Les totalitarismes stalinien et hitlérien.

 

Apparu en Italie dans les années 20, un régime totalitaire est une dictature qui repose sur une idéologie dominante et un parti unique. Dans un régime totalitaire, l’Etat est tout et l’individu n’est rien. L’Etat réprime l’opposition par la terreur. La censure et la propagande lui permettent d’embrigader la population. Enfin, l’Etat contrôle l’économie.

 

Problématique : Existe-t-il un ou des totalitarismes ? Les régimes qualifiés de totalitaires sont-ils comparables ?

 

I  Les deux régimes sont des dictatures basées sur des idéologies totalisantes.

a)      Des dictatures. 

L’Italie fasciste :

En 1922, à la suite d’élections législatives ratées, Mussolini organise « marche sur Rome ». Le Roi Victor Emmanuel III fait appel à lui pour former le nouveau gouvernement qui ne compte alors que 4 ministres fascistes. Mais la même année, les pleins pouvoirs sont votés pour un an au bénéfice de Mussolini par la Chambre des députés et le Sénat. En novembre 1926 à la suite de l’affaire Matteotti (1924), les lois fascistissimes sont votées par le parlement : Mussolini, désormais, contrôle plusieurs ministères. II n'est plus responsable que devant le roi, il peut légiférer par décret-loi, c'est à dire sans demander le vote du parlement. Le parlement n'a plus l'initiative des lois. Par ailleurs, le Sénat est maintenu mais sans pouvoirs. C’est une dictature.

L’URSS stalinienne :

Après la mort de Lénine en 1924, Staline élimine ses adversaires politiques, comme Trotski. Kamenev Zinoviev, Boukharine. En 1936, il fait adopter une nouvelle constitution. Le peuple vote pour des candidats uniques. Le parti communiste est le parti unique. Staline contrôle toutes les nominations des cadres du parti.

L’Allemagne nazie :

A la suite de l’échec du  putsch de la brasserie en novembre 1923, Hitler s’empare du pouvoir par la voie légale quand son parti  le NSDAP (Parti National Socialiste des travailleurs Allemands) remporte les élections législatives de novembre 1932.  Hitler est alors nommé chancelier le 30 janvier 1933 par le président Hindenburg. Il obtient rapidement les pleins pouvoirs et prend le titre de Reichsführer en 1934 à la mort d’Hindenburg. Il cumule les titres et les fonctions de président et de chancelier.

b) des idéologies foncièrement différentes.

Le fascisme : Il est intéressant de noter qu'à l'origine le fascisme affirmait un certain nombre de principes socialisants. Le fascisme est avant tout nationaliste (la nation considérée comme valeur suprême de l'ordre politique). Pour les fascistes, l'Etat prévaut sur les individus et leurs libertés. Les fascistes veulent un parti unique et un monde du travail organisé selon le principe du corporatisme. Le fascisme rejette le libéralisme, le communisme et la démocratie parlementaire.

Le nazisme : Le nazisme est aussi un fascisme mais il se distingue par son caractère congénitalement et violemment raciste et antisémite. Pour Hitler, les races sont inégales. La race aryenne est supérieure et il faut lui conquérir un espace vital.

Antisémitisme : haine des juifs. La question est posée par l’historiographie de savoir si le fascisme est moins raciste que le nazisme.

Le stalinisme : Le stalinisme est un communisme. C’est-à-dire une idéologie qui souhaite mettre en commun les moyens de production pour assurer le progrès social. En principe nazisme et communisme s’opposent. A la fin du stalinisme, certaines affaires ont eu des relents antisémites (complot des blouses blanches) .

 

II Le poids de l’Etat dans l’économie.

a)      L’Italie fasciste.

Dans l’Italie fasciste, l’Etat intervient beaucoup dans l’économie. Les productions industrielles et agricoles sont encouragées (Bataille du blé (fin des années 20), assèchement des marais Pontins (1931)). L’Etat crée différentes institutions industrielles : AGIP (Agence Générale Italienne du Pétrole). L’IRI (Institut pour la Reconstruction Industrielle-1933) contrôle les secteurs les plus importants comme la sidérurgie, la construction navale, les industries chimiques ou mécaniques. En 1934, l’état fait le choix de l’autarcie.

