
star du grand écran Hanane Turk s'est voilée et a appelé à l'iranisation du
cinéma égyptien.
Les moyens
de diffusion de la ré islamisation :
Le
Tabligh : C'est
une association fondée en 1926 en Inde pour ramener à une stricte pratique de
l'Islam. C'est une organisation pacifique et apolitique qui se distingue par
son rigorisme. En ce sens elle est plus fondamentaliste qu'islamiste. Elle mène
un important travail de prosélytisme.
Le
financement des activités islamistes : L'Arabie Saoudite finance des
associations cultuelles et des projets dans le but d’une réislamisation des
sociétés et d’un retour à une pratique plus rigoureuse.
-
En
Afrique, les progrès de l’islamisme.
La Charia a été imposée dans le nord du
Nigeria mais l’ensemble du pays n’est pas islamisé. Désormais, ce sont des
mouvements qui se font appeler les « tribunaux islamiques » qui tentent
de contrôler la Somalie.
-
Une
tendance à la radicalisation : de l’islamisme au néo-fondamentalisme.
Ben Laden a
exploité la présence sur le sol de
l’Arabie Saoudite de soldats américains pour délégitimer la dynastie des Saoud
responsable en principe des lieux saints.
Ben Laden incarne
alors un islamisme qui se coupe d'une base strictement nationale et qui associe
des islamistes recrutés dans le monde entier. En 1988, est créée Al-Qaida
( la base), une structure informelle qui regroupe 24 organisations. Lors des attentats du 11 septembre 2001,
Al Qaida était présente dans 40 pays. Donc, un nouvel islamisme se développe
sous la forme d'un réseau terroriste mondialisé. On observe cependant que
le discours politique d'Al-Qaida est très limité, il n'y a d'ailleurs dans
ce domaine aucun projet précis. L'islamisme d'Al-Qaida repose sur un rejet
de l'occident incarné par les États-Unis et sur une mise en accusation des
monarchies pétrolières. En ce sens, l'expression néo-fondemantalisme
semble mieux à même de définir l'organisation d' Oussama Ben Laden.
b) Les
échecs relatifs de l’islamisme politique.
- Un nombre d’Etats islamistes qui
n’augmente pas.
Le 7 octobre 2001, l'intervention de la coalition
internationale menée par les États-Unis en Afghanistan entraîne la chute du
régime des talibans qui abritait Ben Laden.
C'est
aujourd'hui l'Etat voisin, le Pakistan qui suscite des inquiétudes.
Le Général Pervez Musharraf, longtemps proche des islamistes,
s'est rapproché
- La normalisation de certains mouvements islamistes.
Un autre phénomène est intéressant à observer. C'est l'évolution du parti islamiste turc. En 2002, le parti islamique turc AKP ( parti de la justice et du développement) obtient 30% des voix aux élections législatives. Il dirige, depuis, le pays sans remettre en cause la laïcité mais en envisageant une modification du code de la famille.Ainsi, dans un état, la Turquie, un parti islamiste non radical peut devenir un parti de gouvernement. Autre exemple, au Maroc actuellement, on assiste à l'affirmation du PJD ( parti de la Justice et le développement) présenté comme un parti islamiste modéré qui prétend lutter contre la corruption et réislamiser la société mais qui ne revendique pas l'application de la charia.
c) Les
incertitudes concernant les résultats de la lutte contre le terrorisme
international.
En
Afghanistan, les tensions redoublent et des affrontements opposent
régulièrement des troupes de la coalition à des talibans.
L’un des arguments pour
l’intervention américaine en mars 2003 contre l'Irak était la lutte
contre le terrorisme international. Saddam Hussein était suspecté de soutenir
certains groupes terroristes. Depuis sa
chute, effectivement en Irak se sont développées des organisations liées à
Al-Qaïda. La mort en Irak en juin 2006 de l’« émir suprême », Abou Moussab
al-Zarqaoui qui s’était imposé comme figure du réseau terroriste, le démontre.
Ensuite, la lutte contre le terrorisme international n’a pour
l’instant pas réussi à mettre à l’abri les sociétés occidentales face aux
attentats suicides comme le prouvent les attaques du 11 mars 2004 à Madrid
et celles du 7 juillet 2005 à Londres.
Conclusion
: Paradoxalement,
alors qu'on observe un double phénomène d'expansion de l'islam et de ré islamisation
des sociétés, on constate que le projet politique des islamistes est loin
d'être réalisé. Certes, des États islamiques sont apparus. Des mouvements
islamistes ont également été crées. Certains d'entre eux se sont radicalisés
en développant l'action terroriste. Seulement le projet d'établir un État
et une société sur les bases de principes fondamentalistes ne s'est réalisé
que dans un nombre réduit d'États. L'un d'entre eux est, d'ailleurs, tombé
récemment à la suite de la "croisade" contre le terrorisme international
lancée par les E-U. Certains mouvements se sont normalisés et semblent s'intégrer
dans les paysages politiques nationaux. D'autres se sont organisés en nébuleuse
néo-fondamentaliste rejetant le monde occidental et laissant au second plan
le principe politique de l'islamisme. L'islam n'est pas uniforme,l'islamisme
ne l'est pas plus. Dès les années 70-80, on observe qu'il est divisé en au
moins deux pôles : iranien et saoudien. Aujourd'hui également, Al-Qaida
n'est pas la seule expression de l'islamisme. Pour Georges
Mutin , si l'Etat islamique reste un mythe , la contestation islamiste est
une réalité .
Bibliographie :
Du Maghreb au Moyen-Orient : un arc de crises , Georges
Mutin , la Documentation photographique n° 8027 .
Boustani , R et Fargues Ph : Atlas du monde arabe ,
géopolitique et société , bordas 90 .
Olivier. Roy, Généalogie de l'islamisme, Hachette,
1995.
Gilles Kepel,Jihad, expansion et déclin de l'Islamisme,
Gallimard, 2000.
Gilles Kepel,Fitna ,
Gallimard, 2000.