Industrialisation et croissance.

Origines et manifestations de l'industrialisation.

 

Objectifs :

Concept : industrialisation

Notions : révolution industrielle, croissance.

Vocabulaire associé : innovation., domestic system, factory system, fordisme, expansion, crise, dépression, action.

Problématique : Quelles sont les origines de l'industrialisation et de sa diffusion ?

Peut-on parler de révolution industrielle ?

Savoir-faire : Réalisation d'organigrammes. Réalisation d'un plan détaillé.

I L'industrialisation et ses manifestations.

Peut-on parler de révolution industrielle ?

a) Une augmentation de la production et de la productivité.

L'industrialisation se traduit par une augmentation de la production.

Par exemple, en France une évaluation du PIB sur le long terme permet d'observer l'évolution suivante :

Date

Indice de la production

1850

42,2

1913

100

1939

139

On peut donc parler de croissance :

Croissance : Augmentation et amélioration de la production de biens et de service sur plusieurs dizaines d'années.

Pour l'économiste Angus Maddisson (1995), la croissance débute dans le dernier quart du 18ème siècle. Pour Patrick Verley, il faut distinguer une phase de croissance extensive (essor des productions et des échanges , urbanisation ) qui s'étend jusqu'en 1850, d'une phase de croissance plus intensive basée, elle, sur une productivité en augmentation des moyens de production. Celle-ci connaîtrait son apogée dans les années 20.

Nuances :

Nuance 1 : Pour l'économiste NFR Crafts , le rythme de la croissance observé ne justifie pas l'expression de Révolution industrielle. En effet, la croissance observée est relativement lente.( 2,2% an au RU selon Donald MacCloskey).

Révolution industrielle : Développement spectaculaire de la production accompagnée d'une transformation des modes de production.

Nuance 2 :

Si sur le long terme ( un siècle) , il y a croissance, sur le court et le moyen terme ( entre 5 et 50 ans), on observe des fluctuations cycliques de la production et des prix.

Il y a des cycles courts d'une dizaine d'année, appelés cycles Juglar. Ils sont caractérisés par quatre phases : Expansion, crise, dépression, reprise. Les crises peuvent être provoquées par des krachs boursiers ou par un déséquilibre entre l'offre et la demande.

Crise : c'est le moment précis où la conjoncture se dégrade à la suite d'une période d'expansion.

Dépression : Phase de stagnation durable de l'activité voir de recul de celle-ci accompagnée par une montée du chômage, un recul des prix et des profits.

Il y a également des cycles longs d'une cinquantaine d'années appelés cycles Kondratieff. Ces cycles voient se succéder une phase A au cours de laquelle les prix et les profits augmentent ainsi que les embauches et une phase B pendant laquelle les prix et les profits baissent tandis que le chômage augmente.

La productivité augmente également. Désormais, on produit plus avec moins de moyens.

Productivité : ( définition simple pour les besoins de l'enseignement en histoire) : c'est le rapport entre une production et les moyens nécessaires pour la réaliser.

Déjà, en 1823, l'historien et économiste R. Gueston écrivait ".. une seule usine suffit pour produire la même quantité que produisait autrefois la main d'œuvre de toute une région". Histoire abrégée de la manufacture du coton.

b) Une nouvelle façon de produire.

L'industrialisation passe par un développement de la mécanisation.

Pour exemple, la machine à vapeur mise au point par James Watt en 1769 est adaptée à l'extraction minière et à l'industrie textile ( 1787).

Cette évolution concerne également les transports. En 1804 apparaît la première locomotive à vapeur, en 1806, le premier bateau à vapeur.

Les méthodes de production changent également.

D'abord, on passe du domestic system au factory system.

Domestic system : organisation économique fondée sur le travail à domicile , notamment dans le textile. La main d'œuvre reçoit la matière première à domicile, la transforme sur place, puis la remet à un patron qui se charge de la commercialisation. Les salaires sont souvent inférieurs à ceux pratiqués dans les fabriques.

Factory system : Dans des ateliers industriels sont rassemblés les ouvriers, la matière première

et les machines. Ces dernières sont le plus souvent actionnées par une énergie extérieure.

Plus tard encore, au début du 20ème se développent de nouvelles méthodes de production avec en particulier le taylorisme et le fordisme.

Pour en savoir plus :

Le Fordisme.

Conclusion : "l'industrialisation [est] un ensemble complexe, comprenant une croissance économique, une augmentation de la part de la production industrielle, un développement du machinisme et des changements sur l'organisation du travail". Patrick Verley.

II Les origines discutées de l'industrialisation et de sa diffusion.

a) Un contexte favorable au décollage ( take off) industriel.

On a longtemps expliqué la révolution industrielel par l'émergence au Royaume-Uni en particulier, d'une situation favorable au développement d'une production industrielle.

Les innovations.

Au XVIII ème siècle apparaissent de nombreuses innovations qui vont permettre de transformer la façon de produire.

