A
la recherche d’un nouvel ordre mondial (1979-2010)
Dans les années 50, le monde est bipolaire. Dans le courant des années 60, la prise de distance de la Chine et l’émergence des pays du Tiers-Monde issus de la décolonisation rend le monde un peu plus complexe. Les années 70-2008 sont marquées par des événements s majeurs comme la chute du mur de Berlin, la dislocation de l’URSS ou les attentats du 11 septembre 2001.
Mais peut-on repérer
dès les années 70, des facteurs déstabilisants pour les relations
internationales ? Comment évoluent ces dernières entre les années 70 et
nos jours ? Avec la disparition du bloc soviétique assiste-on à la mise en
place d’un nouvel ordre mondial ? Sur quelles bases ce nouvel ordre
mondial est-il établi ? Repose-t-il essentiellement désormais sur la seule
superpuissance restante ?
I 1979-1991 : la fin de la guerre froide mais la
persistance de facteurs de déstabilisation des relations internationales.
a)
Le refroidissement des relations entre les deux grands
Dans les années 70,
l’influence soviétique connaît son apogée. Le climat change cependant, avec
l’arrivée au pouvoir du républicain Ronald
Reagan. Il annonce le retour de l’Amérique (« America is back»)
et face à un adversaire soviétique qu’il désigne comme « l’empire du mal », il annonce la mise en œuvre d’ un projet de bouclier nucléaire (Initiative de défense stratégique -IDS) surnommé
Guerre des étoiles. A l’automne de la même année, les Etats-Unis
envahissent Grenade et éclate la crise
des euromissiles. Les E-U installent, en effet, des fusées Pershing en
Europe en réponse aux SS20 soviétiques. Dans toute l'Europe, des mouvements
pacifistes se développent pour dénoncer la prolifération nucléaire. On qualifie
cette période de « guerre
fraîche » ou « seconde
guerre froide ». Par ailleurs, les Etats-Unis obtiennent de l’Arabie
Saoudite une baisse temporaire du prix du pétrole par une augmentation de la
production. Les revenus de l’URSS se trouvaient ainsi amoindris
b)
….précède les difficultés de l’URSS et l’effondrement du
bloc soviétique.
Dans ce contexte, la fin du bloc
soviétique et la dislocation de l’URSS s’expliquent par la combinaison de plusieurs facteurs.
De nouvelles formes
d’opposition apparaissent dans les sociétés civiles des démocraties populaires. On peut citer le syndicat « Solidarnosc » (solidarité) en
Pologne ou le mouvement de la Charte 77 en Tchécoslovaquie qui
demande le respect des droits de l’homme. Certains considèrent également que
l’élection d’un pape Polonais, jean Paul
II a pesé dans la fin du conflit. La question est discutée. Enfin,
l’arrivée au pouvoir en mars 85, de
Mikhaïl Gorbatchev permet l’apparition de brèches dans le rideau de fer. Il
est conscient du fait que l’URSS
s’affaiblit économiquement dans la
course au suréquipement militaire. Il est donc convaincu de la nécessité de négociations. A
partir de 1984, R. Reagan se montre favorable à des discussions. En 1987,
est donc signé le
traité de Washington qui prévoit
l’élimination d’armes nucléaires. M. Gorbatchev sent également que des transformations politiques et économiques
sont nécessaires. Il lance la Perestroïka
et la Glasnost. Face à la résistance
des moudjahiddines afghans, il retire les troupes soviétiques d'Afghanistan
en 1989. Enfin, il annonce aux dirigeants des démocraties populaires que les troupes soviétiques n’interviendront
plus en cas de contestations intérieures. Or, en 1989, se succèdent des
événements qui aboutissent à la chute du
mur de Berlin. Ainsi en Hongrie, en
mai 89 sont annoncées des élections
libres, l’abandon du Marxisme-Léninisme et
l’ouverture de la frontière avec
l’Autriche. Le 4 juin, des élections législatives libres ont lieu en Pologne. En octobre-novembre se déroule en Tchécoslovaquie la «Révolution de velours». Des Allemands
de l’Est, profitent de cette situation dans les pays voisins pour passer à
l’Ouest. Les manifestations se
multiplient en RDA. Le 9 novembre,
les dirigeants allemands ne pouvant compter sur un soutien de l’URSS, décident
d’ouvrir le mur de Berlin. C’est
donc la mobilisation civique d’une
ampleur variable selon les démocraties
populaires qui oblige les dirigeants communistes à accepter des transitions démocratiques. Le refus de Gorbatchev d’intervenir est cependant déterminant.
