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Titre : Le continent africain face au développement et à la mondialisation

« L'Afrique un continent riche peuplé de pauvres » Edem Kodjo.

L’Afrique est un continent de 30.5 millions de km² de superficie, qui rassemble 54 Etats issus pour la plupart du processus de décolonisation amorcé au milieu du 20ème siècle. Mais contrairement à une idée reçue, l’Afrique n’est pas entrée tardivement dans la mondialisation. Ses produits et parfois ses hommes ont fait, depuis l’antiquité, l’objet de trafics avec l’Orient, l’Europe et les Amériques. Cependant le constat du sous-développement du continent africain et de sa faible intégration dans la mondialisation s’impose.

Problématique : Le continent africain participe-t-il à la mondialisation ? Si non, pourquoi ? Si oui, comment ? Les conditions sont-elles favorables à son développement ? Sont-elles, par ailleurs, favorables à un développement durable ?

Développement ** : amélioration du niveau de vie au bénéfice du plus grand nombre

Mondialisation ** : processus de développement des échanges aboutissant à la mise en relation des différentes parties du monde. Une multitude d’acteurs y participent.

Développement durable **: développement permettant de satisfaire les besoins du moment sans compromettre les capacités des générations futures à faire de même. Il doit concilier protection de l’environnement, viabilité économique et la solidarité sociale.

I L’Afrique sous développée est marginalisé et dominée dans la mondialisation

a) Le sous-développement...

Le continent africain est le moins développé. C’est lui qui compte le plus grand nombre de pays les moins avancés (PMA) En 2015, 34 PMA sur 48 sont africains. Le sous-développement du continent se manifeste par des problèmes de malnutrition et de sous-nutrition. Il se traduit également par le sous emploi et l’importance prise par l’économie informelle. Elle représenterait 70% de l’activité en Afrique. Mais certaines initiatives peuvent apparaître comme des alternatives économiques. C’est le cas des tontines crées par les « mama benz » du Togo, du Bénin ou du Nigéria pour financer leurs activités.

On ne pourrait cependant réduire le continent africain à cette description. On y trouve également un grand nombre de pays à revenus intermédiaires (PRI) notamment en Afrique du nord. L’Afrique du Sud, elle, compte tenu de son rôle régional, est de plus en plus considérée comme un pays émergent.

Sous-nutrition : déficit en nourriture, à la fois quantitatif (moins de 2000 calories par personne et par jour) et qualitatif (moins de 10 g de protéines animales par personne et par jour).

Malnutrition : déficit en nourriture surtout qualitatif (moins de 20g de protéines animales par personne et par jour, manque de vitamine), mais aussi quantitatif (moins de 2500 calories par personne et par jour).

Secteur informel : ensemble des activités qui ne fonctionnent pas selon les normes de l’économie développée mais en parallèle et au moindre coût. Ses revenus échappent à la comptabilité nationale.

Pays les moins avancés (PMA) : pays caractérisés par une grande pauvreté, des populations largement analphabètes, une faible intégration dans l’économie mondiale, une grande vulnérabilité aux famines, aux épidémies et aux risques naturels. La plupart d’entre eux sont africains.

Indice de développement humain** (IDH) : il est calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui tient compte du niveau de santé (espérance de vie à la naissance), du niveau d’instruction (taux d'alphabétisation et nombre moyen d’années d’études) du revenu, représenté par le PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat. L’indice obtenu est compris entre 0 et 1. Plus l'indice est proche de 1, plus le développement est avancé.

Pays à revenus intermédiaires (PRI) : pays qui n’ont pas les handicaps des PMA mais qui tardent cependant à se développer durablement ou qui connaissent des difficultés.

Tontine : système de banque informelle dans laquelle l'apport de chaque membre contribue à constituer une cagnotte. Son montant est versé à tour de rôle à chacun des participants.