Par exemple, la mise au point en 1733 de la navette volante par Kay va permettre de produire des toiles plus larges et entraîner une succession d'innovations, de la machine à filer( Mule Jenny - Samuel Crompton 1779) à la machine à égrener le coton ( Elie Whitney- 1793) en passant par l'adaptation de la machine à vapeur à l'industrie textile en 1787. On parle parfois de spirale du progrès.

Innovation : nouveauté introduite dans le processus de production.

Remarques :

Ces innovations ne sont souvent en réalité que l'aboutissement d'un long processus d'amélioration technique. c'est le cas par exemple de la machine à vapeur. C'est la raison pour laquelle certains historiens remettent en cause la notion de révolution industrielle. Pour eux, on assiste seulement à une évolution ou une accélération du mouvement de l'économie. Par exemple, si on constate que dans la première phase de l'industrialisation, se développe l'usage du charbon et dans la seconde phase apparaissent l'essence, le diesel et l'électricité, la force hydraulique reste majoritaire dans l'énergie consommée jusqu'en 1880. Plus qu'une révolution, l'industrialisation serait donc un processus long et continu.

Il est à noter que ces innovations et ces progrès techniques se diffusent ensuite dans l'Europe puis dans le monde entier. Ainsi les machines anglaises s'exportent en Europe à partir de 1842. Cela semble confirmer la thèse selon laquelle l'industrialisation européenne procède essentiellement de l'imitation du modèle anglais. On peut expliquer ainsi le développement de l'industrie textile dans le Nord de la France par exemple.

La révolution agricole.

Thèse 1:

Pour certains historiens, la révolution industrielle est précédée par une révolution agricole au cours de laquelle on aurait assisté à l'amélioration des techniques agricoles ( enclosures, meilleure rotation des cultures). L'augmentation des rendements ainsi obtenue aurait permis à certains propriétaires d'épargner puis d'investir . L'augmentation de la production aurait permis de mieux nourrir la population et de la rendre plus nombreuse. Enfin, cette agriculture en se développant aurait été une grosse consommatrice de produits industriels ( machines agricoles, engrais)

Enclosure : en Angleterre, regroupement et clôture des champs d'une même propriété afin d'y faire prospérer des activités d'élevage.

Thèse 2 :

Désormais la plupart des historiens ont abandonné l'idée selon laquelle la révolution agricole aurait précédé la révolution industrielle : Elle n'est ni suffisante ni nécessaire pour l'industrialisation. Les progrès agricoles accompagnent seulement l'industrialisation. ( Cf François Crouzet). Les capitaux issus du développement de l'activité agricole semblent insuffisants pour expliquer le financement de l'ensemble de l'activité industrielle.

L'augmentation de la demande.

François Caron remarque la coïncidence entre croissance démographique et industrialisation.

On observe, en effet au cours du XVIIIème et du XIX ème siècle, une augmentation de la population européenne. Celle-ci passe, en effet de 140 millions d'habitants en 1750 à 266 millions en 1850. L'Europe est en effet la première à connaître la transition démographique. Cette augmentation de la population peut être expliquée par l'augmentation de la production agricole et par les progrès médicaux. Cette population nombreuse constitue une main d'œuvre et une demande importante pour l'industrie.

Transition démographique : passage d'un ancien régime démographique caractérisé par une natalité, une mortalité élevées et un accroissement naturel relativement faible à un nouveau régime démographique caractérisé par une natalité et une mortalité faible ( comme aujourd'hui en dans les pays industrialisés) et un accroissement naturel faible. Entre temps, la baisse précoce de la mortalité et le maintien d'une natalité élevée sont à l'origine d'un accroissement naturel élevé.

Le développement du capitalisme industriel.

L'industrialisation est permise par le développement de nouveaux moyens de financement. Au milieu du 19ème siècle apparaît le statut de sociétés anonymes par actions ( 1856 en GB, 1867 en France). Apparaissent également des banques de dépôt qui drainent l'épargne populaire et prêtent à court terme ( 5 ans) . En 1859 est fondée la Société Générale, en 1863, est crée le Crédit Lyonnais.

Pour en savoir plus :

Le capitalisme industriel.

Conclusion : De la fin du XVIIIème siècle au début du XXème siècle, on assiste donc à un processus d'industrialisation qui s'apparente plus à un phénomène progressif qu'à une véritable révolution. Cependant, on observe qu'avec l'industrialisation les modes de production sont profondément transformés et se développe l'usage des machines. L'augmentation de la production et de la productivité sont des conséquences avérées de ce processus. Mais si la croissance est démontrée sur le long terme, la production et les prix varient de façon cyclique.

Les origines de l'industrialisation sont multiples. Cependant, on ne les distingue pas toujours des conséquences de ce processus sur la population, les technologies et la production agricole.

Bibliographie :

Verley Patrick, Nouvelle Histoire économique de la France contemporaine ,La découverte, 1989

Caron François, Histoire économique de la France 19-20 ème siècles, Colin, 1995.