Le 2 décembre 89, à l’occasion du sommet
de Malte où se rencontrent M. Gorbatchev et G. Bush (père) est annoncée la fin de la guerre froide. En décembre 1991, après la démission de
Gorbatchev, on assiste à l’éclatement de
l’URSS.
Société civile : toutes les structures
non-étatiques qui de la famille jusqu’aux associations et aux églises
rassemblent les individus autour d’opinions et d’activités communes. C’est
l’ensemble des structures sociales indépendantes de l’Etat.
Perestroïka : Restructuration, reforme des
institutions pour rendre leur fonctionnement plus démocratique et tentative
d’améliorer les résultats économiques
Glasnost : Politique de plus grande
transparence dans les médias.
c)
On observe, par ailleurs, de nombreux facteurs de
déstabilisation dans les pays du Tiers-monde,
au Proche et au Moyen-Orient.
Au Proche-Orient, les tensions sont
nombreuses. Depuis sa création en 1948,
l’Etat d’Israël est en conflit avec les Etats arabes voisins : la guerre
d’indépendance - 1948-1949-Israël sort
vainqueur d’une attaque lancée par l’Egypte, la Transjordanie, la Syrie, le
Liban, et l’Irak ; la crise de Suez-1956-Israël soutient les britanniques et les français qui
dénoncent la nationalisation du canal de Suez par la président Egyptien
Nasser ; la guerre
des six jours- 1967- guerre préventive lancée par Israël, lui permettant
d’étendre son territoire malgré la condamnation de l’ONU - résolution
242 ; la guerre du Kippour-1973-Israël sort vainqueur d’une attaque surprise lancée
par l’Egypte et la Syrie. En dépit des accords
de camp David signés en 1978, par Anouar el-Sadate par lesquels l’Egypte
reconnaît Israël et évacue le Sinaï, l’Etat d’Israël reste isolé. A l’issue de
la guerre d’Indépendance, les Palestiniens
n’ont pas d’Etat. Beaucoup sont
réfugiés au Liban. Certains y
organisent des actions terroristes comme le groupe Septembre Noir responsable d’une
prise d’otage à l’occasion des jeux olympiques de 1972 ce qui déstabilise
un pays dont l’existence est déjà mal tolérée par la Syrie voisine. En 1975
débute la guerre du Liban entre les factions chrétiennes, musulmanes et Druzes
du pays. En
1982, Israël intervient au Liban pour faire cesser les actions de l’Organisation de Libération de la
Palestine (OLP) de Yasser Arafat. Une force d’interposition de l’ONU est
ensuite mise en place ( FINUL)
À partir de la fin des
années 1970, s’affirme l’islamisme.
Né dans les années 1920-1930
(Frères Musulmans en Égypte), théorisé
par des idéologues dans les années 60 (Mawdoudi
(Pakistanais), Qotb (Égyptien), Khomeiny ( Iranien)),
le mouvement islamiste ne s'implante
profondément dans les sociétés des pays musulmans que dans les années 70. Le contexte lui devient, en effet,
favorable : les conflits israélo-arabes (1967-1973) confortent le
radicalisme et les mouvements extrémistes. Les modèles occidentaux de
développement choisis (socialiste en Égypte et en Algérie; capitaliste en Iran)
montrent leurs limites. La crise économique des années 70 affecte les populations. En 1979, a lieu la révolution
iranienne chiite. Le shah d'Iran Reza Palavi, allié des américains, est contraint à l'exil.
L'ayatollah Khomeiny fait son retour. Les femmes sont voilées et la charia est appliquée.
Le Moyen-Orient est lui aussi en proie à
de nombreux conflits. Les soviétiques s’enlisent en Afghanistan, tandis que les
Américains et les Pakistanais soutiennent la résistance des moudjahidines. En
1980, le dictateur Irakien Saddam Hussein, soutenu par les Français, les
Britanniques et les Américains attaque
l’Iran. Le conflit a duré 8 ans.
