Origines, manifestations et conséquences du développement des échanges de biens culturels dans le contexte de la mondialisation.
Pb : Quelles sont les causes, les aspects et les conséquences du développement du marché mondial de biens culturels ?
I Le
développement des échanges de biens culturels s'explique par .....
a) l'invention et la diffusion de nouveaux moyens de communication.
La télévision, par exemple, est mise au point pendant la seconde
guerre mondiale, or dès 1969, le pas du premier homme sur la lune
est observé par 700 millions de téléspectateurs dans le monde. Il est
intéressant de noter que les Etats sont à l'origine du développement des moyens
d'échanges de biens culturels. Par exemple, En 1958, l'ARPA ( advenced Research
projet agency) est créée par le Pentagone pour
financer des recherches sur les nouvelles technologies de l'information. Ces
fonds sont versés à de grandes universités comme le MIT (Massachusetts Institut
of Technology) ou Stanford.
Ainsi en 1969 a lieu la première liaison à distance entre deux
ordinateurs (ARPAnet) entre Stanford
et UCLA en Californie. Internet est né. Dans la deuxième moitié des années 80 , Internet s'ouvre au
public.
b) des stratégies mondiales d'entreprises multinationales.
Les entreprises sont d'importants acteurs du marché de biens culturels. L'industrie cinématographique américaine a produit 699 films en 2005. Il est à noter que la commercialisation de biens de consommations peut également entraîner la diffusion de modes de vie. Si Coca Cola est implantée en Europe depuis la période d’avant guerre ( le " Fanta " ( Fantasiegetränk) est mis au point par le distributeur de Coca dans l'Allemagne Nazie qui ne parvenait pas à s'approvisionner en extrait du fameux soda), c'est à partir de 1945 que sa stratégie de développement devient mondiale. La firme participe ainsi à la promotion dans le monde de l'American way of life. C'est certainement à cause d'elle que les plus crédules d'entre nous sont persuadés que le Père Noël s'habillle de rouge ( campagne SUNDBLOM-1931)
c) les tentatives de libéralisation dans le domaine de l’échange de bien culturels.
Certaines organisations comme l'OMC promeuvent l'ouverture aux importations des marchés de biens culturels. Dès 95 fut négocié l'AMI ( Accord Multilatéral sur l'investissement). Cet accord visait à libéraliser tous les investissements, à l'exception du domaine de la police et la défense nationale. Il avait pour objet d'accorder à tout investisseur étranger dans un pays membre de l'OCDE les mêmes droits que les investisseurs nationaux. La France se retira de ces négociations en 1998 pour faire échouer le projet. L'AGCS ( accord général sur le commerce des services ) qui est le résultat des accords de Marrackech (1994), cherche à étendre aux services et aux produits culturels le principe de libéralisation des échanges.Pour l'instant les produits culturels restent une exception dans les échanges internationaux.
OMC : Organisation mondiale du commerce (Genève) L'OMC veille à la mise en œuvre des accords commerciaux conclus dans le cadre du GATT.
II Les aspects du développement des
échanges de biens culturels.
Assiste-t-on à une augmentation des échanges de biens culturels ?
a) Définitions.
Selon l'UNESCO, les biens culturels sont des biens de consommation, véhiculant des idées, des valeurs symboliques et des modes de vie qui informent ou distraient, contribuant à forger et à diffuser l'identité collective en influençant les pratiques culturelles.
Robert Rochefort distingue à ce titre trois types de produits mondiaux. Les produits standardisés et anonymes car on ne sait plus bien à quelle culture ils appartiennent (la frite- Belgique 1781 ?- France 1789 ?). Les produits standardisés mais marqués par un imaginaire fort ( le Coca-cola). Les produits non standardisés ,clairement identifiés à une culture précise et largement diffusés ( les nems).
b) L’augmentation
des échanges de biens culturels.
La consommation mondiale de biens culturels est passée par exemple de 100
000 millions de $ en 1980 à 390 000 millions de $ en 1998. Mais l'ensemble
du monde ne participe pas de façon égale à ce réseau de communication : la
carte des flux des biens culturels est également le reflet de l'inégal
développement. Ainsi en 1998, la consommation de biens culturels dans
les pays en développement représentait 100 000 millions de $ et 290 000 de $
dans les pays développés.
III En résulte-t-il une mondialisation de la culture ?
a) La théorie du village
planétaire.
Pour Marshall McLuhan en 1968, un village
planétaire ( global village)
caractérisé par la constitution d'un réseau mondial de communication réunissant
tous les hommes au delà des différences linguistiques et culturelles, était en
train de se former. Cependant, aujourd'hui une fracture numérique demeure dans le monde. Sur 1.4 milliards d'internautes dans le monde ( 2008) seulement 111 millions sont africains.
McLuhan (Herbert Marshall) Sociologue canadien (1911 - 1980), il fut un spécialiste de la communication et des médias. Il est à l'origine de l'expression "village planétaire" car selon lui nous sommes au seuil d'un système comparable à un village où tout le monde participe. Pour lui également, les moyens de communication modernes remettent en cause la suprématie de l'écrit. Ces théories furent sujettes à polémiques. Parmi ces ouvrages, on peut citer : la Galaxie Gutenberg, le Village Planétaire
b) La
crainte d’une uniformisation culturelle.
Les capacités de diffusion des Etats-Unis peuvent faire craindre un processus
d'uniformisation culturelle par un développement de l'American way of life. Près de 3/4 des images projetées
sur les petits et les grands écrans de la planète proviennent des Etats-Unis.
c) Les
limites du processus d’uniformisation culturelle.
Nous l’avons démontré en géographie, se maintiennent dans le monde des aires de
civilisation, des identités nationales ou régionales (voir leçon sur les aires
de civilisation). Il existe dans le monde d’autres pôles de création culturelle
à large diffusion. Par exemple, l'industrie cinématographique indienne (Bollywood) a produit plus de 1000 films en 2006 ( UNESCO) contre moins de 500 pour les EU ( 2006). Il est vrai que
l'aire de diffusion de ces films est plus réduite même si elle est
internationale.
En outre, il existe des résistances au processus d’uniformisation culturelle. Depuis, les négociations du GATT (General Agreement on Tarifs and Trade - ancêtre de l’OMC) sur la libéralisation du marché des services et des biens culturels, la France a défendu les principes d’exception puis de diversité culturelle. Ce statut protège les productions culturelles européennes et permet également de les financer en appliquant des taxes aux productions cinématographiques importées d’outre-atlantique. Grâce à ce soutien, en dix ans le nombre de longs métrages produits dans l’Union européenne a augmenté de 26 % et de 73 % en France (798 films dans le UE en 2005 dont 240 en France) . La part du film américain a diminué de 5 %. Le cinéma américain finance ainsi indirectement 75 % de la production audiovisuelle européenne.
Conclusion
: De
nouveaux moyens de diffusion, la libéralisation des échanges dans ce domaine et
les stratégies de grandes firmes ont provoqué le développement du marché de
biens culturels. On assiste donc à un phénomène de mondialisation de la
culture. Mais cette expression peut être comprise de plusieurs
façons :
- La diffusion dans le monde de pratiques culturelles originaires du monde
entier.
- La croissance des échanges mondiaux de biens culturels.
- Un processus d'uniformisation culturelle.
Ce dernier processus connaît malgré tout des limites.
Bibliographie
:
Robert
Rochefort, Les cultures locales survivent à la standardisation de la
consommation in Le Petit économiste illustré, Bréal, 2002.
Daniel Fleutôt (sous la direction de), Sociologie : analyses contemporaines, Foucher, 2006.
Dernière mise à jour : 11-09