Autarcie : Politique qui consiste à vivre de ses propres ressources en réduisant le plus possible les échanges avec l’extérieur. Corporatisme : doctrine économique et sociale qui ne reconnaît pas la lutte des classes et les syndicats. Les travailleurs et le patronat d’un même secteur sont associés dans des corporations qui les représentent auprès de l’Etat

b)      Dans l’URSS de Staline:

L’économe est planifiée au moyen de plans de 5 ans (plans quinquennaux). Staline veut accélérer l’industrialisation et  collectiviser les compagnes. Des Kolkhozes et des sovkhozes sont mis en place.

Kolkhoze : ferme collective. Le revenu des kolkhoziens dépend du temps de travail et du revenu de l’exploitation.

Sovkhoze : ferme d’Etat. Chaque travailleur perçoit un salaire fixe.

c)      Allemagne nazie :

Dans l’Allemagne nazie, l’Etat contrôle l’économie. De grands travaux sont réalisés. L’objectif fixé est également celui de l’autarcie. A partir de 1936, l’économie est planifiée égale pour préparer la guerre.

On peut donc parler de dirigisme économique pour les deux pays tant l’Etat contrôle l’économie.

 

III Un projet de transformation de la société.

a) La mobilisation des masses par la propagande.

Dans l’Italie fasciste, la jeunesse est formée et endoctrinée dans des organisations telles que les « fils de la louve » (4-8ans) ; les « balilllas » ( 8-14 ans); les « avanguardisti » (14-18 ans) ; les « jeunesses fascistes » (18-21 ans). Les loisirs des adultes sont aussi organisés dans le cadre du dopolavoro (après le travail) qui promeut l'éducation physique, la formation artistique et culturelle et l'aide sanitaire et sociale). La propagande. Elle met en place un véritable culte du chef. Mussolini apparaît comme un penseur, un écrivain, un homme d'Etat, un législateur, un travailleur de la terre, un artisan. Le slogan est désormais : « Mussolini a sempre ragione ». A CineCitta, les péplums doivent ranimer le souvenir de la Rome impériale

Dans l’URSS de Staline, la propagande entretient le culte du chef. Elle utilise la presse (La Pravda), les affiches, la peinture, le cinéma (Octobre d’Eisenstein). Ainsi se développe un véritable art officiel, le réalisme socialiste.  La jeunesse est encadrée. Les adolescents de 14 à 18 ans sont rassemblés dans les komsomols.

Komsomols : jeunesses communistes.

On retrouve la mobilisation des mêmes moyens d’encadrement de la population dans l’Allemagne nazie.  Les « jeunesses hitlériennes » (hitler–jugend)  et les « ligues des jeunes filles allemandes » servent l’objectif d’Hitler de créer une jeunesse forte et disciplinée. Joseph Goebbels, ministre de la propagande, contrôle les moyens de communication : la radio, le cinéma. Il met à disposition de Leni Riefenstahl des moyens colossaux pour réaliser le  Triomphe de la volonté ou bien  les Dieux du stade. Cette propagande entretient le culte de la personnalité et fait d’Hitler l’incarnation du Troisième Reich. 

 

b) Le déploiement d’une extraordinaire terreur de masse.

Dans l’Italie fasciste des moyens de répression de l’opposition sont mobilisés. La presse, la radio sont soumises à la censure, les syndicats et organisations politiques non fascistes sont interdits. La police politique, OVRA (Organisation Volontaire pour la Répression de l'Antifascisme), et la Milice (Milice Volontaire pour la Sécurité Nationale ( MVSN) traquent les ennemis du régime. Les opposants sont envoyés dans les prisons ou les bagnes du sud de l'Italie (5000 personnes entre 1922 et 1943).

En URSS, la répression s’étend à toute la société Les koulaks (paysans riches) sont victimes de la politique de collectivisation. Ainsi, en Ukraine, en 1930-1932, des millions de paysans sont ainsi victimes d’une famine dont les origines ne sont pas naturelles. On appelle cette famine Holodomor. Au total, 1 800 0000 paysans furent déportés. La terreur concerne également les membres du parti et les cadres de l’armée. Ce sont les « Grandes Purges » de 1936 à 1939. Le NKVD et le goulag sont les instruments de cette répression.