b) ,… et ses causes

On ne peut réduire le sous-développement africain à une seule cause. Par exemple, il serait dangereux de faire du déterminisme en faisant des contraintes naturelles les seules explications des difficultés du continent. Certes, la sécheresse par exemple, est un aléa naturel qui peut être à l’origine de crises, de catastrophes notamment de famines, mais le continent recèle également d’une multitude de ressources qui peuvent être des atouts pour le développement. Le sous-sol de la République Démocratique du Congo, par exemple, est extrêmement riche en cuivre, minerais précieux et terres rares. Il détient ainsi 60 à 80 % des réserves mondiales de coltan (voir une analyse de la situation en RDC). Ces atouts naturels du continent africain avaient été perçus dès la période coloniale. Les puissances métropolitaines y ont alors développé une économie de prédation pour exploiter la forêt primaire et le sous-sol et une économie de plantation destinée à valoriser les cultures de rente. Pour ne pas concurrencer les économies métropolitaines, le développement industriel ne fut pas encouragé. Cette attitude est celle des Français à Madagascar du temps de Gallieni ou même celle des Britanniques en Egypte. Il en résulte des situations de faible diversification ou de monoproduction dont les économies africaines sont les héritières avec un poids excessif des produits primaires dans le PIB et les exportations des pays africains. En Afrique, par exemple, le secteur agricole concerne encore 60% de la population. L’échec de certains modèles de développement n’a pas contribué à améliorer la situation. Certains pays africains devenus indépendants ont fait le choix de développements autocentrés basés sur la valorisation de ressources primaires locales. Ce fut notamment le cas de l’Algérie qui a cherché à développer son industrie lourde à partir de l’exploitation de son pétrole, son gaz et son charbon. Malheureusement, une part importante de cette manne a été détournée de sa destination et confisquée du fait de la corruption des élites dirigeantes. On pourrait multiplier les exemples. C’est pourquoi il faut ajouter aux causes du mal-développement des facteurs internes comme la corruption, la dictature, l’instabilité politique ou les guerres. L’IDH de la Côte d’Ivoire a baissé à la suite du conflit qui l’a secouée dans les années 2000. Il existe également des facteurs externes qui entretiennent les situations de mal-développement. Par exemple, les revenus des exportations des économies africaines ne sont pas maîtrisés lorsque les cours sont fixés dans les pays du nord (Chicago Mercantile Exchange (ex Chicago Board of Trade-CBOT), London Metal Exchange-LME). Les pays sont parfois également freinés dans leur développement par le poids de la dette qu’ils ont contracté.

Voir un schéma de synthèse

Développement autocentré : modèle dont le développement est basé en priorité sur les ressources et le marché national au détriment de l’intégration aux échanges internationaux.

Déterminisme : point de vue qui accorde une place prépondérante au milieu naturel dans l’analyse et l’explication des sociétés.

Contraintes : ensemble des difficultés gênant l’occupation et la mise en valeur d’un milieu.

Cultures de rente : culture destinée à l’exportation.

Service de la dette : somme qu’un Etat doit payer chaque année pour rembourser sa dette avec intérêts.

Aléa naturel : événement naturel possible et probabilité de sa réalisation.

Famine : manque de ressources alimentaires à l’origine de souffrances et de décès dans la population.

Mal-développement : processus de développement à l’issue duquel se maintiennent d’importantes disparités sociales et spatiales.

c) …expliquent les conditions de l’intégration de l’Afrique dans la mondialisation

Dans ces conditions, pendant des années, l’Afrique a donc connu un processus marginalisation. A titre d’exemple en 1970, le continent représentait 5 % des échanges mondiaux. En 2004, il n’en représentait plus que 2, 4 % et 2 % de la production mondiale. Les flux migratoires originaires d’Afrique à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord sont également le reflet des difficultés du continent. Les migrations politiques résultent de l’instabilité géopolitique de plusieurs pays du continent (RDC, Centrafrique, Libye). Les migrations économiques sont motivées par la recherche de meilleures conditions de vie. La situation dans les pays d’origine est telle que l’amélioration attendue semble justifier les risques importants pris par les migrants. 15 millions d’Africains subsahariens vivent hors de leur pays d’origine. Il convient cependant de préciser ici que les flux migratoires les plus importants en Afrique sont des flux internes au continent, d’un pays à l’autre. La Côte d’Ivoire a longtemps attiré des Burkinabés ou des Maliens. Aujourd’hui l’Afrique du Sud est un pays d’arrivée. Lorsqu’ils sont clandestins ces flux participent de ce qu’on appelle la mondialisation illicite. Le sous-développement, la déliquescence des Etats, the state collapse selon l’expression de Christopher Clapham, font que l’Afrique est concernée par un certain nombre de flux illégaux comme les trafics de faux médicaments, d’armes, de pierres précieuses, d’êtres humains ou de drogue. La Somalie, le Liberia sont des exemples de ces États faillis .