Charia : loi islamique qui s'applique au
droit pénal et public ainsi qu’au droit des personnes (mariage, héritage,
statut de la femme).
Islamisme : projet qui vise à ré islamiser
les sociétés des pays musulmans avant d’établir
un système politique à caractère totalitaire, où l’Etat en s'appuyant
sur les seuls fondements de l'Islam contrôlerait la société, la justice,
l’éducation, l'économie, la famille. Il
ne faut pas confondre islamisme et islam, islamiste et musulman.
Moyen-Orient : désigne
les territoires compris entre l’est de la méditerranée, le sud de la Mer Noire,
l’océan indien et l’Iran.
Proche-Orient : le
Proche-Orient est une partie du Moyen-Orient située entre la Turquie et
l’Egypte sur les bords de la Méditerranée.
Conclusion : La combinaison de plusieurs facteurs provoque donc la dislocation de l’URSS après le refroidissement des relations entre les deux superpuissances de la guerre froide. Cependant, dès les années 70, apparaissent des facteurs de déstabilisation dans les relations internationales, notamment dans la région pétrolifère du Golfe persique Le monde issu de la guerre froide est-il un monde pacifié ?
II
1991-2008 : Après la guerre froide : un nouvel ordre mondial ?
a)
A l’issue de la guerre froide : Les États-Unis sont
la seule superpuissance
En 1991,
Georges Bush père annonce l'instauration d'un nouvel ordre mondial (New World Order).
Il désigne ainsi la mise en place un monde de paix et d'harmonie constitué
autour des Etats-Unis à l'issue de la guerre froide. La formation d’une vaste coalition internationale autour des EU, après l’agression du Koweït
par l’Irak semblait confirmer ce point de vue. (Guerre du Golfe-1990-1991).
Par
ailleurs, les EU jouent un rôle de gendarme
du monde. Le successeur de George Bush, Bill Clinton parraine les accords d’Oslo signés à Washington par
l’Israélien Itzhak Rabin et le Palestinien Yasser Arafat. L’Autorité
palestinien, embryon d’Etat palestinien est alors créé…
Les Etats
qui violent le droit international et qui représentent une menace pour les EU
sont alors qualifiés d’états voyous (rogue states – Corée du Nord, Pakistan,
Afghanistan, Irak, Iran, Libye, Cuba).
b) ….. mais cette situation est
contestée.
Même si Bill Clinton à la fin de son administration
et George W. Bush au début de la sienne
ont cherché à limiter les interventions de leur pays, certains ont
interprété la situation issue de la guerre froide comme la mise en place d’un monde unipolaire reposant sur l'hégémonie américaine et sur
l’adoption de décisions unilatérales.
Ainsi, les néo-fondamentalistes d’Al Qaida, derrière leur leader Ben Laden, profitent de la
présence sur le sol de la terre sainte d’Arabie Saoudite des troupes de la
coalition pour mettre en accusation les monarchies pétrolières pourtant
rigoristes (Wahhabisme en Arabie
Saoudite) et pour diffuser leur discours
de haine et de rejet de l’occident. Ils
forment une nébuleuse terroriste internationale à laquelle on
peut attribuer les attentats de Nairobi, de Dar es Salaam
en 1998 et surtout ceux du 11 septembre 2001.
Dans sa lutte contre le terrorisme international, les EU sont d’abord soutenus par la France et la Russie qui participent à la vaste coalition (Force Internationale d’Assistance et de sécurité –FIAS) destinée à combattre les talibans en Afghanistan à partir d’octobre 2001.
Mais en
2003, la décision américaine d’intervenir
en Irak sans résolution de l’ONU est contestée par la France et par la
Russie. Ces puissances souhaitent l’émergence d’un monde multipolaire où les décisions seraient le résultat de discussions multilatérales. Par
ailleurs, la Russie tolère de moins en moins la présence dans son proche étranger de pays membres de
l’OTAN protégés dans le futur par
le bouclier anti-missile américain (Pologne, Hongrie, Estonie, Lituanie,
Lettonie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, Slovénie, République Tchèque) ou
d’Etats soutenus par les EU (Géorgie, Ukraine). Enfin, les pays du Sud souhaiteraient
voir leurs points de vue pris en compte.