Goulags : Camps de travail                                                                                                                                                                         

NKVD: (Commissariat du peuple à l'intérieur) Police politique. Le NKVD est l'ancêtre du KGB (Comité de sécurité d'Etat), crée en 1954.

En Allemagne, la violence de masse est également mise en place dans l’Allemagne nazie. La gestapo chasse les opposants. Lorsqu’ils sont arrêtés ceux-ci sont envoyés dans des camps de concentration comme Dachau ouvert dès 33. La répression peut également concerner les membres du parti nazi. Ce fut le cas à l’occasion de la « nuit des longs couteaux » en juin 1934. 200 membres des SA furent exécutés. Mais l’Allemagne nazie se distingue avant tout par l’ampleur du crime génocidaire. (voir chapitre suivant)

 

Débat :

Certains auteurs ont assimilé les crimes du nazisme aux crimes du Stalinisme. (Stéphane Courtois, auteur de l’introduction du livre noir du communisme) :

Leurs arguments sont les suivants : Les bilans humains des deux totalitarismes seraient comparables.

                                                               Dans le stalinisme, le génocide de classe (dékoulakisation, destruction de la bourgeoisie) serait l’équivalent du génocide de race.

                                                               Pendant les grandes famines de 1932-33, la mort de millions d’Ukrainiens serait l’équivalent d’un génocide.

D’autres auteurs, contestent cette assimilation rapide.

Nicolas Werth et J-L Margolin, d’autres auteurs du Livre noir du communisme, contestent les chiffres avancés par Stéphane Courtois.

 

 

SA (Sturmabteilung ) : Division d'assaut, organisation paramilitaire du NSDAP créée par Hitler en 1921 en réunissant d'anciens combattants, des officiers mécontents et des membres des corps francs sous l'autorité d'Ernst Röhm.

Gestapo : Geheim Staatpolizei, police politique secrète du paRti nazi fondée en 1933.

c) Les sociétés face aux totalitarismes.

La société italienne.

Le succès de Mussolini et de ses thèses fut vérifié à plusieurs reprises à l’occasion de différentes échéances électorales. Mais l’imprégnation de la société par le fascisme a connu des limites. D’abord parce qu’une institution aussi puissante que l’église a maintenu son influence sur la société, considérant d’un mauvais œil par exemple l’encadrement fasciste de la jeunesse. Elle légitima pourtant le régime en signant en 1929 les accords du Latran. Il est à noter également que beaucoup d'italiens disent adhérer au Parti National Fasciste  Per Nececitta Familiare, PNF.

En URSS, malgré l’adhésion d’une bonne partie de la population au culte de Staline il semblerait que même pendant les heures les plus terribles de la grande terreur, la société civile a conservé une certaine autonomie, développant parfois des formes de résistance plus ou moins actives. Par exemple 14000 émeutes ont été recensées par la police politique soviétique en 1930.

En Allemagne, le régime nazi est parvenu  à maintenir un certain soutien populaire jusqu’à la fin.  Le nombre d’adhérents au parti nazi de passer de 2 M en 33 à 8 M en 1945.  Cependant, il y eu aussi une résistance au régime nazi en Allemagne. Il y eu une résistance communiste, socialiste mais aussi des jeunes se sont rebellés. C’est le cas des pirates Eidelweiss de Cologne et de la Rose Blanche fut un groupe de résistance fondé par des étudiants Hans et Sophie Scholl ,Alexander Schmorell.

 

Conclusion :

 

Les trois régimes partagent donc un certain nombre de points communs permettant de définir le totalitarisme. Il s’agit en effet de régimes basés sur une idéologie dominante, un parti unique, la dictature d'un dirigeant, une police imposant la terreur, un monopole des moyens de communication, un monopole de la force armée et une économie dirigée par l'Etat. Mais les trois régimes ne sont pas identiques. Par exemple, ils se distinguent par leurs idéologies, leurs victimes, le niveau d’intervention de l’Etat dans l’économie et l’adhésion des populations.