II La question est donc posée de savoir si de nouvelles conditions d’intégration peuvent contribuer à son développement.

a) Les logiques d’intégration …

En effet, des efforts sont pourtant faits pour mieux intégrer l’Afrique dans la mondialisation. Ainsi le FMI et la Banque Mondiale ont conditionné leurs prêts aux Etats africains à une ouverture de leurs économies dans le cadre des plans d’ajustements structurels (PAS). Ces institutions considèrent comme efficace le principe du « trade not aid » (le commerce plutôt que l’aide). Certains États ont également fait le choix du développement touristique pour attirer des devises et diversifier leurs économies. C’est le cas par exemple de l’Egypte et de la Tunisie suscitant ainsi des flux de visiteurs nord-sud. Par ailleurs, l’Afrique reçoit des investissements en provenance de l’étranger (IDE) destinés à utiliser une main d’œuvre bon marché et/ou à exploiter des matières premières.1/3 des réserves mondiales de minerais. Dans ce domaine, la politique de la Chine est intéressante à étudier. Elle souhaite avoir accès aux immenses ressources du continent. Pour cela, dans certains pays comme en RDC, au lieu d’inonder uniquement la classe politique de capitaux, elle propose en contrepartie de réaliser certaines infrastructures comme l’équipement électrique. La Chine cherche aussi à utiliser une main d’œuvre bon marché. Elle investit donc dans les zones franches éthiopiennes ou malgaches.

 

http://www.youtube.com/watch?v=PdlT01BCxmM

 

La part des investissements étrangers directs (IDE) en Afrique serait passée de 3,2 à 5,6% entre 2003 et 2013.Il y a par ailleurs des tentatives d’intégration régionale. En 2001, le New Partenership for Africa’s Dévelopment (NEPAD- Nouveau Partenariat Pour le Développement de l’Afrique) est proposé. Il s’agit d’un plan avec des projets transnationaux précis en matière de transports (routes, voies férées, conduites), de développement de réseaux (internet, électricité). Le NEPAD souhaite également que se généralise le principe d’une gouvernance transparente des États africains.

Plan d'ajustements structurels (PAS) : mesures imposées par le FMI et la Banque mondiale dans les pays en proie à des problèmes d'endettement en vue de rétablir les grands équilibres économiques et de réduire leurs besoins d'emprunt. Leur adoption conditionne l'octroi de nouveaux prêts. Elles obligent en général les États à réduire les dépenses publiques. Fonds monétaire international (FMI) : il peut accorder des prêts à court terme aux pays membres confrontés à des difficultés pour éviter des dévaluations. A partir des années 70, sa place dans le développement des pays du tiers-monde est de plus en plus importante.

Banque mondiale : banque regroupant la BIRD et d’autres organismes internationaux de financement. Elle accorde des prêts à long terme aux Etats pour qu’ils se développent et réduisent la pauvreté.

b) …..et les nouveaux moyens de connexion

La téléphonie et internet progressent sur le continent. On compte près 160 millions d’internautes (2011- Banque Mondiale) sur le continent et 650 millions d’abonnés à la téléphonie mobile (2011- Banque Mondiale). On compte plus de 900 millions d'appareils sur le continent africain, soit plus qu'en Europe et aux EU. Désormais des pays comme le Kenya misent sur la téléphonie pour leur développement. Des start up sont créées. Les transferts d'argent se font au moyen de téléphone portables. L’Afrique n’est pourtant pas au cœur des flux d’information. Cependant l’amélioration des équipements permet de s’inscrire dans la nouvelle division internationale du travail (NDIT) en fournissant également des services comme l’illustre le développement des plate formes d’appel. Les ports font également l’objet d’investissements. C’est le cas de Mombasa au Kenya et de Dar es Salaam en Tanzanie.

c) … ont des résultats mitigés en termes de développement …

Dans ces conditions, la Banque africaine pour le développement considère que l’Afrique connaît désormais des perspectives de croissance rapide. Depuis une quinzaine d’année, en dépit de la crise de 2008, la croissance est désormais soutenue. Entre 2001 et 2012, le taux moyen de croissance annuelle du PIB en Afrique était de 5,2 %.Il faut dire que bon nombre d’économies africaines partent de loin. Cependant, la croissance n’est pas forcément synonyme de développement. Déjà, en termes de PIB par habitant, celui de l’Afrique subsaharienne est inférieur en moyenne à celui de toutes les autres régions du monde. Les inégalités internes restent également très fortes. Six des dix pays où les inégalités sont les plus accentuées dans le monde sont africains. Parmi eux figure l’Afrique du Sud pourtant donnée en exemple d’émergence. On observe également de fortes disparités sociales et spatiales notamment dans les villes dans un continent ou la croissance urbaine est fulgurante.On constate par ailleurs que les économies restent fragiles et que le choix de l’ouverture ne se traduit pas forcément par une consolidation ou un développement socialement acceptable. Les économies agricoles désormais confrontées à la concurrence des productions subventionnées venues des pays du nord se trouvent en difficulté. C’est le cas du coton malien Burkinabé, Tchadien, Béninois ( 16% du marché mondial) en concurrence avec le coton américain. C’est le cas également de certaines cultures vivrières du poulet d’Afrique de l’ouest (poulet bicyclette) du Sénégal, du Burkina Faso, du Ghana ou du Cameroun) en concurrence avec les productions européennes et notamment françaises. http://www.rfi.fr/emission/20120703-1-le-poulet-afrique-ouest/. Par ailleurs, les pays africains qui ont fait le choix d’un développement touristique font les frais, dans un contexte politique agité, des aléas de fréquentations. C’est le cas notamment de l’Egypte, de la Tunisie et du Kenya où il est le troisième secteur économique.Les Etats qui ont fait le choix de devenir de devenir des pays ateliers se livrent parfois à une forme de dumping social au détriment des salaires et des conditions de travail des salariés comme en témoigne l’exemple Ethiopien. http://www.youtube.com/watch?v=0v1eLJZw-jw.