Al Qaida : (la base), structure
informelle créée en 1988, qui regroupe 24 organisations réparties dans 40 pays
au moment des attentats du 11 septembre
2001.
Wahhabisme : islam sunnite puritain.
Néo-fondamentalistes
: les néo fondamentalistes veulent l’application de la charia mais n’ont
pas d’Etat. Ils rejettent avant tout la culture occidentale.
Fondamentalisme :
volonté
de revenir aux textes fondateurs de l'islam.
Talibans : étudiants en religion.
Ils s’emparent du pouvoir en Afghanistan en 1996 et donnent alors l’espoir de
rétablir l’ordre. Mais leur régime se radicalise sous l’influence des néo
fondamentalistes et leur pays devient l’une des bases d’Al-Qaida.
c) ….et de nombreuses
menaces demeurent.
D’abord, comme vu précédemment, le terrorisme est une menace que même
la première puissance militaire mondiale a du mal à écarter. Ensuite, le
péril nucléaire demeure. Même si depuis la fin de la guerre froide, les
deux grands cherchent à réduire leur arsenal nucléaire (déprolifération verticale), le nombre d'États
soupçonnés de posséder l'arme nucléaire ou d’avoir des programmes avancés
augmente (prolifération horizontale).
Aux 5 États qui possèdent officiellement l'arme nucléaire ( E-U -5000, Russie-5000,
France-400, R-U-300, Chine-300) , s'ajoutent désormais des États qui possèdent
l'arme nucléaire sans le déclarer ( Inde , Pakistan, Israël) et des États sur
lesquelles pèsent de fortes présomptions de détention ( Iran- Corée du Nord) .
Pour finir, il y a encore dans le monde de nombreux conflits. On distingue
cependant différents types de guerres.
Les conflits
internationaux ou conflits inter-étatiques ont des motivations variées. Le
plus souvent ce sont des convoitises
territoriales qui les provoquent. (Conflit Indo-Pakistanais).
En
intervenant en Irak, les EU ont réalisé une guerre préventive. Certains
prétendent également qu’il existe des motivations
économiques à ce conflit ( Noam Chomsky)
Les conflits
internes ont aussi des origines
multiples. Il existe des conflits
nationalistes ou ethniques comme en ex- Yougoslavie ou au Darfour (Soudan)
. Il y a également des conflits liés à des tentations séparatistes comme en
Tchétchénie. Ils peuvent parfois prendre une dimension religieuse comme en Indonésie ( Aceh ou Irian Jaya). Certaines guerres sont des conflits révolutionnaires comme au Mexique (Chiapas) et en Colombie
(FARC). On distingue aussi les conflits
dissymétriques qui opposent des armées comparables dans leur organisation
mais pas dans leur puissance (le début de l'intervention en Irak en 2003) des conflits
asymétriques qui opposent des forces très différentes dans leurs natures
(l'enlisement américain face au harcèlement de rebelles irakiens).
Guerre : lutte entre deux ou plusieurs
peuples ou pays en armes.
Déprolifération verticale : réduction
du nombre d’armes nucléaires.
Prolifération horizontale : augmentation du nombre de pays
détenteurs de l’arme nucléaire.
Conclusion : Dans les années 80, au Pentagone ou au Kremlin nombreux sont ceux
qui analysent encore les conflits périphériques comme des manifestations de la
lutte d’influence que se livrent les Etats-Unis et l’URSS. Seulement, les
années 70 apparaissent comme un tournant dans les relations internationales
puisque des facteurs de déstabilisation
apparaissent notamment au Proche au Moyen-Orient et d’une manière plus générale
dans les pays en développement dont les difficultés persistent après les
indépendances. Dans les années 80, l’URSS donne des signes de faiblesse. M.
Gorbatchev est conscient de la nécessité de réformes. Peut-être
interviennent-elles cependant trop tard. La combinaison de plusieurs facteurs
internes et externes provoque la dislocation du bloc soviétique. Il ne reste
alors plus qu’une seule superpuissance qui s’impose non sans contestations.
Contrairement aux espérances de George Bush père le Nouvel Ordre Mondial issu
de la fin de la guerre froide n’est cependant pas un monde pacifié. De nombreux
conflits et de nombreuses menaces demeurent.
Dernière
mise à jour : 09-2010