Cette main d’œuvre disponible en nombre s’explique par l’achèvement de la transition démographique. Selon le PNUD, d’ici 2050, une personne sur 4 sera africaine. Cette croissance est cependant de mieux en mieux maîtrisée avec la baisse de la natalité. Mais la question reste posée de l’accès aux ressources alimentaires et en eau. L’Afrique de ce point de vue garde encore les stigmates du mal développement.

Pour finir la croissance urbaine est encore mal maîtrisée. L’exode rural et le fort croît naturel expliquent une véritable explosion urbaine. Si des efforts sont réalisés en matière d’équipement comme à Pikine au Sénégal, les quartiers d’habitat précaire font parfois l’objet de « déguerpissements ».

Transition démographique : passage d'un ancien régime démographique caractérisé par une natalité, une mortalité élevées et un accroissement naturel relativement faible à un nouveau régime démographique caractérisé par une natalité et une mortalité faible (comme aujourd'hui en dans les pays industrialisés) et un accroissement naturel faible. Entre temps, la baisse précoce de la mortalité et le maintien d'une natalité élevée sont à l'origine d'un accroissement naturel élevé.

Dumping social : pratique de certains États consistant à réduire la législation en matière de droit du travail et à accepter un niveau de salaire faible afin d’attirer les investissements d’entreprises étrangères.

Cultures vivrières : cultures destinées à la consommation locale.

 

d) …et de développement durable.

L’exploitation des ressources primaires africaines s’est souvent faite au détriment de l’environnement. Par exemple, la « malédiction du pétrole » qui touche le Nigéria comme d’autres pays producteurs se traduit également par la pollution des zones lagunaires. A une autre échelle dans un contexte de réchauffement, le GIEC estime que l’Afrique est particulièrement vulnérable au changement des conditions climatiques. Dans ces conditions, il envisage une baisse de rendements des cultures de 50% d’ci 2020. La Banque Africaine pour le Développement (BAD) et la CNUCED prônent donc l’adoption d’un modèle de croissance verte reposant sur l’agriculture biologique, la mobilisation de ressources renouvelables et une gestion durable des ressources en eau. Au Kenya, il y a une volonté de développer de petites exploitations sur ce modèle. Cependant pour l’instant, 300 millions d’Africains n’ont pas accès à l’eau potable.

Vulnérabilité : désigne les dommages que peut occasionner un aléa sur des enjeux.

Groupement Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) : organisme mis en place par le G7 et l’ONU réunissant des spécialistes du climat chargés d’une mission d’expertise sur l’évolution du climat.

CNUCED : organisme de l’ONU chargé du développement et de l’intégration dans l’économie mondiale des pays du tiers-monde.

Conclusion :

L’Afrique participe-t-elle à la mondialisation ? Oui mais peu. Les conditions de sa participation font qu’elle est largement dominée. Elle n’est pas cependant, entièrement marginalisée. Par ailleurs, il semble qu’elle soit à nouveau attractive. Se développe-t-elle pour autant ? Oui mais lentement et de façon très inégale. Pour cette raison, on peut encore parler de mal-développement sur le continent. La permanence de conflits, le recul de certains Etats en matière de développement rendent pessimistes certains observateurs comme Stephen Smith. D’autres comme Sylvie Brunel considèrent que depuis 2001, il y a un regain d’intérêt pour l’Afrique qui peut servir de base à son développement.

Auteur : Nérée Manuel

Bibliographie :

F. BART (sd.), l'Afrique, continent pluriel, CNED-SEDES, 2003

 

S. BRUNEL, L'Afrique- Un continent en réserve de développement, Bréal, 2010.

 

S. SMITH, Négrologie : Pourquoi l'Afrique meurt, Hachette Pluriel, 2004

 

Rapport 2012 sur le développement en Afrique, Banque africaine pour le Développement, http://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/Rapport%20%20sur%20le%20développement%20en%20Afrique%202012%20%20-%20Vue%20d’ensemble.pdf

Dernière mise à jour : 03/17